L’architecture en terre berbère

Des soucis environnementaux nous amènent aujourd’hui à porter un regard nouveau sur les différents types d’architecture vernaculaire qui abrite une partie considérable de la population du globe. La terre, crue ou cuite, est utilisée depuis 11 millénaires et est aujourd’hui le matériau de construction le plus répandu à travers le monde. En effet, un tiers de la population mondiale vit dans une habitation de terre.   

Le pays berbère du Sud marocain offre un très bel exemple de ces architectures de terre, faite de Ksour (villages fortifiés) et de Kasbah (majestueuses demeures fortifiées)  qui ont trop longtemps été délaissées et peu considérées. Depuis toujours, les berbères (appelés tighremt en langue berbère, et qui comptent parmi les premiers habitants du Maroc) du sud pratiquent l’art de construire ces architectures de terre rouge et ocre. Le pisé est le matériau de base de ces villages et maisons fortifiés, qui semblent être sortis directement de la terre. Ces architectures se rapprochent de l’habitat traditionnel yéménite. Elles n’ont cependant jamais été influencées par la culture arabe.

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La Kasbah est une maison forte, symbole du pouvoir d’un homme, le caïd, ou d’une grande famille. Elle peut accueillir jusqu’à plusieurs générations d’une même famille, avec en plus les animaux et les récoltes. L’aspect extérieur de la maison est celui d’une forteresse et le plan s’apparente à celui du castellum romain. Elle désigne précisément un bâtiment de plan carré, allant de deux ou trois niveaux, avec une porte d’entrée unique, d’épaisses murailles qui reposent sur de solides fondations en pierre et quatre tours aux angles ornées de merlon en épis (qui n’est autre qu’un symbole de richesse). Les murs sont construits en pisé; mélange de terre crue et de paille, selon un procédé ancestral qui protège l’intérieur de la maison du froid et de la chaleur. Les techniques de construction peuvent varier : il peut s’agir soit d’un assemblage de briques crues, d’une superposition de blocs de glaise ou bien du remplissage d’un grand coffrage en bois de cèdre. L’épaisseur des murs diminue au fur et à mesure qu’ils s’élèvent. Ce procédé de construction permet d’aménager facilement des meurtrières ou des fenêtres aux endroits voulus en espaçant les coffrages.

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Elévation et coupe de la casbah Ait Ouarrab

Cette forme  pyramidale des murs et des tours et une des principales caractéristiques de ces architectures. Cette plastique renvoie à celle des monuments de l’ancienne Egypte. Mais dans le cas de ces kasbah, il ne semble pas y avoir une recherche plastique particulière, mais il s’agit plutôt du résultat d’un parti constructif traditionnel. La résistance du pisé à l’écrasement étant très faible, il est donc nécessaire de diminuer l’épaisseur des murs en hauteur.  Le bois de cèdre est utilisé pour les imposantes portes d’entrée, les linteaux des portes et des fenêtres.  Les  tours et les parties hautes des murs sont construites en briques d’argile crue, ce qui permet d’ornementer ces kasbah en y dessinant des motifs géométriques berbères -généralement pour écarter le mauvais œil- que l’on retrouve sur les bijoux et tapis. Les différents planchers sont constitués de poutres en bois de cèdre ou de palmier, uniquement ceux atteints d’une certaine maladie.  Au dessus des ces poutres, se trouve un tressage en roseau ensuite recouvert d’une épaisse couche d’argile. Le plancher de la toiture terrasse est en pente légère pour permettre l’écoulement des eaux de pluie, ensuite conduites vers des gargouilles. Enfin, sur les faîtes des murs, des éléments en bois ou des assemblages de tronçons de roseaux débordent d’environ 20 à 30 cm pour les protéger de la pluie.

Aujourd’hui, ces architectures ne sont plus des espaces habités tels qu’ils pouvaient l’être. Certaines familles propriétaires de ces kasbah les restaurent comme elles peuvent, telles qu’elles étaient utilisées avant pour les faire visiter ou bien les réaménagent afin de vivre dedans. L’unique entrée se fait  toujours en chicane ou de biais. Un escalier permettant à la famille d’accéder aux étages supérieurs se situe le plus souvent proche de la principale salle de réception des hôtes.  Cette salle est toujours la pièce la plus richement décorée et se présente souvent sur deux niveaux. Autour se trouvent des pièces qui servaient à déposer les armes, les provisions (céréales, légumes et fruits secs), et lorsque ces usages n’étaient pas placés hors de la demeure familiale, on y trouvait la cuisine ainsi qu’ une petite étable qui abritait les bêtes.  Les chambres et les pièces familiales prennent place au dernier niveau avant la terrasse, et notamment dans les tours.  Ces pièces possèdent l’avantage d’être bien ventilées et sont donc plus souvent utilisées pendant les saisons chaudes, tandis qu’en hiver, ce sont les étages inférieurs qui sont les plus fréquentés. La terrasse servait à faire sécher les produits agricoles, et même à y dormir pendants les nuits chaudes d’été. C’est pourquoi les murs d’enceinte des terrasses sont généralement élevés.  Le mode de vie étant purement rural, le fonctionnement de la maison est fortement régi par les oppositions traditionnelles public/privé et homme/femme mais également par l’opposition homme/animal. Le décor de ces maisons en terre est très travaillé, plafonds peints, stuc ciselé, loggias ouvragées et tuiles vernies mais ce sont surtout les portes en bois finement ouvragé qui déterminent la richesse des maisons.

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Plan du rez-de-chaussée de la casbah Ait Ouarrab

Au sein des ksour, se regroupent un ensemble compact d’habitations à étages et de greniers,  dont ces kasbah, destinées aux plus riches, ainsi que d’autres demeures rurales plus simples et sans ornements, édifiées par des familles nomades souhaitant se sédentariser pour faire face aux ennemis et aux intempéries. On y trouve également des parties dédiées à la communauté ; mosquée ou espace de cultes, puits et commerces divers. La morphologie intérieure des ksour est très organique et est caractérisée par une forte densité et par l’étroitesse, la sinuosité et l’irrégularité de son réseau de circulation, qui ne possède pas de hiérarchie particulière.

Laissées à l’abandon, certaines kasbah s’écroulent lentement à cause de l’humidité (dues aux pluies rares mais dévastatrices des régions désertiques) et finissent parfois même par disparaître. Redevenant presque leur tas de terre originel, elles se fondent à nouveau dans le paysage désertique…

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A partir des années 90, on voit apparaître des associations culturelles et artistiques mettant en avant la culture berbère et son identité. Ainsi, un recensement de plusieurs Ksour (pluriel de ksar) est effectué, devenant patrimoine du Maroc, permettant la protection de ces villages traditionnels. Lors de la restauration de certains, il a fallu que les maîtres maçons réapprennent les techniques de construction ancestrales.

/Users/morganeperez/Desktop/KSAR AIT BEN HADDOU.dwgPlan du Ksour d’Aït BenHaddou

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Aujourd’hui ces constructions berbères sont considérées à leur juste valeur, comme des chefs d’oeuvres architecturaux. Un seul cependant fait parti du patrimoine de l’UNESCO, et a pu bénéficier d’aides financières permettant sa restauration: le Ksour d’Aït BenHaddou, situé dans la vallée de l’Ounila (point de passage traditionnel des caravanes reliant Marrakech au sud du Sahara) . Aujourd’hui ce village est devenu très touristique et a servi de lieu de tournage pour de nombreux films tels que Lawrence d’Arabie (1962), Jésus de Nazareth (1977), Gladiator (2000), Babel (2006), Kingdom of Heaven(2005), Game of Thrones (Saison 3: 2013), Star Wars…

Bibliographie

  • Livres :

archwoutarch

Bernard Rudofsky, Architecture without architects, Edition : CHENE , 1964

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Selma Zerhouni, Elie Mouyal et Hubert Guillaud, Architecture de Terre au Maroc,  Collection Architecture et Arts décoratifs, 2001

  • Sites internet :

 Association Craterre (Centre international de la construction en terre) : 

Site du XIIè congrès mondial  des architectures en terre  à LyonTerra 2016

  • Articles web:

Certains architectes croient en l’architecture vernaculaire et se forment sur les techniques traditionnelles pour les faire perdurer. Le but n’étant pas de protéger à tout prix l’architecture du passé, mais de puiser une force dans le savoir faire traditionnel. En mars 2014, l’architecte Salma Samar Damluji donnait une conférence à la cité de Chaillot en exposant son travail.

Compte rendu de la conférence de Salma Samar Damluji

Cité Chaillot, Colloques conférences et débats, Salma Samar Damluji

Interview de Salma Samar Damluji

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