Une chronique de Dakar au XXIe siècle. partie 1

   Du balcon, les hauts immeubles du centre ville ne sont que des silhouettes. Nous sommes au Nord de Dakar, à Ouakam, sous l’immense monument de la renaissance africaine. Ici le sable domine l’asphalte, les chantiers se multiplient dans une atmosphère bruyante où s’entremêlent les Klaxons et les appels à la prière.

De gauche à droite, les vastes chantiers du quartier ne semblent jamais vouloir s’arrêter. Quelques immeubles, quatre étages tout au plus, font exception. Ils sont vitrés, peints, certains sont même recouverts de mosaïques et semblent achevés. Mais la plupart restent en chantier. Quelque soit leur degré d’achèvement, un élément est toujours présent : les ferraillages des murs porteurs se prolongent dans le vide comme si les propriétaires avaient la vague intention de construire toujours plus haut. Il en ressort l’impression d’une ville jamais achevée.

Vu du toit terrasse, lieu réservé à la lessive des habitants et au séchage du linge, le quartier ne ressemble à rien de connu en Occident. Les bâtiments se superposent, les rues disparaissent derrière des monticules de sable ou de parpaings, les îlots bâtis n’ont aucune respiration en leur centre. Ils s’inscrivent dans un maillage urbain très serré, pauvre en espace public, rendant la lecture de la ville difficile.

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   Marcher dans le sable est contraignant, mais agréable après tout. Pour nous Européens, la plupart du temps cela signifie marcher sur une plage ou dans le désert, c’est-à-dire éprouver l’immensité et un sentiment de liberté. Mais quelle sensation étrange que de se déplacer dans le sable en ville ! A Ouakam, pas de trottoir en dur. Pour marcher sur la terre ferme, il faut atteindre les routes et quelques rares bordures de façades. Le reste du sol est meuble et rend les déplacements fastidieux. Impossible d’oublier que nous sommes à la pointe ouest du continent africain. Tandis que le vent engloutit le sol sous le sable, les bâtiments sont recouverts d’une fine pellicule de poussière. La poussière s’infiltre partout.

La poésie du sable s’estompe cependant vite. La ville est sale, envahie de détritus. Inutile de chercher une poubelle. La poubelle urbaine est quasi inexistante. De toutes manières, quand elle existe elle n’est pas utilisée. Le sable semble tenter de masquer ce manque d’hygiène, mais en vain. Les ordures gagnent la partie, transformant la rue en déchetterie à ciel ouvert.

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   Au bord des axes principaux, la circulation est très dense. Il faut pourtant se résoudre à marcher sur la route en prenant soin d’esquiver d’innombrables taxis et charrettes. Le piéton se déplace cependant convenablement même si le peu d’espace qui lui est réservé est rogné par les petits commerces de rue. Les épiceries sont nombreuses, le grand marché de Ouakam déborde d’activité, du coiffeur au vendeur de téléphone en passant par la pharmacie. Il n’est pas difficile de trouver ce dont on a besoin. Tous ces services donnent vie au quartier.

Malgré la pauvreté de ce quartier populaire, personne ne s’abaisse à racoler ou à traiter l’Européen comme un touriste. Les gens sont dignes, souriants, accueillants, chaleureux.

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   Au delà du manque d’infrastructures et de l’urbanisme chaotique, l’essentiel est là : la vie fourmille, les moutons traînent dans la rue, les enfants jouent ensemble, la population se retrouve le soir sur fond de musique. La vie pulse partout. Le quartier a une âme. A Dakar, ce n’est malheureusement pas le cas partout…

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