Une chronique de Dakar au XXIe siècle. partie 2

   Le vent fait tomber un de nos T-shirt sur le toit des voisins, en contre bas. Après avoir deviné quelle porte d’entrée mène à la bonne toiture, rentrer dans la demeure n’est pas compliqué.

Au rez-de-chaussée, encore en travaux, des ouvriers s’affairent à enduire les murs, passer le balai, ou vérifier l’alimentation des prises électriques. On nous dit qu’il faut monter et demander. Un escalier d’angle, ouvert, donc assez lumineux, conduit au premier étage, où vit la famille. La pièce principale est sombre, très peu meublée, sobre. Les portes menant aux différentes pièces sont pour la plupart fermées, mais celles qui ne sont qu’entre-ouvertes laissent filer un courant d’air qui rafraichit la pièce. On nous conduit dans l’une d’elle.

Là, vivent les parents. Confortablement installés dans des canapés d’angles face à la télévision, ils discutent en wolof. La table basse est surchargée de gamelles, verres, théières, télécommandes et téléphones en tout genres. Emmitouflés dans leurs couettes respectives, ils nous autorisent l’accès à la toiture, sans poser de question, comme si la venue d’inconnus dans leur maison était habituelle.

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   Une fois descendus, nous pouvons monter à bord d’un des fameux taxis jaunes qui nous emmène au plateau. Sur la route, les immeubles que nous apercevions à peine de Ouakam grossissent, se concrétisent. Au fur et à mesure du trajet, la circulation devient plus dense.

Nous quittons la corniche pour nous enfoncer dans la ville. Déjà, derrière les fenêtres de la voiture, on nous alpague. Ici, on vend à même la route. Des mains se tendent, on nous propose de tout. Un sachet d’eau, un Monopoly, des cotons tiges, un grand miroir…

C’est donc bien accompagnés que nous nous dirigeons dans un quartier ne ressemblant en rien à la ville déjà explorée.

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Comme beaucoup de capitales, la ville de Dakar n’a pas échappé à la croissance démographique. Les services se regroupant pour la plupart au plateau, on se retrouve avec un quartier d’affaire qui perd toute vie à la nuit tombée.

Lorsque la clameur des voitures et des bouchons disparaît, le calme retombe. Plus d’ambiance de quartier, plus d’enfant qui court dans les rues. L’éclairage public est rare et faible, posant une ambiance légèrement surnaturelle et inhabituelle pour des citadins européens. Les rues sont sombres et calmes. La température est clémente et il est finalement intriguant de se promener ici.

On se croit dans un univers post apocalyptique, une grande ville silencieuse dans la pénombre, l’insécurité en moins. Il y a bien sur des restaurants, mais ici il n’est pas habituel d’être installé en terrasse à même la rue, ou de fumer une cigarette devant l’enseigne. Ou on ne sort pas, ou l’établissement possède sa propre cours, permettant aux différentes classes sociales d’éviter de se mélanger.

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   Les immeubles de logement collectif, hauts et silencieux, ne sont pas aussi vivants que dans les quartiers de banlieue. Les façades modernes, que nous connaissons bien et qui aujourd’hui habillent le monde entier, sont pesantes. Elles ont une certaine beauté, étudiée pour se protéger du soleil, et offrir un logement confortable dans une région aride. Intrigantes et fascinantes de jour, le soleil les illumine et nous laisse facilement observer et comprendre leurs formes. La nuit elles se transforment en trames obscures, se fondant vers le ciel, tels des géants énigmatiques. Elle est loin l’ambiance chaleureuse et ouverte de l’Afrique, ou les rires et les discutions bercent les nuits.

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Bibliographie :

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African Modernism: The Architecture of Independence

Publication de la Graham Foundation

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