Maisons flottantes

Nous ne sommes évidemment pas sans savoir que le réchauffement climatique entraîne une augmentation du niveau moyen des océans. Une récente étude réalisée par Robert DeConto, professeur de climatologie à l’université du Massachusetts, et David Pollard, paléoclimatologue à l’université de Pennsylvanie, démontre que l’augmentation de l’émission de gaz à effet de serre aboutira à un effondrement certain de la glace de l’Antarctique, qui aura une conséquence directe sur la montée des eaux. Celle-ci sera d’au moins un mètre jusqu’à 2100, et de quinze mètres d’ici 2500… Soit deux fois plus importante que les prévisions faîtes par d’autres études jusqu’ici.

Ce phénomène va petit à petit redessiner entièrement la planète et cette réalité va être catastrophique pour de nombreuses villes côtières relativement basses. Les dix villes les plus menacées économiquement par la montée des eaux se trouvent aux Etats-Unis, au Japon et aux Pays-Bas. C’est sur ce dernier pays que nous allons nous pencher, qui, pour survivre, développe un système d’habitat sur l’eau.

Un quart du territoire des Pays-Bas est sous le niveau de la mer (c’est d’ailleurs de là que vient son nom…) Beaucoup de moyens ont été mis en œuvre pour lutter contre l’eau aux Pays-Bas – comme des barrages et des digues – notamment depuis la tempête de 1933 qui avait inondé 20 000 hectares et causé la mort de 1800 personnes. Ce pays connaît également une très forte densité de population, de 400 habitants par km2, soit quatre fois plus élevée que la densité en France. Aujourd’hui, les néerlandais cherchent à se servir de l’eau comme d’un atout, pour faire en sorte de vivre avec elle. Ainsi, le gouvernement néerlandais, accompagné d’ingénieurs et d’architectes, cherche à développer un nouveau type d’habitat; les maisons flottantes. 

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En 2013 est apparu le premier quartier flottant au sud-est d’Amsterdam, Ijburg, composé d’îles artificielles. Il compte aujourd’hui 20 000 habitants. Ici, le mètre carré coûte 3700 €. Le prix total de la maison s’élève à 650 000 €, et inclut le coût de la parcelle (130 000 € pour 160 m2 de parcelle ), contre 7000 € du mètre carré dans le centre ville d’Amsterdam. Ces habitations doivent respecter quelques règles; elles sont construites sur un caisson en béton flottant de 1,80 mètre d’épaisseur, lui même fixé à deux piliers solidement plantés dans l’eau assurant sa stabilité tout en permettant de suivre le mouvement de la mer.  Elles sont toutes de forme cubique et doivent intégrer des baies vitrées, mais les habitants peuvent choisir eux-mêmes leurs matériaux. Certains habitants dessinent d’ailleurs leurs propres plans.

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La vie y est particulière, il faut faire attention aux meubles lourds et les répartir de manière équilibrée pour ne pas déstabiliser la maison. De plus, le niveau le plus bas de ces habitations est presque totalement immergé dans l’eau, permettant d’avoir des pièces fraîches l’été. La proximité avec les voisins amène à une vie de quartier se rapprochant de celle d’un village. Les voitures sont remplacées par les bateaux et chacun partage le même plan d’eau. Ce nouveau mode d’habiter n’en finit pas de s’étendre aux Pays-Bas. A quelques mètres de ce quartier d’Ijburg, de l’autre côté de la digue, un nouveau quartier de 60 maisons flottantes a vu le jour. Il s’agit d’habitations moins chères mais toutes construites sur le même modèle.

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Certaines agences néerlandaises sont spécialisées dans ce nouveau type d’ habitat, afin de s’adapter à la montée des eaux et au manque de place. Cet habitat qui semble aujourd’hui encore insolite, se commercialise de plus en plus. Hôtels et campings se développent, profitant d’un nouveau marché florissant. Cependant, la montée des eaux et l’augmentation de la densité est une réalité qui s’étend partout. Habiter sur l’eau sera bientôt un enjeu à développer et à organiser. L’agence néerlandaise Waterstudio, imagine déjà des villes entières qui auront donc la capacité de se réaménager, de se déplacer selon les besoins et le développement des villes.

La maison flottante des frères Bouroullec (2006) offre un bel exemple de ce type d’architectures. A l’origine du projet , cette maison devrait se trouver sur les berges de la Seine mais a finalement été installée sur l’île des impressionnistes de Chatou (Yvelines) après avoir été remorquée depuis le Havre. C’est la première commande architecturale qui a été demandée aux frères Bouroullec, et ils se sont pour cela associés à l’architecte naval Jean-Marie Finot.  Les frères ont ainsi conçu cette maison en imaginant presque un dirigeable, une esthétique proche des autobus dessinés par Buckminster Fuller dans les années 1950.  Au final, le plan de la maison s’inspire de celles de Mies Van der Rohe et de Jean Prouvé, avec un noyau humide au centre de la maison, autour duquel gravitent un séjour et deux chambres. Elle mesure 23 mètres de long pour 5,20 de large et une terrasse de chaque côté prolonge l’intérieur de la maison. 

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Les designers ont porté une attention toute particulière aux détails et à l’expression symbolique du projet. La construction de cette maison a coûté relativement peu cher (300 000€ pour 110 mètres carré), notamment parce qu’elle a été pensée comme un objet industriel. La simplicité de sa forme et de ses matériaux de constructions (la structure est conçue en aluminium, la coque en caissons d’inox, les parois et les lambris intérieurs en cèdre rouge, les terrasses en ipé ) ne va pas sans rappeler l’architecture des péniches.  Cet habitat, grâce à sa très grande baie vitrée, est en symbiose avec son environnement, d’autant plus que son intérieur en lambris reflète les ondes vibratoires de la surface de l’eau.

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Bibliographie

  • Livres:

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 Véronique Willemin, Maisons sur l’eau Edition: Alternatives. Collection: Anarchitecture. 2008

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Lisa Baker, Built on water, Edition: Braun, Collection: Floating architecture and design, 2014, 272 pages. (Anglais)

  • Articles web:

 Le monde, Paris Climat 2015 – COP21,  Aux Pays-Bas, on apprend à « vivre avec l’eau » grâce aux maisons flottantes : 

  •  Sites internet :

Agence Waterstudio

Ronan & Erwan Bouroullec

  • Vidéos documentaires 

 France 2, Emission : Tout compte fait. Viens chez moi, j’habite une maison flottante 

 Arte, Habiter demain, Des maisons flottantes 

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