Habiter les espaces à fortes contraintes : le désert (Maroc).

Habiter le désert présente des conditions extrêmes à la marge des réflexions architecturales. Cette géographie unique, en tant que territoire aux limites climatiques extrêmes, exigent que les architectes réfléchit à la manière d’intégrer des solutions et des infrastructures adaptées. Et pourtant, là vivent depuis toujours des gens qui ont su, avec ingéniosité, tirer parti des rares matériaux disponibles pour se construire des maisons, et se protéger d’un climat hostile.

Dans le désert, les contraintes sont maximales : soleil, vents de sable et rarement des pluies subites et dévastatrices. L’habitat traditionnel recourt a des matériaux trouvés sur place : pierres sèches, palmiers, acacias et cyprès, cuir et terre. Autant dire que dans ces conditions, les choix architecturaux paraissent a priori limités. Or la variété des habitations, leur adaptation aux modes de vie nomade ou sédentaire, leurs formes carrés, angulaires arrondies, organiques, leurs fonctions, leurs décors, tout montre que même en l’un des endroits du monde où la nature est hostile à l’homme, ce dernier a su trouver des solutions surprenantes.

Parler d’architecture du désert pourrait étonner, si l’on définit uniquement « architecture », l’art de construire des bâtiments et des édifices, et par « désert », un endroit dépeuplé ou seulement occupé par des nomades trop pressés par l’urgence du déplacement pour laisser derrière eux quelque bâti mémorable.

En ce qui concerne les façons d’habiter, il s’agira – mais pas toujours – d’une « architecture sans architecte » – pour reprendre les idées du livre de Bernard Rudofsky-, d’une tradition culturelle qui dément l’architecte catalan Ricardo Bofill lorsqu’il affirme : « Je vais souvent au Sahara, il n’y a pas d’architecture, mais de magnifiques pyramides grandioses. »

Il ne faudrait pas pour autant généraliser le concept Rudofskien car, dans les oasis, de nombreuses constructions n’ont pu être réalisées qu’avec l’aide de véritables spécialistes – qu’on ne saurait appeler autrement que : « architectes ». Si l’on définit par« architecture traditionnelle » – ou «populaire », ou « spontanée » – celle qu’un groupe culturel se donne et qui sert de cadre à la vie quotidienne de ses utilisateurs (qui sont généralement ses réalisateurs), il n’en reste pas moins vrai qu’existe aussi dans la ville de Dakhla, dans le Sahara Marocain, une « architecture de l’élite » ou de la « Haute tradition », constituée de bâtiments d’un style différent (châteaux, maisons de maître, tombeaux), ces deux types d’architectures sont souvent opposés, il n’en demeure pas moins vrai que les deux coexistent au Sahara et pour la construction desquels il a parfois fallu faire appel à des savoir-faire plus spécialisés.

La dimension climatologique du Sahara, qui induit une aridité, voire une hyperaridité, est essentielle pour expliquer l’absence d’investissement des populations de ce territoire. Cette aridité résulte de la conjugaison de trois facteurs : extrême faiblesse des précipitations, forte chaleur et fréquence de vents violents.

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L’étendue du Sahara, ses pistes de sable a perte de vue, en font une vaste étendue sans repère.
Les nomades, les Berbères, les Touaregs, les Maures… savent depuis des siècles appréhender cet espace, savent construire un habitat fonctionnel qui s’adapte au milieu. Ils savent aussi comment s’y repérer et dormir dans des tentes, la Khaïma ou la tente berbère.

Les avantages relatifs des tentes et des maisons en dur expliquent que dans certaines régions, les gens occupent tantôt les unes et tantôt les autres, selon les saisons. L’habitant se réfugie sous la tente, parfaitement étanche et chaude en hiver, tandis qu’il y trouve une fraîcheur relative en été, alors que le gourbi s’échauffe, faute d’ouvertures autres que la porte d’entrée.

La Khaïma ou la tente berbère se monte et se démonte rapidement ; elle se transporte facilement sur les chameaux. Au sein d’un campement, on veillera à les installer de manière à préserver l’intimité de chaque famille.
 Elle est fabriquée sous forme triangulaire pour pouvoir résister aux tempêtes et empêcher les infiltrations d’eau de pluie. Au sud marocain, dans le Moyen Atlas, elle est confectionnée par un assemblage de bandes de laine et de bandes de tissus en poil de chèvre, mouton ou dromadaire, décorées de motifs géométriques. La toile sera ensuite fixée sur des piquets de bois. La Khaïma des Touaregs diffère quelque peu. En effet, le climat étant plus chaud dans le Sahara, les femmes réalisent une toile à partir de peaux de chèvre cousues entre elles. Généralement rouge, elle se confond ainsi avec la teinte du soleil couchant, si particulier dans cet espace sans fin. Avant son assemblage, les peaux sont préalablement dépourvues de l’ensemble des poils d’animaux. Les femmes utilisent entre 50 et 150 peaux en fonction de la taille souhaitée pour leur Khaïma. Une natte est ensuite fixée autour du toit afin de conserver l’intimité de la famille et de la protéger du vent ou des tempêtes de sables.

L’espace intérieur est divisé pour créer deux ambiances différentes, une ambiance intime, un espace fermé réservé aux femmes et un espace ouvert, pour les hommes, qui peut aussi accueillir les visiteurs. Le mobilier est surtout constitué de nattes, de couvertures, de sacs et de tapis.

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La fabrication de la tente est un métier spécifiquement féminin. Dans le passé, la femme invitait ses amies et ses voisines pour le tissage de la toile de la tente. Aujourd’hui, c’est un métier que pratique uniquement les femmes artisans.

La tente comme étant le lieu de la générosité. Elle est montée avec hauteur, pour que l’invité de passage puisse la voire de loin et venir dans ce lieu ou il peut trouver le gît, le couvert et la protection.

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Références:

    Livres:

Jean-Loïc Le Quellec, Jean-Michel Ruiz, Cécile Tréal, Maisons du Sahara : habiter le désert par

– Fichet-Poitrey, l’architecture fonctionnelle dans l’ouvrage collectif sous la direction de P.Chombart de Lauwe, C.N.R.S., Paris, 1959.

-Architecture without architects, Bernard Rudofsky, 1964.

– Pierre Mardaga, Habiter le désert.

– Maison du Sahara : habiter le désert, Jean-Loïc Le Quellec.

Revues:

– Numéro Special de « Art Sacré » consacré à l’architecture spontanée.

  Sites internet :

www.sahara-culture.com : Portail culturel du Sahara Occidental.

http://www.yvettedefrance.com/Photos-du-monde/Afrique/desert/sahara.htm : Sahara, Balade d’une semaine à travers le Sahara.

http://www.citazine.fr/article/khaima-habitat-peuples-desert-architecture : Khaima, habitat des peuples du désert.

  Vidéos :

https://www.youtube.com/watch?v=3eS6SK_ItJY : Enquête Exclusive 2016 Maroc Le peuple oublié du Sahara occidental Reportage 2016

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