Habiter un cimetière

 

La cité des morts au Caire.

Face à la croissance de la population citadine et l’incapacité de la ville à offrir des structures d’accueil adéquates, une partie de la population a choisi d’investir les tombeaux de la cité des morts, au Caire, un immense site funéraire, autrefois situé en périphérie de la ville et aujourd’hui une enclave urbaine bordée d’autoroutes et de nouveaux quartiers. Mettant fin à la traditionnelle rivalité entre ville et nécropole, ici morts et vivants cohabitent.

Les premiers résidents, au XVIIIe siècle, étaient des gardiens de tombeaux de riches familles cairotes, ils furent suivis par les travailleurs des carrières puis, à l’époque moderne, par les réfugiés du Sinaî et de Suez lors de la guerre des Six jours, après avoir établi un accord avec les familles des morts pour louer et entretenir cimetière.

o-CITY-OF-THE-DEAD-CEMETERY-900 (1).jpgLes tombes habitées sont construites en brique ou pierre de taille et les sols recouverts de marbre, pierre ou carrelage. Les surfaces des parcelles des sépultures varient de quelques mètres carrés à plusieurs dizaines, voire centaines de mètres carrés. Les tombes du cimetière ne ressemblent pas aux tombes traditionnelles : ceintes de hauts murs en pierre, les tombes se composent de deux bâtiments rectangulaires d’un seul étage disposés autour d’une cour à ciel ouvert. Le premier bâtiment contient les sarcophages, le second est partagé entre la loge du gardien et les pièces de réception avec toilettes et cuisines.

Les résidents disposent d’électricité, de l’eau courante, écoles, commerces à proximité et jouissent de meilleures conditions que bien d’autres habitants.

o-CITY-OF-THE-DEAD-CEMETERY-900.jpg« Les envahisseurs ont adapté les tombeaux de manière créative pour satisfaire aux besoin de la vie. Des cénotaphes et stèles servent ainsi de bureau, de tête de lit, de table ou d’étagère. On tend des fils entre les tombes pour étendre le linge » note Jeffrey Nedoroscik, chercheur à l’université américaine du Caire.

Dans « la cité des morts » Galila El Kadi et Alain Bonnam décrivent ce lieu comme un réelle situation urbaine, une ville sans tomber dans la métaphore : parlent d’« un tissu qui va de la trame régulière et orthogonale, née d’une volonté d’ordonnancement et de rentabilité du sol, jusqu’à l’agencement de parcelles plus libre, plus complexe, né du hasard et de l’usage. » Aujourd’hui, ces situations urbaines exceptionnelles se voient menacées, en effet cette nécropole constitue un enjeu important pour les autorités publiques et les promoteurs immobiliers qui prévoient de déplacer les tombes pour en faire des quartiers résidentiels.

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