L’open-Source et l’architecture

     La désignation open-source s’applique aux logiciels dont la licence respecte des critères précisément établis, c’est-à-dire les possibilités de libre redistribution, d’accès au code source et de création de travaux dérivés. Mis à la disposition du grand public, ce code source est généralement le résultat d’une collaboration entre programmeurs. Grâce à internet, ce mode de mutualisation des connaissances et de travail en groupe s’inscrit dans une dynamique mondiale de socialisation et de partage. Utilisé dans bien des domaines, comme la bureautique ou la médecine, l’open source émerge aussi en architecture.

La Wiki House, une maison à monter soi-même, est un exemple de la construction d’une habitation réalisée par le biais d’un open-source. En février 2013, Alistair Parvin la présente lors d’une conférence TED. Voulant sortir d’une démarche de création de grosses infrastructures pour du logement de masse, ce jeune architecte propose des habitations plus individuelles, plus petites, mais dans un esprit communautaire de partage. Le principe de construction en lui-même est simple, il s’agit d’un emboîtement de pièces en cale et cheville, mais sa plus grande particularité est son accessibilité.

WikiHouse-FarmHouse-157.jpg

     Premièrement, il s’agit d’un open-source. Les plans, informations et conseils sont disponibles gratuitement sur internet. Il suffit d’aller sur le site de la Wiki House, de s’inscrire, et de choisir un modèle de maison. Le dossier comprend une notice d’utilisation, un modèle 3D, des images explicatives et un fichier autocad comprenant toutes les pièces à découper.

     Deuxièmement, le logiciel principal utilisé est gratuit. Il s’agit de Sketchup, qui est un outil 3D simple d’utilisation, pas besoin d’être architecte pour comprendre son fonctionnement. Grâce à lui, on peut voir l’ensemble du bâtiment, les couches d’isolation à placer, l’ordre des éléments. Mais on peut surtout modifier le projet, y apporter des améliorations. C’est un des principes de partage de l’open-source : après avoir revisité le projet initial, on peut partager son travail et en faire profiter tout le réseau.

     Troisièmement, la matière première est très facile à trouver. Il s’agit de contreplaqué de 18 mm d’épaisseur, un matériau qui n’est pas excessivement cher comparé à d’autres utilisés dans les constructions plus classiques. D’un point de vue économique et écologique, le bois est un atout dans le projet. Ce matériau renouvelable et de proximité, rend aussi la maison recyclable.

     Quatrièmement, la découpe n’est pas industrialisée. On peut la faire réaliser dans un Fab Lab, dont le concept rappel aussi l’open-source. Le principe des Fab Labs repose sur le partage d’espace, d’outil et de savoir. Il s’agit d’un réseau d’ateliers, munies de machines, découpes lazer, imprimantes 3D… partageant un patrimoine informationnel commun, et surtout, ouvert au public.

ikea

Il n’y a pas de compétences particulières à avoir pour produire la Wiki House. Pour un modèle simple, 3 personnes inexpérimentés peuvent la réaliser en une journée. Une fois les plaques découpées et numérotées, il suffit de monter chaque élément structurel, puis de les assembler, on ajoute ensuite cloison, isolation et étanchéité… ainsi qu’un ensemble de pièces à acheter séparément (toilette, fenêtres…). Autre avantage, pas besoin d’outil, il s’agit d’un assemblage en cales et chevilles, ne nécessitant ni pièce de métal, ni colle. Le seul outil nécessaire est un maillet, qui est lui même découpé dans le carton.

wikihouse.jpg

     La Wiki House est un open-source très complet, offrant les plans de montage d’un bâtiment entier. Il y a plusieurs échelles de partage de ce genre de prototype. Par exemple une agence d’architecture iranienne, Sstudiomm a récemment partagé un mode d’assemblage de briques utilisé dans un de leur projet. S’inspirant des techniques traditionnelles de la mise en forme de brique en Iran et de techniques industrielles d’assemblages paramétriques, ils ont créé un motif de maçonnerie sophistiqué, puis l’ont partagé sur leur site web afin qu’il puisse être accessible par la population iranienne.

dsc00068

     La critique la plus importante contre la Wiki House est le risque encouru par la profession d’architecte. Voir l’open-source comme une démocratisation de l’architecture paraît démesuré. Construire sa maison seul, même à partir d’un modèle déjà défini, demande un minimum d’implication, de volonté et de savoir faire manuel. En d’autres termes, ceux qui se lancent dans la construction d’une Wiki House auraient très bien pu se construire une petite maison ordinaire, sans architecte non plus. On peut supposer que ce type de construction attirera un public qui de toute façon ne ferait jamais appel à une agence d’architecture. En revanche, l’idée de l’open-source et de partage a permis d’accéder à l’assemblage de briques posté par Sstudiomm, et donc d’accéder à une culture d’architecte. D’autres pourraient trouver leur intérêt dans la construction d’habitat d’urgence.

 

 

Bibliographie : 

34962-fc-a

Carlo Ratti et Matthew Claudel, « Open source architecture« , Thames et       Hudson, 2015

 

 

 

Web : 

• La paperhouse, un autre exemple d’architecture par l’open-source

One thought on “L’open-Source et l’architecture

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s