Qu’est-ce qu’habiter?

Comprendre l’action d’habiter est essentiel pour un architecte avant de concevoir un logement. Ainsi, au-delà du fonctionnel pur, le logement peut acquérir une dimension humaine qui fera de lui plus qu’un simple abris. Plusieurs architectes et philosophes ont tenté de définir cette notion, en voici un récapitulatif.

Commençons par la définition du CNRTL :

Habiter : 1. Occuper habituellement un lieu.
2. Se trouver dans.
3. Occuper quelqu’un.
4. Avoir sa demeure dans un lieu.
5. Vivre dans un espace qui offre les conditions nécessaires de vie et développement.

Explicitons cette définition :

1. La notion d’habitude, ayant la même racine latine qu’ “habiter”, traduit le caractère pérenne du logement. Le logement se doit d’être une constante, un lieu sûr où l’on pourra se recueillir et s’isoler à tout moment. Par sa stabilité, il assure une continuité dans la vie de l’habitant. Nadège Leroux confirme cette pensée : «Sont habités tous les territoires où se répètent les gestes du quotidien».
2. “Se trouver dans” induit un espace du domaine privé, clos et délimité qui peut ainsi nous appartenir. Il se doit de préserver l’intimité de l’occupant.
3. “Occuper quelqu’un”, au sens secondaire, pourrait s’exprimer comme l’appropriation du lieu : nous sommes chez nous au-delà de la notion purement géographique. Ce lieu nous est propre car il est le reflet de nous-même que nous nous sommes approprié à notre goût et à notre image.
4. “Avoir sa demeure dans un lieu” traduit la notion d’habiter dans un sens plus large, une vision extérieure de l’habitat. Outre sa chambre, son salon, sa cuisine, habiter revient à participer au paysage urbain. Ainsi, nous pouvons entendre le terme “habiter” comme fabriquer un monde.
5. “Un espace qui offre les conditions nécessaires de vie et de développement” fait référence aux trois principes Vitruvien : forte, utile et belle. A la base de tout, construire un habitat revient à se protéger de la nature dont l’environnement est hostile à l’homme : rendre la Terre habitable, propice aux conditions de vie.
De toutes ces tentatives de définition de l’action d’habiter, on peut en ressortir deux thèmes : l’un plus technique et matériel qui engage le logement en tant qu’abri pour l’homme, et l’autre, plus humain en lien avec la sensation d’être chez soi et l’appropriation.

«Bâtir participe pleinement de l’habiter» Martin Heidegger

Une grande responsabilité repose sur l’architecte quant à la vie des futurs habitants. Puisque chacun à une manière d’habiter qui lui est propre et qui caractérise fondamentalement son identité, la forme du logement ne peut être universelle, au risque de compromettre sa spontanéité. La tendance à fonctionnaliser et normaliser l’espace met en péril cette liberté. Le logement ne peut se résumer à des conventions de l’espace régies par des normes de salubrité, de sécurité ou de confort. Heidegger critique l’architecture contemporaine de masse qui, selon lui, finit par occulter le fait que le logement est un lieu de vie. Pourtant, selon Bernard Salignon, «Habiter c’est être le lieu des effets du vécu tout autant que la cause». Ainsi, l’habitat peut être perçue comme un lieu de représentation et de socialisation de l’homme, c’est à cet endroit qu’il peut exprimer sa liberté, se sentir exister. En occupant un espace, il prouve sa présence dans le monde. «L’homme est homme parce qu’il habite» résume Heidegger.

La question des limites est également un thème récurrent dans la définition de l’habiter. Selon Marion Segaud «La condition de l’habiter est la délimitation d’un espace propre (d’une identité versus altérité), d’un lieu d’identification». De plus, elle ajoute qu’«Habiter, c’est fabriquer un «chez-soi» en érigeant des limites afin de tenir autrui à distance». Ainsi, on ne peut habiter que là où on se retrouve soi-même, c’est-à-dire dans notre sphère privée qui protège notre intimité et que l’on peut choisir d’ouvrir à notre gré. Bernard Salignon rejoint cette pensée en affirmant que «Le «chez-soi» est cet espace à travers lequel, et plus que nulle part ailleurs, on peut devenir soi, à partir duquel on peut «revenir à soi».»

«Plus on est loin de son «chez-soi», plus le «chez-soi» est étendu.» Bernard Salignon

Cette sphère que l’on appelle le «chez-soi» est relative à l’endroit dans lequel on se trouve. En effet si un homme est à Paris et qu’il habite Versailles, si on lui demande où est-ce qu’il vit, il répondra naturellement Versailles. Si maintenant il se trouve à Marseille, il aura tendance à répondre Paris et s’il est en Italie il dira qu’il habite en France. Bernard Salignon affirme également qu’«Habiter, c’est le lieu où l’homme garde un repère présent-là-ici-maintenant, pour pouvoir aller vers le devenir». Habiter assure donc un équilibre à l’homme, peu importe la distance à laquelle il se trouve de ce lieu, il s’identifie à cet espace grandissant et finit par habiter au-delà des murs du logement.

Références

Sites internet :

http://www.cnrtl.fr/definition/habiter

Livres :

HEIDEGGER Martin, Essais et conférences, Gallimard, 1958

J. LAWRENCE Roderick et BARBEY Gilles, Repenser l’habitat : Donner un sens au logement, Infolio éditions, 2014

SALIGNON Bernard, Qu’est-ce que habiter ?, édition de La Vilette, 2010

Vidéo :

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