Construire avec des déchets, Gestion des déchets en France, 405 euros par secondes.

Plus de 300 millions de tonnes de déchets plastiques sont générés chaque années autour du monde et les scientifiques prévoient le double pour dans 20 ans à venir. La dépense en France pour la gestion des déchets est de 12,8 milliards d’euros en 2007 (+4,3% par rapport à 2006) soit 405 euros par seconde. Les Français consomment 79 Kilos par personne et par an de déchets.
Le principe de gestion et de recyclage des déchets n’est pas nouveau, il est apparaît en France au XVIème siècle. C’est François I qui organise les systèmes de panier pour récupérer les déchets ménagers dans les grandes villes pour lutter contre l’insalubrité urbaine. Au fil des années, les premiers systèmes de collecte s’organisent. Les métiers de gestions du recyclage comme chiffonniers ou ferrailleur étaient peu considérés car associé aux déchets, à la pauvreté. Après une longue phase de déconsidération, le recyclage est devenu presque une mode depuis les années 2000.

Recycler pour retransformer en matière première est-il l’unique solution?

Compte tenu de la masse colossale de déchets, le recyclage est bien évidemment essentiel car il permet de les retransformer en matière première et de ne pas les enfouir et de polluer les sols. Cependant, cela à un coût économique autant qu’écologique. Recycler passe par plusieurs étapes qui ont un impact carbone important. Entre la collecte, l’énergie produite pour faire tourner les centres de trie, l’eau et les détergents utilisés pour le nettoyage, les transports et la transformation, le processus n’est pas totalement bénéfique pour l’environnement car il utilise beaucoup d’énergie grise. Il est plus coûteux financièrement de recycler que de produire à partir de la matière première non recyclée. Seulement, il est tout de même nécessaire de recycler pour ne pas se retrouver avec des tonnes de stockage de déchets et de ne pas épuiser les ressources fossiles.

Quelles alternatives au recyclage complet?

Avec la consommation de masse la quantité de déchet est telle que le recyclage peine à suivre. Il faut se rendre à l’évidence qu’il faut trouver des solutions alternatives ou complémentaires au recyclage. Cela se fait déjà couramment dans des pays qui n’ont pas les moyens de financer cette activité. Au lieu de recycler, ils réemploient directement les déchets de manière judicieuse. Ce concept développé surtout dans les pays pauvre, se nomme, en Inde «Jugaad innovation» («débrouillardise» en hindi). Dans d’autres pays on appelle cela le «système D» (D comme Durable). C’est le fait de se servir d’un objet et de le transformer pour un autre usage. Contrairement au système consumériste qui consiste à faire «plus avec plus», le principe du Jugaad ou système D, consiste à faire «plus avec moins», c’est à dire de créer des solutions simples mais efficaces. Le projet «Jugaad shade canopy» de Sanjeev Shankar construit en 2008 à Ramlila dans la province de New Delhi en est un exemple. Il a mis en place une grande ombrière en bidons d’huile qui ont été collectés, lavés et assemblés. Le recyclage de ces bidons aurait été beaucoup plus énergivore entre la collecte, le lavage, le traitement, le compactage, la fonte et la retransformation. Le réemploi permet un circuit plus court.
Dans les pays occidentaux compte tenu des ressources qui s’appauvrissent et d’une volonté de développement durable, de plus en plus de projets de ce type commencent à voir le jour. En 2010 en Allemagne, l’agence Dratz & Dratz Architecten a crée un bâtiment en ballot de carton de récupération pour abriter une salle de réunions publiques. Les ballots de papiers font partie de la chaîne du recyclage classique. Cette étape, consiste à compacter les différents papiers pour les regrouper et ainsi permettre un stockage plus simple en les empilant avant d’être transformés pour redevenir de la matière première. Ce bâtiment se nomme PH-Z2 et a été construit de façon temporaire dans la ville d’Essen. Au total, 550 ballots de papier compactés ont été nécessaires pour former cette imposante structure de près de 275 tonnes, dont la surface s’étend sur 185 mètres carrés. Les ballots de papier ont pour qualité d’être isolant thermique, phonique et structurel. Le seul problème est la résistance à la pluie, les architectes ont réglé cet inconvénient en enduisant les ballots de silicone. Hors le silicone n’est pas un produit durable, il dénote un peu avec la volonté éminemment écologique du processus.
Une autre innovation en Nouvelle-Zélande, mise au point par l’ingénieur Peter Lewis , a quant a elle été plus poussée dans le respect de l’écologie car il se fait à tous les niveaux de la collecte au produit fini. Il s’agit d’un processus de fabrication de brique en déchets plastique pour construire des bâtiments. Son concept est de collecter les déchets plastiques et ensuite de les récupérer pour les transformer en briques qui viendront remplacer les parpaings des maisons. En plus de ses qualités structurelles cette brique a aussi des qualités isolantes thermique et phonique. Peter Lewis a inventé une mini-usine mobile qui tient dans un conteneur soit 28 m² transportable par camion ou bateau. L’usine s’installe dans un conteneur d’expédition autonome et facilement transportable et peut évoluer pour répondre aux demandes de recyclage de toutes populations. Ainsi, il est possible de louer ou d’acheter 1, 2 ou 3 conteneur en fonction des besoins de construction. l’Usine mobile ByFusion est capable de recycler et de stériliser sept types de plastique et aucun tri ou pré-lavage n’est requis. Ce procédé n’utilise que la vapeur et la compression pour créer les blocs de construction. Leur but est de transformer le fléau de la pollution plastique en une solution de construction.

Le processus commence par une réduction des déchets en petites pièces qui sont ensuite versés dans de l’eau très chaude puis compactés en forme de brique. Ce procédé est non toxique et n’utilise aucune colle. La brique se forme car le plastique fond et qu’elle est compactée en simultané. Elles sont dès lors utilisables pour construire les murs du bâtiment. Les briques s’appliquent sur des fers en attente puis recouvertes d’enduis.
Le projet de Peter Lewis est une solution pour réduire le recyclage traditionnel peu écologique et coûteux. Il permet aussi de créer un nouveau matériau de construction rapide à produire puis qu’il faut seulement 40 seconde à l’usine mobile pour produire une brique de 10 kg (soit 150 briques par heures) mais aussi très bon marché et disponible en grande quantité compte tenu de la masse de déchets produite chaque jour dans le monde.
Ces projets montrent qu’il est possible de construire avec des déchets plastiques et donc de ne plus construire avec des matériaux polluants comme le béton (Consommateur de sable et d’énergie grise).
Seulement, même si de nos jours l’écologie, le recyclage et la dépollution sont plutôt acceptées dans les mentalités, quand il s’agit de l’utiliser pour la construction, le déchet est toujours perçu comme un matériau associé à la pauvreté et donc peu utilisé. Mais, c’est grâce à des projets innovants, modernes que peu à peu , l’image que l’on se fait du déchet changera. Il apparaît comme un matériau utilisable pour le futur.

Bibliographie:

Matières plastiques et environnement 2e édition, 7 octobre 2009, Claude Duval

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