Le bambou, 25 mètres de haut en 1 an.

   Ces dernières années, malgré la prise de conscience exponentielle des enjeux écologiques dans les pays développés, la majorité des constructions continuent d’être réalisées avec des matériaux comme le béton, le verre et le métal extrêmement énergivores et polluants. Il existe des alternatives qui pourraient remplacer une partie de ces matériaux à moindre coût écologique et financier, comme le bambou.

Les atouts.

Dans sa première année, le bambou peut atteindre jusqu’à 25 mètre de haut, hauteur qu’un arbre peut atteindre environ au bout de quinze ans.
Les bambous sont présents naturellement sur tous les continents à l’exception de l’Europe et de l’Antarctique.
Il s’agit d’un matériau utilisé depuis des siècles dans certaines régions du monde (Asie et Amérique du Sud) où il ne reste cependant plus aucun habitat vernaculaire. En l’absence de traitement, le bois se réduisait en poussière, rongé par les insectes. Associé par ailleurs à une image d’habitat pour les pauvres (car bon marché), délaissé au profit d’une architecture plus moderne, le bambou a longtemps été mis de coté. Mais l’émergence des préoccupations écologiques a entraîné sa reconsidération. Il y a vingt ans des recherches scientifiques ont été faites permettant de mettre au point un traitement grâce à un sel naturel, le Burax.
En terme de solidité, des essais de contrainte et de résistance montrent en effet la résistance exceptionnelle de la fibre de bambou: jusqu’à 40 kg/mm2 quand la fibre de bois résiste seulement jusqu’à 5 kg/mm2 et le fer de construction jusqu’à 37 kg/mm2. Pour cette qualité on appelle le bambou « l’acier végétal » ; il est depuis toujours utilisé pour les échafaudages en Asie du Sud ouest. C’est aussi un matériau bon marché, pérenne et inépuisable.
Il est aussi plus résistant, solide, souple et léger que l’acier et le bois. Le bambou renouvelle ses chaumes (tiges) en moins de 5 ans, contre quelques décennies (voire siècles…) pour les bois de feuillus. Il se cultive sans apports de pesticides ni fongicides, contrairement à certaines forêts «industrielles» de résineux servant à alimenter la filière de bois pour la construction.
Le bambou possède aussi des qualités physiologiques pour l’homme puisqu’il peut fixer 30 % de plus de CO2 que les arbres feuillus et jusqu’à 12 tonnes de CO2/ha/an (3 tonnes pour une forêt de feuillus). Il libère donc 30 % d’oxygène de plus que des arbres.
La culture du bambou « peut se faire à l’infini ». Elle se fait par bouturage d’un morceau de rhizome conservé avec ses racines d’une plante existante qui est ensuite replantée. Le bambou est donc disponible en très grande quantité car il pousse très vite. Quant au prix, pour la France la tonne se vend à environ 920 euros.
À ce jour, le bambou semble ainsi être une (la ?) solution idéale, écologique, renouvelable, pérenne, pour la création d’architectures à très faible impact sur l’environnement. Ainsi qu’une faible énergie grise impliquée dans sa conception, sa mise en oeuvre et sa fabrication.

L’usage du bambou en architecture.

Qu’en est-il de la conception avec ce matériau? Quels sont les usages actuels?
Aujourd’hui l’usage du bambou se diffuse peu à peu. Il y a d’une part des architectes qui s’en servent pour construire des architectures à l’image des édifices vernaculaires et, d’autre part, des architectes qui s’en servent de manière plus contemporaine.
Dans les pays où le climat le permet, comme l’Indonésie ou le Vietnam, de plus en plus de constructions sont réalisées exclusivement en bambou, par des architectes locaux comme Elora Hardy, l’une des premières à reconstruire en bambou à Bali. En Colombie, Simon Velez et d’autres agences d’architectures locales développent cette manière de construire notamment pour les hôtels, villas et équipements. Les constructions entièrement en bambou sont possibles dans ces pays du fait du climat qui offre une bonne ventilation intérieure et de leur grande stabilité au niveau sismique.

Ces constructions ont en commun de reprendre les formes traditionnelles. Quelques architectes commencent à utiliser le bambou de façon plus contemporaine. Ils démontrent qu’il est possible de donner une modernité à la mise en oeuvre du matériau.
Des architectes comme l’agence Kengo Kuma ou l’agence Karawitz architectes utilisent le bambou comme un revêtement intérieur ou extérieur. L’architecte japonais Kengo Kuma construit en 2002 la «Wall House» à Pékin, employant le bambou en bardage extérieur, en paravent et en revêtement dans les pièces intérieures. Le principe du projet est de jouer avec les jeux d’ombres en augmentant ou en réduisant la distance entre les tiges de bambou. L’agence Karawitz architectes utilise le bambou en bardage extérieur pour construire une maison écologique à Bessancourt (France) en 2009, labélisée PHI «Passiv Haus Institut». Dans ce projet, le bambou remplace le bardage bois plus couramment utilisé mais aussi moins écologique. Le bambou commence à apparaître aussi dans des constructions en France comme le projet d’immeuble de bureaux à Carré Sénart (77) fait par Monica Donati en 2011. L’architecte souhaite lutter et sensibiliser contre la déforestation en choisissant comme bardage du bambou à la place du bois.
D’autres expérimentations ont été faites en 2016, lors de la première biennale internationale d’architecture en bambou à Baoxi (Chine). Le pont des architectes de l’agence Ge Quantao présente une structure en bambou hélicoïdale. Le projet de l’architecte Li Xiaodong, pour son centre de design reprend le principe de la maison de verre de Pierre Chareau : les lamelles de bambou remplacent les pavés de verre créant un contraste entre la translucidité et la transparence.

Le projet de l’architecte Barberio Colella ARC est un habitat d’urgence en bambou dépliable en accordéon. Ainsi son transport est plus facile car moins encombrant et léger. Une fois sur place la maison se déplie pour atteindre deux fois sa taille en une minute par le simple fait de déplier la structure. En plus de ses qualités économiques et structurelles et contrairement aux habitats d’urgence les plus répandus en poteaux métalliques et bâche, ce matériau a, comme le bois, un aspect esthétique chaleureux.
Le bambou est aussi au coeur des projets futuristes de grande échelle pour les villes de demain. L’agence d’architecture Penda en Chine ou CRG architecture aux Etats Unis ont fait des propositions de projet pour construire des quartiers avec plusieurs tours en bambou. En 2014, un concours à Singapour à été ouvert aux architectes afin de presenter
des projets de gratte ciel en bambou. La pluralité des réponses, et notamment la réponse des gagnants (les architectes Mui Richard, Vilcu Alexandru et Wang Di).
Le bambou présente donc des qualités écologiques, physiques, esthétiques, économique évidentes. Une des seules limites réside dans le fait qu’il n’est pas présent sur tous les continents mais l’importation est possible à très faible coût. Une autre limite tient peut-être au fait que le bambou renvoie dans l’imaginaire commun non seulement à une idée de fragilité mais aussi à une image un peu désuète propre l’habitat traditionnel. Mais, compte tenu de ses qualités, ce matériau tend à être de plus en plus employé. Progressivement les architectures contemporaines qui en font usage permettront de nous défaire de ces idées préconçues sur le bambou. Nous sommes dans l’obligation de trouver des alternatives de construction pour le futur. En tant que matériau durable et apte à répondre à une consommation massive, le bambou apparaît comme une solution d’avenir.

Bibliographie

Simon Vélez architecte. La maîtrise du bambou , Frey Pierre, Acte sud, 2013

  • Sites internet:

http://www.floornature.eu/great-bamboo-wall-house-kengo-kuma-pekin-2002-4718/https://www.archdaily.com/search/all?q=bambouhttp://www.journal-du-design.fr/architecture/la-maison-bambou-habitation-passive-par-karawitz-architecture-77945/

  • Emission:

L’école en bambou de Bali, Dimanche 15 Octobre 2017 À 11H15, Arte TV

  • Articles:

«Balade au royaume du bambou» , Le Monde2, 2007, 27 janvier, no 154
«Construire en bambou», Techniques et architecture, 1982, decembre-janvier n°345
«Construire en bambou» , L’Architecture d’aujourd’hui, 2012,janv./févr.)n°387

  • Vidéos documentaires:

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