ONE SQUARE METER HOUSE

A l’origine, ce projet est une démarche artistique et critique conceptualisée par l’artiste et architecte Didier Faustino. Il ne s’agit pas d’un habitat normal au sens d’habiter, mais plutôt d’un défi que s’est donné Didier Faustino. En effet, il est impensable d’imaginer s’installer dans 1m2. Et pourtant, après une demande de la mairie de Paris, la maquette est bel et bien réalisée à l’échelle 1 dans le 13ème arrondissement. Présentée pour la première fois lors de la FIAC en 2002-2003, le slogan inscrit au dessus de la maquette renforce l’absurdité de l’habitat : « Lieu idéal pour se reposer après des jours passés à faire des relations publiques et des soirées en boîte de nuit. Votre maison, maintenant disponible dans une large gamme de prix : une surface au plancher de un mètre carré avec deux à cinq étages pour seulement le prix d’une parcelle. Choisissez votre standing. Incroyable!»

« toc toc toc toc »
« Ouais, j’arrive … la vie c’est pas compliqué … tenez, moi Pierre, 30 ans … un an que j’suis propriétaire … depuis, mes journées tranquilles … j’me lève à midi, après une bonne teuf, comme tous les soirs … ma maison, 4 étages plus terrasse. J’me réveille au 4ème, hop, je roule, j’descends d’un étage … j’prends ma douche … j’descends l’étage en dessous, frigo, tac, j’me fais mon café et j’descends encore en dessous, j’m’habille, j’me casse et voila quoi. »

Caroline Capelle, réalisation.
Cityson, l’audio guide des oeuvres d’art public

Ce monologue que l’on peut écouter dans la vidéo qui présente le projet est à l’image de ce projet déjanté : caustique. En effet, il présente un jeune homme d’une trentaine d’années qui raconte sa manière d’habiter cette « one square meter house » en une journée. Rien de plus simple. Chaque mouvement dans la maison est une dégringolade vers le bas. Il commence dans sa chambre en se réveillant en sursaut par le « toc toc toc », il tombe et se retrouve dans la pièce qu’il appelle « douche » puis il tombe dans sa cuisine, il descend encore et se retrouve en bas près à sortir. Voilà à quoi ressemblerait la maison de demain d’après la description de Didier Faustino.

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Didier Fiuza Faustino, architecte de formation, est un artiste français qui aime travailler sur la relation entre le corps et l’espace. Après l’obtention de son diplôme en 1995, il développe de nombreuses approches très différentes entre installations et expérimentations, de la création d’oeuvres plastiques subversives à celle d’espaces propices à l’exacerbation des sens. Ses projets sont caractérisés par l’affranchissement des codes et leur capacité à offrir des expériences inédites au corps individuel et collectif.

Ils visent aussi à critiquer la société et le monde dans lequel on vit, parfois de manière cynique. A l’exemple de l’oeuvre « Body in transit », un espace minimal pour le corps humain exposé à la Biennale de Venise en 2000 qui critique les espaces dans lesquels sont transportés les migrants illégalement. D’autres projets importants comme « Stairway to heaven » installé à Castello Branco en 2001 qui exprime la notion d’espace public à usage personnel, ou encore « (G)host in the (S)hell », une installation à Storefront NYC en 2008 qui nous conduit à reconsidérer les frontières entre le public et le privé, le personnel et le collectif. Aujourd’hui, Didier Faustino travaille sur trois projets architecturaux : une librairie et un centre culturel à Mexico City pour la fondation Allumons 47, une maison domestique expérimentale en Espagne pour l’éditeur de maisons Solo Houses, un chai au Portugal.

La One square meter house, ( Maison de 1m2 ) visible depuis 2007 à Porte d’Ivry au pied d’un immeuble de logement de plus de 30 étages a été réalisée à l’échelle 1:1 dans le cadre d’une commande publique pour le tramway du sud de Paris. Constituée de plusieurs capsules en résine standardisées superposées, cette sculpture aux airs de trophée s’élève à 17 mètres de hauteur. Ce projet interroge la notion d’habitat et les espaces de la maison car chaque capsule constitue une pièce où le corps est le plus conditionné. Des excroissances entre chaque capsule servent de rangement à l’occupant. La superficie de 1m2 contraint l’occupant dans un espace invivable. Il ne peut inviter personne, manque de place disponible. Seule l’installation d’une échelle est possible et l’occupant peut à sa guise monter et descendre toute la journée. Didier Faustino avait déjà conceptualisé son projet mais grâce à la commande pour Paris, il réalise enfin cette idée et montre qu’il est possible de construire le plus petit gratte-ciel du monde. Au premier niveau se trouvent les toilettes où l’évacuation des WC est installée. Au deuxième niveau se trouve un espace pour l’hygiène corporelle avec douche et lavabo. A l’étage du dessus se trouve l’espace pour déjeuner. Et enfin tout en haut, le lit et l’accès à la toiture terrasse de 1m2 d’où une vue surprenante est possible sur la petite ceinture, les folies constructives verticales du 13ème arrondissement des années 70, la banlieue. « Un petit moment magique de surplomber la ville sur 1m2 » d’après l’artiste.

Ce dernier a voulu imaginer une maison où le corps serait le plus conditionné. Bien que l’accès à l’eau et l’électricité soit possible et qu’il soit possible de dormir dans l’un des espaces réservés, il est impensable de pouvoir y vivre, au sens d’y vivre librement. En effet, la contrainte opérée sur le corps par la réduction de l’espace est développée à son maximum, le minimalisme des pièces et de leurs fonctions est poussé à l’extrême et il n’y a pas de vie collective possible.

Dans un documentaire présentant la visite de cette maison par l’architecte lui même, et tandis que le journaliste suit ce dernier avec sa caméra, nous nous rendons bien compte de la proximité dérangeante entre les corps. Sans parler du manque d’espace réel pour se reposer. En effet lorsque Didier Faustino s’arrête dans sa « chambre », le journaliste est bien obligé de rester sur l’échelle fixée au sol et qui grimpe jusqu’à la terrasse, car il n’y a aucun espace disponible pour l’accueillir.

L’architecte et artiste critique ainsi le défi spéculatif que représentent les petits espaces. A Paris par exemple, où le prix fou du mètre carré évolue entre 8 000€ et 12 000€ et augmente mensuellement d’environ 2%, sans parler de la location des « studios » de moins de 9m2 à des prix exorbitants. A travers la one square meter house, la difficulté d’accès à la propriété du petit espace est poussée à son paroxysme. L’espace réduit incarne ainsi la réalité des contraintes économiques. Et la réalité aujourd’hui à Paris se rapproche fortement de la vie dans cette « one square meter house ». En recherchant un « habitat » à Paris, je me confronte à cela : louer un 14m2 pour 650€. Sachant qu’un espace de 14m2 correspond dans un habitat normal, à la superficie d’une chambre. Mais l’accès à cette location me permettrait de vivre libre, alors pour cette liberté je contraindrai donc mon corps à dormir, à manger, me laver dans cette même pièce. Je ne peux donc inviter personne : la place n’y est pas disponible. Et c’est ainsi que je me retrouverai donc à vivre dehors, et cet habitat au sens « d’habiter » change de définition, et se caractérise plutôt au sens de « fonctions primaires pour vivre », autrement dit, cette location représenterait seulement un accès à l’eau et l’électricité, où je peux éventuellement dormir quand je suis très fatiguée. Cette explosion des prix à Paris accompagnant la réduction des surfaces à vivre modifie grandement notre mode de vie. Des fast food s’ouvrant aux quatre coins de rues remplacent les déjeuners de famille et entre amis assis à table et pouvant durer des heures et des heures. Les clubs et bars éphémères ouverts presque 24h sur 24h nous invitent à retrouver une vie sociale et viennent combler ce manque d’espace.

Dans d’autres mégalopoles comme au Japon, une autre stratégie consiste à construire des bâtiments de grande capacité obligeant à miniaturiser les espaces, comme la Nakagin Capsule Tower, à Tokyo : cet hôtel japonais constitué de capsules dont l’espace est réduit au strict minimum. Mais la One square meter House ne veut pas être habitable. Et les cellules ne sont ni détachables ni modulables. En cela, cet habitat ne cherche en rien à copier l’architecture métaboliste de Kurokawa. La réduction d’espace à Tokyo est liée aux contraintes géographiques et historiques. Dans la ville la plus peuplée du monde, et dont les séismes détruisent régulièrement les architectures, sans parler de la seconde guerre mondiale qui a ravagé le pays, les architectes japonais ont trouvé une solution : l’habitat est un espace où l’on peut dormir, se doucher, prendre son café. Pourquoi alors ne prendrions pas exemple sur ce peuple qui vit si bien socialement et économique- ment, de sa manière d’habiter sa maison et l’extérieur ?

 

Bibliographie

Didier Fiuza Faustino, Bureau des mésarchitectures KIBLIND N°27 OCT/NOV 2009

  • Articles Web
  • Vidéos documentaires

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