VIVRE DANS UN IGLOO

Il faut se baisser, s’accroupir, ramper, faire attention de ne pas se cogner, une fois la porte d’entrée passée, on peut enfin se redresser et s’asseoir dans l’unique pièce à usage de salon, de chambre, et de salle d’eau. Un espace extérieur et intérieur à la fois. Se tenir debout est une option, ou alors il ne faut pas mesurer plus d’1m70, au risque de se cogner contre une paroi glacée. Voici comment on pourrait décrire, du point de vue d’une personne occidentale du XXIème siècle, cet habitat de l’extreme: l’igloo.
Et pourtant, une nuit passée dans un igloo est un expérience et un défi que beaucoup cherchent à relever. Se mettre à la place d’un Inuit et construire soit-même son propre refuge permet de comprendre comment ce peuple pouvait surmonter la nuit des températures aussi basses. Passer une nuit dans un igloo apprend aussi à vivre en communauté et parfois en intimité dans un univers hostile.

Ce refuge est une ingéniosité construite pour abriter un peuple de conditions climatiques extrêmement froides du cercle polaire arctique. Les températures n’allant pas au dessus des 0°C. Huit mois par an, cette région (qui comprend l’océan Arctique – dont une grande partie est gelée en permanence, et le nord des terres qui l’entourent : péninsule scandinave, nord de la Russie et de la Sibérie, de l’Alaska, du Canada, le Groenland, le Spitzberg) est quasiment sans vie, plongée dans le froid le plus intense. Dès les premiers jours de l’automne, l’hiver boréal immobilise la banquise, confondant terres et mers dans le blizzard et la nuit sans fond. Les températures avoisinent ainsi les -40°C. Ce froid intense est à l’origine de la formation d’une croûte de glace qui peut atteindre une épaisseur colossale : plus de 3000m. Cette glace a une forte influence sur la faune et la flore, ainsi que sur de nombreux facteurs biologiques. Cette région est donc cent fois moins propice à la vie que d’autres régions plus tempérées. On dénombre par exemple 350 espèces végétales en Arctique, alors que l’Amazonie en possède plus de 30 000.
Et c’est là que l’igloo construit en blocs de neige entre en jeu. Habituellement en forme de dome, l’igloo est un mot inuktitut, signifiant « maison », généralement associé aux Inuits, originaires de l’Extrême Nord du Canada. Les chasseurs Inuits l’utilisait comme abris temporaires durant l’hiver.

Bien que construit en blocs de neige, les conditions de vie sont plutôt agréables dans cet habitat dont l’invention est l’une des plus ingénieuses du peuple Inuit et de la culture esquimaude. Il s’agit d’une construction astucieuse, un art qui nécessite plus d’une année de pratique pour arriver à un résultat convenable et fonctionnel. Aujourd’hui, il est possible, lors d’une excursion accompagnée, de construire son propre igloo. Ayant fait cette expérience hors du commun étant enfant, il est vrai qu’un guide est fortement conseillé pour la réalisation de l’igloo, si l’on a l’ambition d’y dormir. La neige est combinée avec de la glace pour construire les murs du dôme. Cet environnement semble peu accueillant. Une fois construit, avec la chaleur du corps de l’occupant, et grâce à l’utilisation de lampes à pétrole ou de bougies, les murs de l’igloo commencent à fondre. Les températures extérieures les gèlent de nouveau. Plusieurs jours de processus de fusion et de regel créent un excellent isolant, ce qui donne à l’igloo un environnement agréable avec une température qui peut aller jusqu’à 15°C. C’est donc grâce à cette construction ingénieuse que les peuples Inuits ont pu survivre aux conditions extrêmes de l’Arctique.
L’igloo traditionnel sert en général d’abri de nuit pour un chasseur mais il peut également servir, grâce à sa grande structure, à accueillir de grandes familles pendant les saisons hivernales. Les enfants, par leur vitalité, génèrent une chaleur qui permet de réchauffer l’atmosphère. L’unique pièce à usages multiples s’organise de la manière suivante : l’espace intérieur de l’igloo de neige est aménagé de bancs latéraux et d’une plateforme de couchages à l’arrière. les bancs et le lit sont faits de neige. La plateforme est isolée avec du bois, le plus souvent à l’aide de pagaies ou de piquets de tente, puis recouverte d’épaisses peaux de caribou. La lampe, la grille de cuisson, les marmites et les ustensiles sont disposés à même les bancs latéraux.

celsius-origine-interieur

Dans cette vie commune arctique où les échanges sociaux et affectifs sont imposés par les contraintes spatiales de l’igloo et sinon impossibles à l’extérieurs à cause des conditions météorologiques, j’observe une situation très différente voir opposée de ce que la société impose à l’homme occidental. Et pourtant, si ce peuple a pu résister à un environnement extérieur hostile c’est grâce à son mode de vie en société. Des liens forts se nouent dans ces petits espaces.
La société occidentale, elle, pousse l’homme à acquérir des biens de plus en plus grands. La tendance est à la démesure : une grande maison, un grand écran plasma, un frigo américain, des chambres d’amis… Mais cette envie de grand nous rend-elle plus heureux, plus libre et plus sécurisé ?
Une fois construit, l’igloo ne nécessite pas d’entretien particulier. Les inuits peuvent alors occuper leur journée à des tâches simples et des activités qui leurs plaisent vraiment. Nous devons au contraire, après acquisition d’un grand appartement, passer notre temps à faire des travaux d’entretien et d’embellissement. L’énergie dépensée à faire le ménage nous occupe l’esprit, quand elle est dispensée chez les Inuits et les libère ainsi de toutes ces contraintes. De plus, l’igloo est la réponse scientifique ingénieuse la plus efficace pour s’abriter du froid. Il existe ainsi qu’une typologie de cet habitat : un dôme dont le diamètre de ce dôme ne dépasse pas les 3 mètres : il est nécessaire de construire une forme parfaite, tâche qui est très difficile. L’étranger ne peut donc pas le convoiter. Tous ces habitats se ressemblent, et ont la simple utilité d’abriter. Ainsi, le corps est protégé, l’esprit libre, et cette liberté procure une grande légèreté. « Ce qui rendrait heureux, ce n’est ni l’espace, ni les meubles, ni les possessions, mais la légèreté et l’insouciance d’une vie dans un corps en bonne santé et un esprit libre d’un maximum de contraintes sociales, délivré de la poursuite incessante de plaisirs de pacotille » souligne Dominique Loreau dans Vivre heureux dans un petit espace.

Bibliographie

Dominique Loreau, Vivre heureux dans un petit espace, FLAMMARION (06/01/2016)

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