BIMBY

 Une véritable solution urbaine ?

 Cet article est une critique du concept urbanistique BIMBY (Build In My BackYard). Il fait suite à une inquiétude que j’ai ressentie lors de l’observation de tissus pavillonnaires péri-urbains et de leur densification plus ou moins anarchique. Notamment sur le plateau de Saclay et les villes aux alentours que je fréquente régulièrement.

Tout d’abord, qu’est-ce que BIMBY ? 

Le concept urbanistique BIMBY ou « Build In My BackYard », opposé au concept sociologique du NIMBY (Not In My Back Yard) ainsi qu’ à l’omniprésence des sigles dans l’urbanisme en France, considère la division parcellaire comme un nouveau mode de développement de la ville. A travers ce projet, la densification des espaces péri-urbains, l’articulation entre intérêts privés et collectifs sont envisagées – sous la maîtrise de la commune – à partir de la maison individuelle ainsi que l’initiative des habitants. Il s’agit également d’un projet de recherche sélectionné et financé par l’Agence Nationale de la Recherche depuis 2009.

Les constats de départ : 

En France, depuis de nombreuses années, existe une crise du logement. En effet, il manque de nombreux logements, notamment des logements sociaux en France. Cette crise est d’autant plus grave depuis la lutte contre l’étalement urbain que les collectivités et l’État mènent depuis les années 2000 et qui réduit les zones constructibles autour des villes. Le BIMBY essaye de proposer une solution pour répondre à cette crise, tout en offrant les conditions pour réaliser le rêve de 87% des français : la maison individuelle, aspiration qui paraît incompatible avec la nécessité de densifier les espaces urbains. Et pourtant, si chaque année seulement 1% des propriétaires des 19 millions de maisons individuelles divisaient leur terrain, 190 000 logements seraient crées : plus du tiers des objectifs annuels de construction neuve.

L’opération marche-t-elle réellement ? 

Pour les professionnels de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire qui participe au BIMBY, le projet permet de « mieux produire la ville » tout en respectant le paysage existant et surtout sans avoir à ajouter des infrastructures ou des équipements (rues et réseaux étant déjà présents). Cela explique donc pourquoi les collectivités et les communes autorisent ce principe urbain : aucun frais public n’est à prévoir !

Le BIMBY paraît donc être la solution parfaite pour améliorer le logement en France. Cependant, de nombreux effets indésirables de ce système sont passés sous silence.

Effet n°1 : réduction parcellaire 

L’un des nombreux avantages d’un pavillon ou d’une maison individuelle en zone péri-urbaine est la taille de son jardin, autrement dit : la grande parcelle sur laquelle cette dernière est implantée. À la différence des centres urbains et des villes où l’on rentabilise l’entièreté de la parcelle constructible avec un immeuble, les zones péri-urbaines ont la chance et la liberté (un coefficient d’occupation des sols (COS) moins important favorisant les espaces verts) de pouvoir garder un espace vert sur la parcelle.

D’autre part, il faut également créer un nouvel accès pour la nouvelle maison « au fond du jardin », ce qui donne des rues avec d’innombrables portails, souvent identique et rarement esthétique. Ces quartiers sont ainsi dépourvus d’une quelconque qualité architecturale et urbaine

densification-parcelle-bimby.jpg

Schéma de principe de la division parcellaire

 

Effet n°2 : les vis-à-vis 

Le choix d’habiter une maison individuelle est celui de l’étalement urbain. Chacun sait aujourd’hui que nous ne pouvons plus nous permettre de construire de cette manière. En effet, les terres agricoles, les zones rurales et les espaces verts sont à préserver. Cependant le choix d’habiter une maison individuelle est aussi celui de la protection de l’intimité. Notamment grâce à un certain éloignement des nuisances de la ville, mais également un éloignement de ses voisins et donc du vis-à-vis. Pas besoin de faire un long discours pour comprendre que l’ajout d’une maison à la place de son jardin impose des vis-à-vis.

Effet n°3 : sols imperméabilisés 

L’un des effets les moins connus du concept de BIMBY est l’imperméabilisation des sols autrefois poreux et perméables. En effet, une parcelle avec une maison individuelle possède environ 30 % de sa surface imperméabilisée par l’emprise de la maison et de ses accès (le plus souvent une dalle de béton, bitume). La même parcelle avec deux maisons individuelles réduit considérablement la surface d’absorption de l’eau. À grande échelle, cela peut causer de nombreux problèmes environnementaux, tels que la baisse du niveau des nappes phréatiques, la sècheresse de la terre et des glissements de terrains. Cela nous amène à l’effet n°4.

Effet n°4 : l’ajout d’équipements 

Si à la base, les équipements (raccordement à l’eau, à l’électricité) et les infrastructures (rues, trottoirs) sont déjà présents, à une échelle importante le dimensionnement de ces infrastructures et équipements est à revoir. D’autre part l’effet n°3 développé plus haut, oblige les communes à récolter d’avantage les eaux de pluies qui n’ont pas pu s’écouler naturellement dans les sols autrefois perméables.

Et maintenant : 

 

Grand Paris, Lille Métropole 2030, Bordeaux-Begles…etc ; les territoires français veulent prédire dés aujourd’hui leur lendemain incertain. Les projets territoriaux deviennent monnaie courante. Métropoles et agglomérations cherchent à réinventer leur modèle de développement urbain. Le logement y joue un rôle central avec un chiffre de 70 000 à réaliser par an dans le Grand Paris ou encore 50 000 nouveaux logements à Bordeaux dont l’étalement bat des records. Les ambitions sont considérables, mais le BIMBY est-il la bonne solution ? On peut se poser la question, et même aller plus loin : la densification par la maison individuelle « produit-elle » réellement la ville ? Personnellement, je ne le pense pas. La ville à besoin d’une densité plus forte, d’une mixité plus grande. L’accumulation de pavillons les uns à côté des autres ne produira pas plus de ville mais engendrera un nouveau type de zones péri-urbaines, les espaces verts et jardins en moins.

À l’heure où l’on cherche à produire et à consommer de manière plus raisonnée et à respecter d’avantage la nature, le BIMBY souhaite rentabiliser des espaces aujourd’hui équilibrés entre nature et bâti.

Les Français doivent peut-être faire le deuil de leur rêve d’individualité et se préparer à vivre de manière plus collective dans des villes plus denses mais aussi plus respectueuses de l’environnement. En effet, de nombreuses études tendent à montrer que d’ici 30 ans presque toute la population française vivra en ville. Ainsi ne devons-nous pas concentrer dès aujourd’hui nos efforts sur la recherche de villes plus écologiques plutôt que sur l’urbanisation par touche de certaines zones péri-urbaines déjà fragiles ?

 

Bibliographie

51j3GkmvNwL.jpg  L’étalement urbain, un processus incontrôlable, Y. Djellouli, 2010

  • Sites internet

Bimby.fr

  • Articles Web

http://oscargential.blogspot.com/p/bimby-urban-blockbuster.html

http://www.insee.fr/fr/themes/tableau.asp?reg_id=0&ref_id=NATFPS05201

  • Vidéos documentaires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s