Les dernières maisons en terre du Sénégal

Travail d’inventaire sur le quartier Soubalo à Matam

Dans le cadre d’une mission, des étudiants de ma promotion du collège universitaire d’architecture de Dakar et moi étions appelé à faire un inventaire des maisons en terre dans la région de Matam. Nous nous sommes rendus dans cette ville pour faire un relevé d’état des lieux des habitats riches d’histoires, construits dans les années 1950. L’inventaire visait à créer un support pour la classification de ces maisons au patrimoine national. Cet article aura pour objet d’établir l’importance du matériau, son impact dans le système constructif et sa place dans l’imaginaire collectif.

L’architecture de la ville de Matam, située au bord du fleuve Sénégal et à 700 kilomètres de Dakar, s’est élaborée avec la matière première disponible : les terres alluviales et argileuses, mêlées à la paille des céréales cultivées et la bouse de vache pour servir de liant ; ce mélange fut le premier matériau de construction solide et durable imposée par la sédentarisation des peuples. Les habitats traditionnels et les couvertures en paille sont restés dans cette région durant de nombreux siècles.

L’art de façonner Le matériau

Le matériau est modelé de manière à obtenir une pâte. Il est ensuite moulé en briques crues de façon artisanale puis il est laissé à sécher avec le soleil. Une fois le gros oeuvre terminé, lors de la construction, les femmes s’occupent des finitions à l’intérieur et à l’extérieur en travaillant avec le même matériau de base pour en faire un enduit plus lisse. Certaines laissent cet enduit brut, d’autres créent des motifs en fonction de leurs sensibilités. Traditionnellement, l’homme s’approprie les tâches les plus pénibles et la femme exécute les travaux nécessitant moins d’efforts physiques.

La réalisation en terre recourt à des matériaux de proximité et est d’un coût très faible. La majorité des toitures est faite d’une charpente en bois recouverte de paille. Mais certaines habitations se modernisent, présentant des toitures plates, utilisant des traverses en bois et une toile en plastique pour l’étanchéité. L’ensemble du toit est ensuite recouvert avec de la terre crue. Elle peut être utilisée de plusieurs façons : moulée (adobe) ; façonnée et tassée (bauge) ; alliée à des fibres végétales (torchis) ; damée ou comprimée (pisé), ou en briques en terre crue compressée.

Les Avantages de la construction en terre

Construire en terre crue présente beaucoup d’avantages dont les habitants n’avaient pas nécessairement conscience. Ils exploitaient la terre parce qu’elle était un matériau à moindre coût, disponible. En tant que matériau sain et naturel, ces maisons en terre crue sont en mesure de réguler l’humidité de l’air et de favoriser un équilibre hygrométrique, d’absorber les odeurs et de protéger contre les ondes électromagnétiques. La terre présente un grand intérêt acoustique. Ses micropores filtrent également les polluants extérieurs et n’émettent aucune nocivité à l’intérieur de l’habitation. Elle permet le renouvellement naturel de l’air dans les habitations. Les murs, grâce à leur masse importante, favorisent l’inertie thermique du bâti. Les écarts de température sont atténués. Toutes ces qualités techniques font des maisons en terre crue, un habitat particulièrement confortable, agréable à vivre et très salubre. Dans certaines régions, on les surnomme « les maisons de centenaires ».

Sans titre

Les plans des maisons du quartier Soubalo à Matam, présentent en général des maisons mal éclairées : les petites fenêtres placées en façades éclairent d’abord une véranda, puis les chambres situées au fond. A l’arrière de la maison se trouvent quelques petites ouvertures supplémentaires.

Pour répandre l’utilisation de ce matériau, il faudrait convaincre la population du fait que vivre dans une maison en terre ne renvoie pas à un mode de vie « primitive ». L’architecte Omar Bembello dit que « ceux qui ont les moyens de choisir doivent aller vers la terre ». L’idée est reprise par Adam Abdou : « je ne peux pas encourager les gens à construire en terre si, moi-même, je vis et travaille dans des bâtiments en parpaings. » La terre est très moderne de nos jours, car on peut combiner plusieurs matériaux, en ajoutant au banco un peu de ciment ou en utilisant des briques de terre stabilisée (mélange de latérite et de ciment). Ce procédé permet d’atteindre sans problème trois étages.

La terre crue est plus que jamais d’actualité. Elle est en parfaite adéquation avec une démarche de construction écologique et éthique. Elle constitue un matériau de construction que nous, futurs architectes, devront mieux cerner et de manière à en multiplier l’usage dans le monde.

Nécessité de la réhabilitation

Après chaque saison des pluies, chaque famille commençait à remettre en état les concessions après les dégâts causés sur le matériau par l’érosion des fortes pluies. Cette réhabilitation se faisait en respectant la forme du bâtiment de base. La remise en état en saison sèche permettait de tenir jusqu’à la fin de la prochaine saison pluviale.

Ce type d’entretien est pratiqué traditionnellement par les habitants de la région de Matam, mais avec l’arrivée de la construction en béton et en parpaing, les maisons en terre sont en voie de disparition. Celles qui restent se situent dans le quartier Soubalo : coeur historique de la région se situant à la périphérie nord de la ville. Mais leur nombre tend aussi à diminuer dans cette zone car elles ne sont pas classées au patrimoine national. Malheureusement, dès qu’une famille a les moyens de construire une maison en béton, la maison en terre est rasée. La réhabilitation annuelle n’étant plus effectuée, des fissures s’agrandissent au fur et à mesure des chutes de pluie et pour finir l’habitat en terre s’effondre.

Figure 1 Relevé D'une Maison En Terre Crue

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La construction en terre est présente un peu partout dans le monde. Beaucoup d’architectes contemporains sont fascinés par les qualités de ce matériau. La mosquée de Djenné (Mali), construite en 1907 par l’architecte Ismaïla Traoré, tient toujours parce que son entretien a été régulier depuis sa création.

Bibliographie

Couverture de  livre.jpg Bâtir en terre du grain de sable a l’architecture, Laetitia Fontaine et Romain Anger, octobre 2009.

  • Articles Web

http://www.rfi.fr/afrique/20130301-architecture-terre-une-solution-le-sahel

http://www.au-senegal.com/ma-terre-premiere-pour-construire-demain,11532.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Construction_en_terre

http://aventure-pere-fils.e-monsite.com/pages/la-case-senegalaise.html

  • Vidéos documentaires

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