L’HABITAT FLOTTANT, Solution face au réchauffement climatique ?

Le scénario catastrophe d’une Terre recouverte par les océans, de villes surpeuplées et de zones agricoles insuffisantes poussent de plus en plus les architectes et ingénieurs à réfléchir à l’architecture amphibie. Le film de science-fiction post-apocalyptique Waterworld (1995) de Kevin Reynolds n’a jamais été aussi actuel qu’aujourd’hui, film dans lequel la fonte des glaciers et la montée des eaux sont au centre des attentions des scientifiques. Et en effet, face à des prévisions telle que l’augmentation du niveau des océans de 1m1 et le passage de la population mondiale de 7 à 11 milliards d’habitant 2 en 100 ans, on peut légitimement s’inquiéter. Mais des civilisations amphibies existent depuis longtemps et ce, bien avant ces prévisions alarmantes. Quels ont été les facteurs de ce passage à la vie sur l’eau et qu’il y a-t-il à apprendre de cette architecture ?

Parmi tous les peuples vivant sur l’eau, trois motivations sont à retenir. La première concerne le profit tiré de la mer par la pêche et le transport de marchandises comme chez les pécheurs de la baie d’Ha Long au Vietnam, qui, bien avant de vivre dans des maisons amphibies vivaient dans leurs bateaux de pêche. C’est l’État qui, dans les années 90, a appuyé ce changement afin de développer le tourisme dans la baie et de revaloriser l’image d’une vie locale précaire. Cette motivation est commune aux habitats de bahats que l’on trouve au Cachemire ; les bahats, similaires aux péniches de transport, sont des maisons flottantes pouvant atteindre 12 mètres et servant aussi de bateaux de transports.
Une autre cause du passage à l’architecture flottante de certains peuples à été celle du repli. Ainsi les Tankas, un peuple pécheur originaire des régions côtières des provinces chinoises du Fujian et du Guangodong, se seraient installés sur l’eau durant la dynastie Tang (700 av JC) dans le but de fuir les guerres incessantes présentes sur la terre ferme. De même pour les Uros, une civilisation pré-Inca ; ces derniers se sont établis au XIIème siècle sur des îles flottantes artificielles faites de totora3 dans le lac de Titicaca au Pérou afin de fuir les Incas. En cas d’attaque, il se réfugiaient au milieu du lac (le plus grand en Amérique du sud) et pouvaient ainsi échapper à l’envahisseur.
Le dernier motif ayant poussé certaines communautés à habiter sur l’eau est économique. Sur l’eau, il n’y a en effet aucun droit de propriété, ce qui permet à n’importe qui d’y établir sa résidence. Dans les marais d’Atchafalaya, on retrouve beaucoup de maisons-bateaux, leurs habitants, souvent des familles pauvres y logent ainsi car le bayou n’est soumis à aucun impôt ni loyer.
Aujourd’hui, c’est un nouveau motif qui pousse l’homme à habiter proche de l’eau ; celui de la montée des eaux.

Ce phénomène est loin d’être nouveau en Hollande ; en 1953, le pays a connu une violente tempête qui a causé plus de 2000 morts et provoqué l’évacuation de 100 000 personnes. Depuis, s’adapter et résister aux affronts de la mer est devenu indispensable et primordial. Pour ce faire, les Pays-Bas ont étendu leurs terres sur l’eau grâce aux polders : on en compte aujourd’hui 3500 dans le pays représentant ainsi 17% du territoire 4.
Même combat pour Hong Kong, qui est une des villes les plus exposées au changement climatique ; frappée chaque année par plusieurs typhons, la ville perçoit 2150 millimètres de pluie5, soit deux fois de plus qu’à Genève. Mais si Hong Kong est l’une des villes les plus à risque, elle est également l’une des mieux préparées. La ville est ainsi équipée de 3 tanks sous terrain se remplissant d’eau et pouvant accueillir l’équivalent de 24 piscines chacun. Des jardins ont aussi été installés sur les toits des bâtiments municipaux afin de favoriser l’absorption de l’eau. Plus ambitieux encore, Hong Kong travaille à se transformer en « ville éponge » grâce à des pavés poreux composés de ciment agrémenté de morceaux de verre créant ainsi des micropores sur leur surface permettant l’absorption de l’eau. Depuis 1989, la métropole a réussi à réduire le nombre de lieux à risque de 90 à 7 6.

Face à un risque de plus en plus présent et puissant, résister n’est plus possible, il faut s’adapter à ce dernier. A l’instar des pécheurs de la baie d’Ha Long au Vietnam, des Uros et d’autres civilisations vernaculaires, la ville amphibie semble être la solution au changement climatique des villes côtières.
Waterstudio 7 conçoit depuis quelques années des maisons flottantes et même des quartiers ; c’est le cas dans le sud-est d’Amsterdam à Ijburg où un quartier expérimental a été construit. Contrairement à l’utilisation de digues, réservoirs et polders, la ville amphibie a pour but de s’adapter à la mer, de l’accompagner plutôt que de lutter contre elle. Mais l’entreprise relève de la petite échelle face à ce qui se dessine pour notre futur, où des villes amphibies entières sont imaginées. L’architecte Vincent Callebaut 8 fait partie des têtes pensantes de ce mouvement avec son projet « Lilypad », cité flottante établie au long des littoraux et pouvant accueillir jusqu’à 30 000 personnes. ATDesign est aussi dans la course avec un projet d’écoquartier flottant de 10km², bâti avec des caissons posés sur l’eau où habitations et espaces verts sont présents. Commandé par une des plus grandes sociétés de construction d’infrastructures portuaires chinoises, China Communications Construction Company, ce projet est planifié à l’écart des zones atteintes par la pollution des grandes villes ; une cité propre avec vue sur les cités polluées…

Mais cet engouement pour la ville amphibie, à l’écart des zones polluées et dangereuses ne s’apparente-t-il pas à du solutionnisme plutôt qu’à une réelle révolution ? Trouver une réponse durable aux problèmes présents sur terre et accepter les changements qu’impose le réchauffement climatique devrait importer plus. Ces projets d’îles utopiques risquent à leur tour de dégrader les océans en les urbanisant, et alors vers où sera la fuite ? Pour l’instant, face à l’augmentation massive de la population, le manque de plus en plus présent de nourriture dû aux problèmes climatiques et la surexploitation des sols, les îles flottantes restent un argument de poids pour contrer l’expansion des villes sur terre et favoriser ainsi la préservation des sols encore inexploités, sources d’oxygène pour notre planète.
Avec ces cités flottantes, nous nous dirigeons vers un bouleversement des fonctionnements urbains, où la terre n’est plus ferme et les villes ne sont plus statiques. C’est tout l’urbanisme des villes et les connexions entre ces dernières qui doit alors être repensé, ce qui en fait un grand projet pour les architectes d’aujourd’hui et de demain.

Bibliographie

float-building-on-water-to-combat-urban-congestion.jpg

Float!: Building on Water to Combat Urban Congestion and Climate Change, Koean Olthuis & David Keuning, 2011

  • Articles Web

http://www.demainlaville.com/zone-inondable-differents-choix/

https://www.archdaily.com/559891/architecture-and-water-exploring-radical-ideas-to-unlock-the-potential-of-urban-waterways

https://www.architectural-review.com/magazine-shop/latest-issue-june-2017-on-water/10020204.article?search=https%3a%2f%2fwww.architectural-review.com%2fsearcharticles%3fparametrics%3d%26keywords%3dwater+architecture%26PageSize%3d10%26cmd%3dChangeSortOrder%26val%3d3

https://www.letemps.ch/sciences/2017/09/25/hongkong-se-transforme-villeeponge

http://bfmbusiness.bfmtv.com/votre-argent/quand-les-villes-s-installent-sur-les-oceans-909895.html

https://www.notre-planete.info/actualites/actu_3406_etalement_urbain_environnement.php

http://culturebox.francetvinfo.fr/arts/architecture/et-si-la-ville-de-demain-se-faisait-sur-l-eau-218701

https://www.franceculture.fr/emissions/modes-de-vie-mode-demploi/vivre-sur-leau

  • Vidéos documentaires

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