La maison Truffe et son veau

La maison truffe est un refuge de 50 m2 dit naturel. Réalisé par l’architecte d’Ensamble Studio Antòn García-Abril avec la collaboration de Ricardo Sanz et Javier Cuesta, il est situé prêt de la Costa da Morte en Espagne. Il s’agit d’un espace dans une pierre qui s’intègre dans le territoire, respectant totalement son environnement. Nous pouvons faire le rapprochement entre ce refuge et le Cabanon de Le Corbusier, tout deux situés en bord de mer ils sont des archétypes de la cellule minimum fondée sur l’ergonomie et le fonctionnalisme. Ce projet figure un retour au mythe de la cabane primitive et à l’auto-construction. Les architectes présentent leur travail comme « un morceau de nature construit avec de la terre, plein d’air. Un espace dans une pierre qui s’assoit sur le sol et se fond dans le territoire. » (Citation d’Ensamble Studio).

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Ce refuge est réalisé par un processus à la fois ingénieux et à la fois très original quant à sa finalité. Tout d’abord l’équipe d’Ensamble Studio a fait un immense trou dans le sol pour pouvoir créer un sol plat et donner l’impression d’une pierre ancestrale sortant de son sol. Ensuite ils ont accumulé des bottes de foins en recouvrant de béton au fur et à mesure de leur empilement. L’emplacement des balles de foin joue un rôle pour l’espace intérieur futur. Chaque étage de foin supplémentaire est recouvert immédiatement de terre pour contreplaquer le béton au foin, la terre prenant donc le rôle de moule pour la forme finale. Une fois la totalité des balles de foin recouvertes de béton, ces dernières sèchent et se solidifient sous la terre. Après plusieurs jours de solidification, les architectes ont enlevé la terre pour y faire émerger cette immense masse amorphe de béton. Ce volume est ensuite scié comme des pierres de carrière de façon à y révéler la masse de foin intérieure. Paulina est le nom de cette petite vache qui a mangé pendant un an le foin pour y faire naître l’espace intérieur.

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Ce refuge comporte tout le nécessaire pour pouvoir vivre: lit, lavabo, douche sanitaire et même une cheminée. Une énorme baie vitrée est installée et qui donne une vue incroyable sur la mer méditerranée. Challenge réussi pour l’équipe d’Ensamble Studio, cette dernière ayant crée un espace intérieur d’une richesse incroyable où nous nous verrions bien passer une ou plusieurs nuits. Composé seulement de béton, terre et paille, l’édifice répond à toutes les attentes d’une architecture d’habitation. De plus, il a une empreinte carbone quasi nulle. La seule technologie utilisée est finalement l’apparition de ce veau, Paulina, reflétant la puissance de la nature et un possible échange avec l’architecture. Cet exemple illustre parfaitement la possibilité de pouvoir vivre dans de très bonnes conditions tout en respectant et en sublimant la nature ainsi que son paysage. Le secret d’une architecture propre est-il d’intégrer la nature ? L’architecture future devrait-elle donc s’appeler « architecture naturelle » ?

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Avant l’arrivée de la révolution industrielle les Hommes vivaient grâce au feu, au soleil, à l’eau, au vent, aux animaux et à eux-mêmes. Ils minimisaient leurs efforts et vivaient dans l’harmonie la plus humble. Avec l’apparition du pétrole et de ces dérivés (électricité, moteur à vapeur…), la population a développé et a construit un nouveau quotidien basé sur cette énergie. Cependant ces différents éléments que l’on génère avec le pétrole demandent une quantité d’efforts bien plus importants que l’on pourrait le soupçonner. Il faut les produire, les distribuer et les acheter. Un cercle de confort éphémère qui est simplement le confort d’un instant. A force de laisser les machines faire le plus de choses possibles à notre place nous avons oublié de nombreux principes fondamentaux. Des actions que la nature peut faire pour nous. De plus, ces nouveaux monstres industriels sont polluants et ont une limite dans le temps. Notre environnement naturel devient trop pollué et malsain pour la vie. L’architecture naturelle serait donc finalement un retour dans le temps avec tous les outils numériques et technologiques dont nous disposons actuellement.

Chaque endroit sur terre présente des caractéristiques différentes. Il existe des paysages différents (déserts, prairies, vallées, collines, montagnes, forêts etc..), des sols (alluvions, terre grasses, sable etc..), des végétations différentes (Arbustes, buissons, arbres à feuilles etc..), des ressources (eau, vents, air, etc..) des reliefs (plaines, montagnes etc..), et des caractéristiques du climat (Température, lumière, type de temps, précipitations, humidité mouvement de l’air et vents etc.. ). Toutes ces données sont aujourd’hui très rapidement récupérables et quantifiables. Chaque projet avant d’être pensé doit faire preuve d’une analyse fine de tous ces facteurs naturels et climatiques pour tendre vers une architecture naturelle et bioclimatique. Une architecture qui s’aiderait du vent pour se ventiler, ou bien du relief pour se protéger et du soleil pour se réchauffer.

L’idée d’une architecture naturelle et alternative pour un futur meilleur est devenu le combat de beaucoup d’architectes. Par exemple David Wright, auteur du livre « manuel architecture naturelle » en 2004, est un architecte américain qui a travaillé dans le domaine de l’architecture alternative depuis les années soixante. Il a commencé par étudier les techniques traditionnelles de la Tunisie et de la Guinée (plus particulièrement en terre), ce qui l’a ensuite amené à réaliser plus de 500 bâtiments solaires, résidentiels, commerciaux ou institutionnels. Sa première maison, réalisée à santa Fe en 1970, est devenue une réalisation incontournable de l’architecture bioclimatique. L’architecte est aussi auteur de nombreux livres sur l’énergie solaire passive et d’une série d’articles dans lesquels il met en avant les sujets du développement durable, de l’habitat autarcique et des matériaux verts. Son travail est le reflet de son ambition pour une architecture alternative qui intégre des matériaux naturels et utilise les différentes énergies que la nature et le climat peuvent nous proposer avec des solutions innovantes. « La clé d’une survie durable est d’abord de minimiser les perturbations dues à l’homme, en recherchant l’harmonie en toutes choses dans le déroulement de la vie, et ensuite de maximiser les possibilités des éléments naturels » David Wright – livre Manuel d’architecture naturelle page 31 l. 1 à 5

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Nous sommes aujourd’hui dans une phase de transition mondiale. Une phase de «troisième révolution industrielle». La deuxième révolution industrielle développée autour de l’expansion des énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon etc..) arrive à son terme. C’est la fin de l’ère pétrolière dans la mesure où les énergies fossiles sont vouées à disparaître et à être remplacées par des énergies renouvelables. Ces nouvelles énergies sont des énergies naturelles, captées à l’aide des technologies actuelles: panneaux photovoltaïques pour capter le soleil, éoliennes pour capter le vent…. L’architecture va donc devoir s’adapter elle aussi à cette nouvelle transition. En cela, la solution pour l’avenir n’est-elle pas un retour à « l’architecture naturelle » ?

 

Bibliographie

 

  • Manuel D’architecture Naturelle – Davis Wright – Edition Parenthèses

    Troisième révolution industrielle – Jeremy Rifkin – Edition Babel

 

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