Vivre vieux

 

Le vieillissement inéluctable de la population est un sujet très actuel en France. En effet, d’après une étude établie par l’institut national de la statistique (INSEE) en 2010, le nombre de personnes de 60 ans et plus devrait augmenter de 10.4 millions entre 2007 et 2060. Ainsi en 2060, 23 millions de personnes seront catégorisées comme des personnes âgées, soit une hausse de 80% en 53 ans. Cette croissance fulgurante s’explique par plusieurs facteurs, premièrement les baby-boomers nés peu après la Seconde Guerre mondiale entre actuellement dans des âges avancés. D’autre part, les progrès de la médecine repoussent l’espérance de vie, qui est passé de 60 ans pour les hommes et 65 ans pour les femmes en 1945 à 79,5 ans pour les hommes et 85,3 pour les femmes en 2017. Au-delà d’un impact économique, cette évolution de la population questionne l’habitat du troisième âge.

Vivre vieux c’est bien, mais le vivre bien c’est mieux.

La vision des anciens dans la société a beaucoup évolué. L’écrivain et ethnologue malien Ahmadou Hampaté Bâ (1900-1991) écrit « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. ». Aujourd’hui en France, la sagesse et l’expérience des anciens ne sont plus valorisées, au contraire, ces derniers sont perçus comme un poids de plus en plus pesant pour l’économie du pays. Dans ce contexte économique actuel, qui valorise la performance et l’apparence, nos aînées se retrouvent en marge et ont du mal à trouver leur place dans une société qui les qualifie « d’inactif ». Suite à l’évolution très rapide des mentalités l’écart générationnel se creuse, se développe alors une forme de racisme « anti-vieux ». Pourtant, les seniors participent à l’équilibre sociétal par leur consommation de biens et de nourriture, par le besoin d’emplois dans le domaine de l’accompagnement et aussi par toutes les aides informelles qu’ils peuvent générer comme par exemple la garde d’enfant.

D’autre part, la mondialisation a entraîné une uniformisation d’un mode de vie occidental. Ce dernier se caractérise par une vision individuelle de l’habitat, détaché du contact social lié au voisinage. L’exemple le plus frappant est celui d’une métropole comme Paris où s’amassent plus de 21 mille habitants au km2 sans réel lien social entre les habitants d’un même immeuble. En France, cette configuration se retrouve également dans les milieux ruraux et périurbains avec une volonté d’avoir son propre pavillon, cerclé d’un jardin privé et clôturé. On semble avoir évincé la nécessité d’échange et de partage intergénérationnel, chacun étant centré sur ses propres besoins matériels. Dans ce contexte, de plus en plus de personnes âgées se retrouvent confrontées à l’isolement et la solitude.

De plus, ces personnes subissent un logement souvent inadapté à leurs besoins. Trop cher, trop loin des services, ou trop difficile à entretenir, tous ces facteurs entraînent une perte d’autonomie progressive. Dès lors, la seule alternative proposée par l’État est la maison de retraite. Aujourd’hui les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) connaissent une surpopulation ainsi qu’une demande toujours plus élevée, ce qui entraîne des conditions de travail difficiles pour les employés. De plus, la maison de retraite est vécue comme un changement forcé par les personnes âgées, car elles sont contraintes de quitter leur maison pour séjourner dans un lieu froid, impersonnel et médicalisé. De plus, le coût financier de ces établissements est tellement conséquent, en moyenne 1857 euros mensuels, que 25% d’entre eux sont obligés de vendre leur patrimoine.

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On peut alors se demander quelles pourraient être les alternatives possibles, les compromis entre l’aide à domicile et la maison de retraite, qui permettrait ainsi, un respect de l’intégrité de chaque individu.

L’association Habit’âge

C’est ce qu’ont cherché Vanessa Chapeau et son conjoint Mickaël Couvreux avec leur projet Habit’âge, qui développe un concept original : « La création, dans un ancien bâtiment réhabilité, d’un habitat partagé, participatif et solidaire en milieu rural, pour des personnes âgées autonomes. »

Ce couple, a imaginé le projet en décembre 2012 lorsque la grand-mère de Mickael s’est trouvée obligée d’aller habiter en maison de retraite. Ils ont donc décidé de créer l’association afin de permettre à des seniors de vieillir dans un environnement agréable et convivial. Cette démarche a été largement soutenu et encouragé. En effet, Vanessa et Mickaël ont été lauréats du concours SFR Jeunes Talents 2013, ce qui leur a permis de bénéficier durant un an d’un accompagnement dans leur réflexion à travers des ateliers de travail entourés d’experts, et d’être formés à HEC sur entrepreneuriat. De plus, le sociologue et professeur en Politique gérontologique Serge Guérin est parrain de l’association.

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Le concept prend vie dans le village de Fontaine-Guérin en Maine-et-Loire, où une bâtisse anciennement dédiée au jeu de boules de fort a été réhabilité en quatre logements de 45 m2 adaptés aux personnes à mobilité réduite. Ils sont loués vides afin de permettre aux locataires de créer un lieu familier. Cet habitat partagé est également pourvu d’espaces communs : jardin, parking et salle de convivialité pourvue d’une cuisine. Ce type de logements est un bon compromis, car il permet aux locataires d’avoir leur indépendance tout en étant entouré. Cette première réalisation à été inaugurée en septembre 2017 et les locataires semblent très satisfaits de leurs nouveaux chez-eux.

L’association Habit’âge ne compte pas s’arrêter là et étudie d’autres faisabilités, aussi bien au niveau du besoin social, qu’au niveau immobilier. Dans une démarche participative, la concertation est primordiale, que ce soit avec les familles, les personnes âgées, les politiques ou encore les multiples acteurs du territoire.

Cette association est un exemple parmi d’autres d’idées novatrices concernant l’habitat des seniors. Il existe également des concepts comme l’habitat kangourou, qui consiste à louer un logement accueillant à la fois de jeunes locataires et des locataires âgées. Ce type d’habitat permet de favoriser les liens et l’entraide intergénérationnelle.

Ces nouvelles formes d’habitats permettent aux personnes du troisième âge de garder une dynamique physique, par diverses activités, ainsi que psychologique, grâce aux liens sociaux. Ces deux facteurs sont essentiels pour le maintien de l’autonomie chez les personnes âgées. Dans cette perspective d’une société de longévité, les collectivités locales commencent à se questionner sur ces problématiques, et lancent de plus en plus d’appel à projet axé sur une dynamique sociale.

Bibliographie

  • Livre

La Solidarité ça existe… Et en plus ça rapporte !, Serge Guérin, 2013

  • Sites internet

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/honteux-les-residents-des-maisons-197387

http://www.observationsociete.fr/population/donneesgeneralespopulation/evolution-esperance-de-vie.

htmlhttp://www.umce.ca/autafa/information_generale/culture_seniors.pdfhttps://www.habitage-asso.fr/

https://www.franceinter.fr/societe/l-esperance-de-vie-augmente-bonne-nouvelle-ou-pas

http://plusmagazine.levif.be/societe/l-habitat-kangourou-ou-comment-reactiver-la-solidarite-entre-les-generations/article-normal-459829.html

 

  • Vidéos documentaires

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