ABRAHAM POINCHEVAL

Voyage introverti

Ce petit gabarit d’ 1,72 m pour 55 kg est devenu un artiste influent de la scène artistique contemporaine. Tout commence en 1972 à Alençon. Sa formation à l’Ecole des Beaux-arts, son intérêt pour les récits de voyages ou de science-fiction et sa rencontre avec Marina Abramovic – artiste contemporaine qui a dédié sa carrière à l’art corporel en repoussant les frontières du potentiel physique et mental à travers ses performances – sont pour Abraham Poincheval aux fondements de sa pratique artistique personnelle. Il commence sa carrière par une série d’explorations incongrues en collaborant avec Laurent Tixador. En 2001, ils décident de vivre en autarcie durant une semaine sur l’île du Frioul au large de Marseille en rejouant les conditions de vie des Hommes du paléolithique. Sans aucune aide et aucun moyen technique, les deux artistes se questionnent sur les mode de vie en autarcie. L’expérience est plus dure que prévu puisque pêcher et chasser sans matériels ni objets techniques devient quasi impossible pour les hommes modernes qu’ils sont. Cette semaine de survie fut réalisée avant une exposition qui relate leur expérience et la manière dont ils ont été amenés à repousser leurs limites physiques et mentales. Ce travail est à l’origine, pour Abraham Poincheval, d’une série de projets centrée autour de la survie. Le point de départ de chaque expérience physique et mentale part de questions simples que tout le monde s’est déjà posé et fait appel à un processus expérimental millimétré afin d’y répondre. Sa démarche s’affine et se clarifie, Abraham Poincheval propose deux types de projet. « Les totales symbioses », sont des endroits clos dans lesquels il va s’enfermer pour expérimenter des voyages intérieurs régis par un temps donné. « Les horizons » sont des voyages qui proposent une relecture du monde en expérimentant le déplacement telles des aventures. L’ensemble de ces projets met le corps et l’esprit à contribution en les contraignant et les malmenant. Le but étant de repousser les limites physiques et mentales.
Abraham Poincheval est un artiste médiatisé pour ses expériences itinérantes ou sédentaires qui découvrent le monde sous des angles encore inexplorés. Se définissant comme un voyageur, il explore par l’intermédiaire de sculptures habitables, capsules et véhicules de voyages immobiles ou dispositifs d’enfermement. Ces voyages sont autant intérieurs qu’extérieurs, méditatif que nomade. L’idée, bien au-delà de la performance physique, est d’habiter les sculptures réalisées, de faire corps avec elles d’une part, mais aussi de partager avec le public ces performances par le contact direct avec la sculpture ou via internet en retransmettant les performances sous forme de vidéos. Dans des espaces clos et réduits, l’artiste relève ainsi le défi de vivre plusieurs jours en autarcie, enfermé et immobile, la perte progressive des sens constituant pour lui des moyens d’exploration du monde et de la nature humaine. Les sculptures et journaux de bord rendent compte de ses performances. À Marseille, pour la galerie Ho, Abraham Poincheval réalise la performance 604800 s en septembre 2012: un trou d’une hauteur de 1m70 et de 60 cm de diamètre, creusé in situ dans la galerie dans lequel il s’enferme, recouvert d’une pierre d’environ une tonne durant 604800 secondes (sept jours) avec le nécessaire pour survivre. Quelques victuailles, une trousse de premier secours et de la lecture afin d’entrer dans un état de méditation pour vaincre le temps. Cette installation dérange puisque les gens s’inquiètent que ce trou devienne la dernière demeure d’Abraham Poincheval. En cas de problème à l’intérieur il faut mettre en oeuvre une logistique importante pour pouvoir libérer l’artiste. De plus, comme dans l’oeuvre « I Like America and America Likes Me » de Joseph Beuys, où il cohabite trois jours avec un coyote sauvage, les installations d’Abraham Poincheval jouent sur le point d’équilibre qui provoque l’état propice à la méditation. Cette étape est cruciale pour supporter un tel voyage intérieur. Ces performances lui permettent donc d’explorer la nature humaine et de vivre à différentes vitesses en fonction des installations.

Ours, du 1er au 13 avril 2014
Avec cette performance, l’artiste souhaite répondre à la question simple : comment vivre dans un animal ? Il choisit d’habiter un ours car c’est un animal encore présent en France, associé aux premiers rites religieux. Pour Abraham Poincheval, « habiter un ours, c’est habiter l’origine du monde ». La performance est réalisée avec l’aide du musée de la chasse de Paris. Une réflexion sur le fonctionnement de cet espace de vie permet d’anticiper les besoins de l’artiste. C’est pourquoi de nombreuses expériences avant l’exposition ont lieu afin de régler à la manière d’un scientifique les différents éléments constituants la performance. Par exemple, la chaise qui va accueillir Abraham Poincheval en position allongé pendant 14 jours a été pensée en fonction de son gabarit et de la forme de l’animal. Telle une sculpture, l’ours est recréé de toute pièce. Le socle devient objet technique de telle sorte que les déchets évacués par les pattes de l’animal puissent être stockés à l’intérieur. Les repas font échos aux habitudes alimentaires de l’ours pour que l’immersion dans la vie animale soit la plus proche de la réalité. Toute cette expérience à l’intérieur de l’animal est filmée et retransmise 24/24h sur internet ce qui permet aux visiteurs de voir l’objet pendant les heures d’ouverture du musée et de voir le quotidien d’Abraham Poincheval à tout moment.

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Pierre, du 22 février au 1er mars 2017
Pierre est une expédition au coeur du monde minéral. Abraham Poincheval tente pour la première fois d’habiter un rocher pendant une semaine, approfondissant ainsi son expérimentation de l’enfermement et de l’isolement. Cette grande pierre calcaire exposée au centre du Palais de Tokyo est sculptée selon la silhouette d’Abraham Poincheval et lui permettant seulement de bouger les bras pour pouvoir se nourrir. L’objet est présenté ouvert avant et après la performance, dévoilant de petites niches sur les côtés servant à stocker l’eau, la nourriture et les toilettes dont il est équipé. Pendant la performance, la pierre devient à la fois une capsule spatiale permettant à l’artiste de réaliser un voyage intérieur, une enveloppe protectrice et une cellule d’isolement. En dehors de sa préparation logistique, physique et mentale, l’expérience qu’éprouve l’artiste est imprévisible. Abraham Poincheval tente d’échapper au temps humain et d’éprouver la vitesse du minéral. « Je conçois le temps [de mes performances] comme un voyage terrestre intérieur. Ma démarche est de savoir par moi-même ce qu’il en est du monde, un peu à la manière du Candide de Voltaire ». Après avoir passé une semaine dans un rocher de douze tonnes, Abraham Poincheval affirme, le teint pâle, être «un peu sonné» bien qu’il ait vu un médecin. «J’avais la sensation d’être un être fluide, une particule au milieu de ce monde minéral», ajoute t-il, évoquant des «moments de vertige très forts où le monde bascule, un très grand moment de perte de soi». L’artiste a alors du mal à différencier la réalité des rêves puisqu’il rêve de l’endroit dans lequel il se trouve. Filmée par une caméra infrarouge, les images diffusées sur un moniteur permettent au public de suivre en direct la performance. Des capteurs comptabilisent en direct les données relatives à la santé de l’artiste, le musée redoutant un éventuel malaise de ce dernier à l’intérieur de la pierre. La communication avec l’extérieur s’effectue à travers la jointure de la pierre, d’où parvient à Abraham Poincheval l’écho assourdi des visiteurs du Palais de Tokyo. « La chose la plus difficile est d’organiser mon sommeil. Je ne sais jamais trop si je dors ou non, c’est très étrange. J’ai une certaine conscience du temps par rapport à l’ouverture du musée, car j’entends des sons différents, mais aucune notion du jour et de la nuit », confie l’artiste. Des visiteurs fascinés lui parlent, lui lisent des poèmes, racontent même leurs cauchemars. Trouvant plus facile de se livrer à un objet qu’à une personne, un jeune homme est venu lui jouer un morceau de guitare.
Au travers de ces différents exemples, on remarque qu’Abraham Poincheval met en place une même démarche : un questionnement simple, une mise en oeuvre scientifique et une réponse performative où son être est dévoué à l’expérience. Dans l’ensemble de son oeuvre, l’artiste met à contribution son corps afin de réaliser des voyages aussi bien physiques que psychiques. Pour son prochain voyage il se questionne sur les nuages. Il souhaite réaliser un rêve d’enfant : celui de marcher sur les nuages. Pour ce faire, il travaille avec Gilles Ebersolt, un architecte et ingénieur qui a déjà travaillé sur un projet d’habitat sur la cime des arbres, appelé le radeau des cimes. Collaboration qui lui offre des solutions techniques pour sa future installation.

Bibliographie

  • Livre

 514riRc8CaL    Abraham Poincheval : Palais de Tokyo 03/02-08/05 20171 février 2017, Adelaide Blanc, Thomas Schlesser, 2017.

  • Sites internet

http://www.galerieho.com/archives_labo/LaboHO-5-Abraham-Poincheval/604800s8 http://www.palaisdetokyo.com/fr/evenement2/abraham-poincheval http://www.semiose.fr/fr/artistes/oeuvres/8734/abraham-poincheval

  • Images

http://www.palaisdetokyo.com/fr/evenement2/abraham-poincheval

  • Vidéo

 

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