ASCENSEURS MULTIDIRECTIONNELS

La création architecturale et donc la composition de l’habitat humain repose sur l’assemblage d’éléments architecturaux de l’ordre du design ou de l’infrastructure. Ces éléments peuvent être des moteurs de création mais ce sont aussi eux qui posent les limites du projet. Leur mise en oeuvre assure la transition de l’imaginaire vers la réalité, du projet vers l’objet. Chaque invention d’un nouvel élément architectural ou son évolution rapproche la projection de la réalisation. Chacune de ces avancées permet aussi de libérer nos imaginaires souvent autocensurés par les moyens techniques permettant la mise en oeuvre. Tous les objets architecturaux construits qui nous entourent sont le fruit de cette transition de l’esprit vers la matière. L’histoire de l’architecture est fortement marquée par ces avancées. L’homme a pu imaginer un abri sur mesure après avoir développé suffisamment d’outils intellectuels et techniques pour construire son propre habitat et ainsi quitter les grottes et les arbres. Il aurait été quasiment impossible pour un homme préhistorique d’imaginer un bâtiment comme le Colisée sans la maîtrise des outils nécessaires à sa mise en oeuvre, tout comme il aurait été impossible à un ingénieur de la Grèce antique de dessiner un lampadaire sans la maitrise de l’électricité. L’imaginaire humain a évolué pas a pas, de découverte en découverte, affranchissant de plus en plus la création de ses contraintes propres. La maîtrise du bois, de la pierre, du métal ou du béton a accru les possibilités architecturales et nous permet aujourd’hui de constituer notre habitat avec plus de liberté qu’il y a 2000 ans. La connaissance du patrimoine technique humain libère notre créativité. Ce panel d’outil ne cesse croître. Il s’agit donc de rester attentif à son évolution, afin de nous libérer individuellement un peu plus à chaque nouvelle découverte collective.

L’apparition de l’ascenseur a, comme de nombreuses autres découvertes, élargi les possibilités architecturales. Ce composant de notre habitat a peu à peu évolué. A l’origine sans moteur, il permettait l’accès aux monastères grecs notamment dans la région des Météores. Il a aussi facilité l’exploitation minière, remplaçant les marches et permettant ainsi des puits plus fins. Parmi les nombreuses avancées qu’a connu l’ascenseur, on peut citer le mécanisme mis au point par l’ingénieur Ctésibios d’Alexandrie au 3ème siècle avant JC, par lequel de l’eau sous pression permettait de mettre en mouvement les cabines. Avec la domestication de l’électricité l’ascenseur devient courant et permet à l’homme de créer de hauts immeubles impraticables sans ce mécanisme. Adieu la tour de Babel, bonjour l’Empire State Building ! Les bâtiments qui nous entourent et qui composent notre habitat ont été pensés, pour une grande partie, avec pour acquis cet outil architectural, leur morphologie et leur fonctionnement stimulés ou limités par cet élément. Cet outil architectural n’a toujours permis qu’une ascension strictement verticale. Cet acquis a façonné le visage de notre habitat. Aujourd’hui, notre patrimoine technique s’agrandit encore une fois et un nouvel élément est à disposition de l’architecte. L’ascenseur évolue.

De nouveaux ascenseurs ayant la capacité de se déplacer sur trois axes différents, au lieu d’un seul pour les ascenseurs conventionnels, ont été imaginés par la société allemande ThyssenKrupp. Les transports de demain ne se limitent pas aux voitures sans conducteur ou aux navettes spatiales : la façon de circuler dans les bâtiments est également concernée par l’évolution des moyens de déplacement. La nature des bâtiments évolue, leur mode de desserte intérieure également. Ce qui a rendu possible cette innovation, c’est une nouvelle forme de domestication d’une ressource présente dans tout l’univers depuis sa création, le magnétisme.

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Il existe deux concepts fondamentaux concernant la physique et les propriétés de lévitation de la matière. Le premier est l’électromagnétisme (EML) dans lequel la lévitation est générée par des électroaimants régulés. Le second est l’électrodynamique (EDL) qui produit la lévitation grâce à des forces de répulsion générées par les courants induits qui n’apparaissent que lors d’un déplacement relatif des corps en présence.

Ce nouveau composant potentiel de notre habitat, se base sur les principes électromagnétiques, c’est à dire que la cabine se déplace le long d’un rail grâce au moyen champ magnétique créé par un électroaimant. Le Transrapid est un train à Shanghai basé sur ce principe. En fibre de carbone et en aluminium, l’ascenseur est affranchi des câbles qui assuraient sa traction, grâce à l’énergie que génèrent les électroaimants tout au long du trajet. Sans câbles, la cabine se déplace verticalement et horizontalement dans des cages décrivant des boucles à travers tout le bâtiment. Il devient donc possible de placer plusieurs cabines dans un même conduit. Le passage des cabines se fait par synchronisation des trajets, lorsque l’une passe d’un conduit vertical à un conduit horizontal, une autre cabine peut poursuivre sa course en hauteur. La société ThyssenKrupp a notamment mis au point un tout nouveau composant essentiel à ce nouveau principe, « l’échangeur », sorte de plaque tournante qui modifie la direction de la cabine pour la faire passer d’un déplacement vertical à un déplacement horizontal. Il ne faudra pas attendre 10 ou 15 ans avant de voir cet ascenseur futuriste intégré dans les immeubles. Le projet de ThyssenKrupp, une impressionnante structure de 246 mètres de hauteur, en cours de construction dans la région de Stuttgart, intégrera ce nouveau composant. La tour sera la deuxième plus haute d’Allemagne, juste après la Commerzbank Tower de Francfort (259 mètres) et la première à mettre en oeuvre l’efficacité de l’ascenseur multi directionnel. Elle disposera de douze cages d’ascenseur, dont trois dédiées au système Multi, qui communiqueront donc entre elles au moyen de connecteurs. Les vitesses ascensionnelles d’essai pourraient atteindre les 18 mètres/ seconde (65 km/h).

En attendant que ce type d’ascenseurs soit monnaie courante, nous pouvons nous questionner sur l’impact que pourrait avoir ce type d’innovation sur notre milieu. Nous pouvons d’ors et déjà nous interroger sur la manière d’employer cette nouvelle ressource. Pour envisager l’envergure d’une telle innovation, nous pouvons nous amuser à imaginer à quoi aurait ressemblé la tour Eiffel, le Chrysler Building, ou les Twin towers si leurs concepteurs avaient eu de tels outils en mains. Constater le nombre de découvertes que l’homme a dû effectuer pour mettre au point un tel mécanisme, permet de prendre conscience à quel point chaque ajout dans notre patrimoine technique, aussi insignifiant soit-il, nous mène vers toujours plus de liberté créatrice.

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