Comment vivre le climat tropical au Brésil ?

Le modernisme tropical dans le logement : Rio de Janerio

 

Durant ma première année de master en 2017, j’ai eu l’occasion au travers d’un projet de visiter le Brésil durant un mois, en avril. Au hasard de certaines rencontres, nous avons eu l’occasion de visiter plusieurs types de logements, notamment à Rio de Janeiro. J’ai alors été frappée par les très fortes caractéristiques architecturales de ces habitats modernes, ce qui m’a conduit à mener plusieurs réflexions sur le sujet.

La création du modernisme tropical

C’est après la seconde Guerre Mondiale, entre 1940 et 1960, qu’est adopté le modernisme tropical alors que l’architecture moderne accède à tous les continents.  L’architecture aborde alors un caractère transnational, en se manifestant au travers de conférences, de revues, ou encore de grandes figures. C’est à ce moment là que la fonction l’emporte sur la forme.

Style architectural majeur du Brésil, l’approche moderniste se caractérise par le minimaliste et l’absence de fioritures ou de décorations en excès. Les lignes sont épurées, la forme fonctionnelle : le mot d’ordre est la simplicité. Le climat au Brésil étant jugé comme hostile, l’objectif de ce mouvement architectural est d’y remédier en trouvant des solutions facilitant les modes de vie des habitants.

Oscar Niemeyer, architecte moderniste le plus connu du monde, a joué un rôle important dans l’élaboration du modernisme tropical Brésilien.

Les cinq points du modernisme tropical

Quelles étaient les solutions employées par les architectures locaux afin d’habiter au mieux le climat brésilien, si différent du notre ? L’objectif de départ de ce qu’on appellera plus tard le modernisme tropical était d’adapter les modes de construction locaux aux besoins de confort de l’européen. Les modèles de ce continent ce sont alors exportés dans les pays tropicaux, et notamment au Brésil. C’est à partir des années 1940 que la considération climatique s’exprima de manière esthétique dans l’architecture, tel que l’ornementation des façades grâce à l’utilisation de brises soleil, n’ayant donc plus uniquement un rôle utilitaire.

Dans le logement, les points du modernisme tropical (brise soleil, rez-de-chaussée laissé libre, rue intérieure,…) sont omniprésents.  La transition entre l’intérieur et l’extérieur de l’habitation est floue, souvent notée par la présence d’espaces tampons tels qu’une véranda, une loggia. Cette confusion peut également être accentuée par la similitude de matériaux entre deux espaces (un carrelage prolongé entre l’espace de vie et la terrasse par exemple). Les températures avoisinant régulièrement les 40 degrés, la mise en place de protections solaires est inévitable. Les brises soleil – ou « cobogos » – permettant  de conserver la vue, la ventilation ainsi qu’une luminosité suffisante sont langage courant des façades brésiliennes. Afin d’accentuer la ventilation de l’habitation au maximum, de nombreux systèmes simples ont été mis en place par les architectes locaux, tels que la double orientation quasiment systématique des logements, ou encore la construction de ceux-ci en duplex. Des zones de rues intérieurs (type coursives), omniprésentes et utilisées comme réels prolongements du logement, favorisent les rencontres entre voisins s’appropriant ces lieux (d’autant plus lorsque l’appartement est difficilement vivable comme c’est le cas à Pedregulho par exemple).

Comment vivre le climat au Brésil : quelques exemples

Afin d’illustrer l’architecture moderniste tropicale, nous pouvons étudier trois appartements situés à Rio de Janeiro et correspondant à trois classes sociales différentes (favorisée, moyenne, ouvrière), mais présentant des fonctionnements tout à fait similaires. Ils représentent parfaitement l’aspect domestique du climat à Rio de Janeiro.

Le Conjuto Pedregulho, a été réalisé en 1951 par Affonso Eduardo Reidy, architecte brésilien. Situé dans le quartier de Benfica, le projet rassemble un bâtiment de logement collectif, destiné aux familles des fonctionnaires de l’Etat Fédéral de Rio de Janeiro, ainsi qu’une école et un centre sportif. La longue et sinueuse barre de logements est montée sur pilotis, de façon à s’implanter dans la pente. En son centre se trouve un étage « évidé » collectif : on y trouve des petits commerces, et les enfants s’y rassemblent pour jouer au foot. Dans les étages, de longues coursives desservent les appartements certes traversant mais en réalité quasiment invivable de par leur caractère exiguë, très bas de plafond et peu lumineux.  Les portes d’entrées laissées ouvertes par les habitants, les objets personnels (table, chaises, transats, plantes,…), ou toute autre façon d’aménager, de ré-agencer et de décorer son espace sur cette coursive permettent de comprendre que c’est ici que tout se passe. Les espaces communs y sont donc pleinement investis, que ce soit par des vieux papotant, des enfants jouant, des fleurs poussant. Les espaces peu propices permettent malgré tout une cohésion sociale très forte, cependant favorisée par le climat (ceci n’étant pas transposable à un pays froid).

L’edificio Julio de Barros Barreto a été construit par les frères Roberto en 1947. Cette barre d’habitations, loin de l’image européenne de la barre de banlieue que nous pouvons avoir, possède des appartements à doubles niveaux. Au premier étage se situent les espaces privés : les chambres. Il représente cependant le niveau d’accès principal au logement. Au rez-de-chaussée se trouvent les pièces partagées (salon, cuisine), ainsi que la chambre de bonne (à l’époque, il était très courant pour les familles relativement aisées d’avoir à sa disposition un serviteur). Afin d’isoler les différents flux, les accès se font par deux coursives distinctes, totalement ouvertes sur l’extérieur pour l’étage de service et semi ouvertes (et bien plus luxueuses) pour l’étage courant. Cette alternance des coursives se retrouve en façade de l’immeuble. À l’étage de service, elles sont fréquemment utilisées afin d’entreposer vélos et autres objets en tout genre.  De l’autre côté de l’appartement (traversant), se trouve une terrasse double hauteur, reliant ainsi les deux niveaux. Il est possible d’y observer des détails tel que le carrelage du salon se prolongeant sur la terrasse, et floutant ainsi la distinction entre intérieur et extérieur.

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Le parque Guinle (1951), également réalisé par les frères Roberto, regroupe plusieurs barres de logements, cette fois-ci très aisés. Tout comme l’edificio Julio de Barros Barreto, une partie de l’appartement est dédiée au service, avec un espace type véranda ainsi qu’une chambre, rejetés à l’arrière du logement (avec vue sur le morro – colline de pierre – taillé afin de créer le parc). Le salon et la salle à manger, quant à eux, disposent d’une vue panoramique sur le parc ainsi que la baie de Rio de Janeiro. Des systèmes de baies vitrées sans aucune menuiserie apparente permettent une fois de plus d’effacer la limite entre l’intérieur et l’extérieur.

Conclusion

En 1960, le développement en masse de la climatisation mécanique va être un des facteurs de la fin du modernisme tropical. Cependant, les caractéristiques des logements brésiliens présentés plus tôt représentent une réelle institution à Rio de Janeiro. Ces façades très aérées sont langage courant des rues cariocas, et représentent sans aucune exagération le mode de vie de ce pays festif, où le soleil et la bonne humeur sont abondants.

 

Bibliographie

  • Livre

Le «modernisme tropical», Jean Baptiste de Boisséson, 2016

  • Sites internet

 

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