HONG-KONG

La vie en cage

Hong Kong est la ville la plus riche de Chine où le PIB est un des plus élevé au monde et pourtant avoir un foyer décent peut devenir un luxe pour beaucoup de ses habitants. Hong Kong est une des villes les plus denses du monde, où certains logements sont si petits qu’ils ressemblent au mieux à des placards, au pire, à de véritables cages qui pourraient être destinées à des animaux. Environ 170 000 personnes vivent dans ces pièces minuscules : des hommes célibataires venus de Chine continentale, des retraités qui manquent d’argent, ou encore des familles entières en attente d’un logement social. Les propriétaires, sans scrupules, facturent environ 200 dollars par mois une « maison-cage » : c’est à dire un lit délimité par un grillage. Ces « cabines-cercueils » sont souvent installées illégalement dans des appartements divisés plusieurs fois, à l’aide de murs, de planches ou même de grilles.
Ces « maisons-cages » sont apparues dans les années cinquante comme mode de logement provisoire pour la main-d’oeuvre immigrée. Le Conseil économique et social des Nations unies (CESCR) a, à maintes reprises, estimé que ces dernières sont « un affront à la dignité humaine» et jugé « inacceptable l’inaction du gouvernement de Hongkong en dépit des ressources financières abondantes à sa disposition ». La disparité des niveaux de vie s’aggrave d’année en année à Hong kong, le rattachement de la ville à la Chine n’ayant rien changé à la situation. Sous le mandat de Tung Chee Hwa, chef de l’exécutif de 1997 à 2005, une politique du logement s’était pourtant amorcée : 50 000 logements sociaux par an entre 1997 et 2004. Mais ces initiatives sociales ont effrayé les Hongkongais propriétaires, dont la richesse principale est souvent leur logement.
C’est donc sous la pression populaire que le gouvernement a cessé d’aider les pauvres, pour éviter d’appauvrir les riches. Beaucoup de gens pensent désormais inutile de faire la demande d’un logement social et reste donc vivre dans ces « maisons-cages ». Il s’agit d’un mode de vie que ces personnes pensaient provisoire mais qui est devenu permanent.

À l’intérieur de ces minuscules espaces, un humain tient à peine couché ou assis. Cependant, pour le locataire, ou pour les familles il s’agit d’un véritable « espace de vie ». En effet, ils y conservent leurs biens, leurs effets personnels ; ils y dorment et mangent. Dans ces « cages » entassées les unes sur les autres, la notion d’intimité est complètement inexistante : aucun mur n’est construit ce qui impose une promiscuité qui n’est pas naturelle. Ces conditions de vie sommaires sont propices à l’insalubrité des espaces partagés (toilettes, douches et couloirs) à laquelle s’ajoutent bien souvent la chaleur étouffante et la saleté. Aux problèmes d’hygiène vient se joindre celui de la sécurité : ces appartements subdivisés se trouvent pour la majorité dans de vieux immeubles qui respectent rarement les normes. Autre problème important : les températures souvent intenables du fait de l’absence de climatisation, et qui empêchent de rester la journée dans ces espaces confinés. L’ensemble de ces conditions de vie font donc de ces « maisons-cages » des espaces invivables, obligeant leurs habitants à errer la journée en ville à la recherche de lieux climatisés et ouverts.
Au delà de conditions physiquement invivables, l’enfermement est autant social que psychologique. De nombreux Chinois venus du continent ne souhaitent plus avoir de contact avec leurs familles car ils ont honte de leur avouer leur situation. De même, la plupart du temps, même entre les résidents aucun lien social ne se crée ; peu se connaissent ou se parlent. Les séquelles psychologiques sont aussi très importantes. Dans certains reportages on se rend compte que pour ces habitants l’enfermement dans un espace plus petit qu’une cellule de prison conduit souvent à une perte de contact avec la réalité. Les habitants avouent s’être habitués à ce mode de vie, ils ne se posent plus de question sur leur situation comme s’ils abandonnaient tout espoir d’évolution. On remarque sur les photos prises de ces « maisons-cages » que toutes sont dotées de télévisions ou de smartphones. Ces objets deviennent alors des outils qui permettent à ces individus de créer une forme d’aliénation. Ils permettent d’agrandir l’espace dans lequel ils vivent ce qui peut certainement expliquer l’absence manifeste de révolte ou d’espoir quant au monde réel. Grâce à ces objets, ils tentent d’échapper à leur environnement difficile.

La densification est présentée comme une évidente nécessité pour les grandes villes comme Hong Kong, Paris ou encore Tokyo qui doivent faire face à une urbanisation toujours grandissante et à l’accroissement démographique global. Par conséquent, les conditions de vie désastreuses des « maisons-cages » ne sont pas propres à Hong Kong. On les retrouve sous d’autres formes, dans d’autres grandes villes développées. En effet, c’est dans ces grandes métropoles que les inégalités se creusent entre ses habitants. La conséquence visible : les plus démunis n’ont d’autres choix pour se loger que de louer des « appartements » de quelques mètres carrés dans des conditions sanitaires et d’hébergement indignes.
À Paris le mal-logement se retrouve généralement sous la forme de chambres de bonnes de quelques mètres carrés. De très petits espaces pour la plupart illégaux qui accueillent bien souvent de nouveaux arrivants dans la capitale, des immigrés et des personnes en difficulté financière. Les paramètres récurrents dans ces « logements » : l’étroitesse et le minimum de confort. La promiscuité ainsi que l’éloignement sont des facteurs d’exclusion – sociale et psychologique – pour les locataires mais ces « logements » sont malheureusement souvent le seul moyen d’avoir un toit, d’être à l’abri forçant ses habitants à vivre dans des conditions difficiles. Une autre forme de logements exigus à Tokyo : des « maisons » trop petites qui manquent d’intimité. Le journaliste Kyoichi Tsuzuki montre à travers ses photos comment les habitants y vivent et s’organisent. Il emploie l’expression « d’effet cockpit » pour retranscrire l’impression laissée par ces habitations. De par leurs dimensions, tout est à portée de main comme dans un cockpit d’avion. Elément intéressant, dans sa série de photos Happy Victims, Kyoichi Tsuzuki explique que « dans une société de masse largement organisée de façon fonctionnelle et homogénéisée, la mode est un moyen d’expression, qui permet de se différencier et d’affirmer sa personnalité ». Dans des « logements » étriqués où la plupart vivent par dépit, comment préserver son identité ? A l’image de l’omniprésence des télévisions ou des smartphones à Hong Kong, dans les maisons tokyoïtes, les habitants semblent s’évader de leur environnement impersonnel et pénible en cumulant des objets, des vêtements, des chaussures comme pour se distinguer et s’extirper de leur situation.

Si l’urbanisation dans les grandes métropoles est signe d’expansion, elle a aussi des effets néfastes. La croissance démographique et la densification des villes affectent les individus, notamment dans le domaine du logement en poussant un nombre de personnes de plus en plus important à vivre dans des espaces confinés souvent insalubres et non appropriés. De telles conditions de vie isolent les habitants de la société et les fragilisent psychologiquement, socialement et économiquement. Dans les grandes villes, ces réalités appellent des engagements et des actions de toute urgence. Malgré les lois et les systèmes mis en place les résultats sont encore peu visibles.

 

Bibliographie

  • Livre
  • Images

http://rebrn.com/re/hong-kongs-coffin-cubicles-3348419/

  • Vidéo

 

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