Inventer l’espace là où il n’y en a pas

Pet Architecture – Atelier Bow Wow

 

La miniaturisation est une pratique encrée dans la société japonaise. Les jardins par exemple représentent la nature idéalisée. Un rocher est une montagne, un ruisseau est un torrent, un regroupement de buis- sons est une forêt. Cette philosophie venant du bouddhisme influence encore la société moderne japonaise. L’atelier Bow wow s’est intéressé à ce phénomène dans le domaine architectural. C’est au cœur de Tokyo et de ses 37 730 064 habitants (en comptant la banlieue), que Yoshiharu Tsukamoto et Momoyo Kaijima vont répertorier et créer ce qu’ils appellent des « pet architectures ».

 

« Tout le génie de l’agence Bow-Wow,
est d’inventer de l’espace là où il n’y en a pas »

Françis Rambert
Directeur de l’Institut Français d’Architecture

 

Quelles sont les conditions urbaines japonaises ?

Compte tenu de la densité de Tokyo, de la généralisation de l’habitat individuel, du coût du foncier et de l’importance des taxes de succession, les parcelles sont exiguës (200 mètres carrés en moyenne).
La trame urbaine japonaise est en constante évolution. Une mutation rapide, déterminée par une durée de vie des bâtiments trois fois moins longue : en Europe, on construit pour cent ans, au Japon pour trente. Cette précarité, souvent perçue comme un obstacle à la construction de qualité, constitue ici un atout. La trame japonaise bouge, contrairement à la parisienne ou à la new-yorkaise, figées à jamais dans leurs âges d’or respectifs. À Tokyo, pour les classes moyennes, diviser le terrain est la seule façon de rester propriétaire. C’est pour répondre a ce genre de commande que les architectes de l’atelier Bow wow Tsukamoto et Kaijima s’obstinent à décliner des maisons particulières sur des parcelles exiguës. Cela ne les empêche cependant pas d’en questionner le sens. Toute leur recherche peut être apparentée à une tentative de transformer cette contrainte technique en avantage, tant sur un plan constructif que conceptuel.

Ainsi, les architectes doivent redoubler d’innovation et d’ingéniosité pour réussir à produire une architecture. La France peut s’inspirer des réalisations des architectes japonais des années 2000, même si les réglementations, le climat et la relation entre architectes et ingénieurs n’y est pas la même et n’offre pas les mêmes libertés.

 

Qu’est ce que l’atelier Bow wow ?

Atelier Bow Wow est une agence d’architecture basée à Tokyo fondée par Yoshiharu Tsukamoto et Momoyo Kajima en 1992. Leurs réalisations très imaginatives, donnent l’illusion d’une grande liberté constructive et conceptuelle, ce qui les rend très appréciées des étudiants en architecture. Leur travail d’architecte est guidé par une question essentielle : comment les habitants occupent l’espace. Inspirée de la culture manga et de la littérature, leur approche donne lieu à des réalisations originales et poétiques qui dénotent d’une réelle inventivité en adéquation avec de nouvelles façons d’habiter.

Leurs enquêtes les mènent à travers les échelles : de l’immensité des villes japonaises à la dimension d’un petit pot de fleurs qui jouera le rôle d’interface entre le privé de la maison et le domaine public de la rue. C’est d’ailleurs dans la confrontation des échelles que le concept de « pet architecture » est né.

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Qu’est ce que le concept de « pet architecture » ?

 

L’Atelier Bow-Wow a produit deux livres sur Tokyo, tous les deux sont des guides. Leur premier, Pet Architecture Guidebook (2001), rassemble des exemples de ce qu’ils considéraient comme une nouvelle typologie architecturale. Elle regroupe des minuscules bâtiments implantés sur de toutes petites parcelles ou dans des espaces comprimés. Comme les animaux de compagnie à côté de leurs maîtres. « Au Japon, on peut s’insinuer au plus près de ses voisins. La distance légale à respecter est seulement de 50 cm » nous informe l’architecte.

Le terme d’architecture « animal de compagnie » semble être tiré d’une analyse complexe et périlleuse alors que lorsque quand Jutin McGuirck pose la question, Tsukamoto répond « Pourquoi? Parce que nous aimons les chiens ! »
Ces petites maisons sont très verticales, compactes et reconnaissables par l’importance donnée aux espaces transitoires. Bow wow offre une épaisseur et une vraie existence à ces lieux, comme les couloirs ou les escaliers. Ils deviennent la colonne vertébrale des projets, et si ce n’est pas le cas, ils ont une place majeure dans les espaces créés. Les maisons japonaises étroites doivent donc se dessiner en hauteur, sans que l’escalier ne fasse perdre trop de place ; ici ils sont élégamment insérés dans les pièces et ont toujours un profil délicat. S’ils ne sont là que pour desservir des pièces ils sont fins et discrets, sinon ils proposeront d’autres fonctions que celle de monter ou descendre. C’est alors que se dessine un jeu de niveaux successifs tout en gardant une certaine fluidité dans les déplacements. Cette verticalité est caractéristique du travail de l’Atelier Bow Wow mais pas seulement, puisqu’au Japon un projet d’architecture est d’abord pensé dans sa verticalité donc en coupe et non pas comme chez nous par son horizontalité, à travers des plans.

Pour se rendre compte de cette spatialité très particulière, nous vous conseillons le visionnage du très joli documentaire « espace intercalaire » réalisé par Damien Faure.

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Un exemple frappant de « pet architecture » : Tour Machiya – Tokyo – Atelier Bow wow

Cette tour résidentielle de quatre étages située dans le quartier Tokyoïte de Shinjuku est construite sur une parcelle aussi large qu’une voiture. La conception du projet emprunte les éléments d’une « machiya » (maison traditionnelle en bois typique des centres villes japonais) mais est étirée en forme de tour pour gagner autant d’espace de vie que possible. Les clients, qui sont de fervents praticiens de la cérémonie du thé, ont également souhaité que la maison soit équipée d’un salon de thé, suffisamment spacieux pour réunir une petite dizaine de personnes.

Comme le bâtiment est limité à la fois par ses façades et sa profondeur, les espaces à l’intérieur sont organisés verticalement. En plaçant le salon de thé au dernier étage, l’escalier agit comme un « jardin », ou un chemin, pour que les invités puissent traverser l’espace de la maison. L’emplacement de l’escalier définit également le reste de l’espace de vie. Il se détache en fragments et s’intègre au rythme de la structure constituée de poutres et de colonnes en acier. En accord avec l’esthétique de la machiya, la façade du rez- de-chaussée est ornementée d’un ensemble de persiennes en bois.

 

Bibliographie

  • Livre

A Pet architecture guide book, Atelier Bow-Wow, 2001

  • Sites internet

https://www.espazium.ch/uploads/55d347944fb0d.pdf

  • Vidéo

Espaces intercalaires, Damien Faure, 2012.

 

 

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