L’art et les migrants

Les migrations sont devenues un enjeu majeur dans les pratiques artistiques critiques. Le seuil fatidique du million de réfugiés a été franchi en Europe pour l’année 2015. De multiples phénomènes conduisent des masses de migrants, dont des artistes, curateurs et critiques à devoir se déplacer pour comprendre, vivre, observer et dénoncer leurs démarches. Plusieurs artistes travaillent sur le phénomène migratoire. Avec des approches variées, ils s’emparent du phénomène migratoire pour soulever des débats aux frontières de l’art et de la politique. L’impact des migrations récentes sur l’art contemporain a-t-il donné une vision plus large du monde, une vision où différences et singularités ne seraient pas déniées ?

Pour débuter, l’artiste Banksy est le pseudonyme d’un street-artist britannique devenu incontournable malgré son anonymat concernant les migrants. Artiste graffeur, engagé, ses œuvres de street-art dénoncent souvent les effets du capitalisme ou encore la situation des migrants, coincés dans la « jungle » de Calais dans l’espoir de pouvoir aller en Grande- Bretagne. Pour défendre cette cause l’artiste implante un nouveau graffiti à Londres, en façade de l’ambassade française ou il représente la fameuse héroïne Cosette des Misérables, de Victor Hugo. Cette dernière se dresse devant un drapeau français déchiré, alors qu’à ses pieds une bombe lacrymogène répand ses vapeurs toxiques. L’artiste accompagne son œuvre d’un code QR pour pouvoir expliquer plus clairement sa démarche. Celui-ci renvoi à une vidéo Youtube tournée par l’association Calais Migrant Solidarity (Réseau No BORDER) dénonçant une intervention des forces de l’ordre menée durant le 5 et 6 janvier 2016 dans la « jungle » de Calais à coup de gaz lacrymogène. Puis l’artiste s’est rendu à Calais en décembre, où il a peint plusieurs œuvres. Trois œuvres ont été découvertes près du campement ou dans le centre-ville. La première, qui a eu beaucoup d’échos, met en scène Steve Jobs avec un vieux Macintosh à la main et un balluchon à l’épaule. Pour cette peinture l’artiste a pris soin de s’expliquer en disant « Nous sommes souvent amenés à croire que l’immigration va pomper les ressources d’un pays, mais Steve Jobs était le fils d’un immigré syrien. Apple est la compagnie la plus rentable au monde, elle paye plus de 7 milliards de dollars par an d’impôts – et elle existe seulement parce qu’ils ont laissé rentrer un jeune homme de Homs. » De plus l’artiste a choisi de représenter Steve Jobs pour mettre à mal les stéréotypes sur la migration économique. En effet, le fondateur d’Apple était d’abord un fils d’immigré syrien, avant de devenir un symbole du rêve américain. La seconde œuvre remet au goût du jour le motif du célèbre tableau le « radeau de la méduse » de Théodore Géricault pour dénoncer l’inaction des pouvoirs publics européens face aux naufrages meurtriers des embarcations des migrants en Méditerranée. A la place du navire l’Argus qui a secouru les rescapés du naufrage de la Méduse, l’artiste a figuré un car-ferry ressemblant à ceux qui effectuent la liaison entre Calais et Douvres mais qui sont inaccessibles aux migrants. Puis pour finir, un autre graffiti près d’un poste-secours d’une plage calaisienne. Il s’agit cette fois d’une peinture représentant une fille, une valise à ses pieds, scrutant l’horizon vers l’Angleterre à l’aide de sa longue-vue, sur laquelle s’est posé un corbeau de mauvais augure. Outre cette forte intervention sur les migrants de Calais, l’artiste avait déjà fait preuve de générosité en faveur des migrants à la fin de l’ouverture de son parc dystopique dismaland envoyant aux migrants des pièces détachées de ce parc d’attractions d’un autre genre afin qu’ils puissent s’en servir pour construire des abris de fortune.

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JR est un artiste français dont le travail de street portraitiste été révélé après les émeutes parisiennes de 2005. Pour mettre en avant les paradoxes et dénoncer l’inégalité l’artiste s’est fait connaître en placardant des visages grimaçants de jeunes banlieusards dans les quartiers chics de la capitale. Les œuvres sortent des tableaux, s’invitent dans la vie, dans les rues, dans les foules, dans les paysages, avec une connotation un peu politique. Il a depuis systématisé son procédé artistique qui est la prise de vue en grand angle et impression à grande échelle dans plusieurs zones sensibles du monde comme par exemple les favelas de Rio, le mur de Jérusalem, les bidonvilles de Monroviat. JR expose dans des zones qui échappent totalement à l’art contemporain, et il fait œuvre avec elles. L’artiste ne pensait pas arriver à sauver des réfugiés de la noyade avec ses œuvres. Mais, en 2014, il affiche un cliché de série « Women Are Heroes » sur 150 conteneurs transportés par le Megallan (cargo de 350m), la mosaïque reconstituant une photo géante en noir et blanc des yeux d’une femme kényane. Grace à ce collage l’équipage du Magellan s’est retrouvé à sauver 213 réfugiés au large de la Libye. Cette thématique de l’immigration a beaucoup inspiré l’artiste qui va continuer son travail à Ellis Island, une île près de New York qui fut un grand centre d’accueil pour les personnes immigrantes aux Etats- Unis.

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Après la création de l’espace Shengen par quelques pays de la communauté européenne, la France et d’autres voulaient combattre l’immigration. Un « anti-projet », nommé comme tel par Faustino, pour sauvegarder l’homme, le protéger de l’espace extérieur, lui créer une enveloppe protectrice.  En comparant être humain à une marchandise, l’artiste va essayer de le protéger en mettant en avant la fragilité de l’homme. Avec cette enveloppe qui fonctionne comme une carapace sur mesure, l’homme est plus facilement transportable. Cette enveloppe est fabriquée par les mêmes concepteurs que ceux des containers, encore une fois que l’artiste pousse encore plus loin la comparaison de l’être humain à une marchandise. L’ironie est présente, on utilise le même savoir-faire pour transporter un corps qu’un missile. L’artiste nous renvoi a la réalité, que la violence sur ces migrants est cruelle, c’est une conscience de l’indécence.global-design-078-079_0

Ces œuvres engagées nous amènent à la rencontre des migrants dans les lieux sensibles du transit ou du cantonnement et nous forcent à considérer l’immigration sous un angle humain, dans sa dimension individuelle. Par différents projets, intentions, les artistes arrivent à nous faire passer un message fort, que cela soit par la contradiction du sujet ou la dénonciation directe. Ces œuvres ne sont pas seulement faites pour être admirées, elles ont pour but de soulever le débat et de faire réagir la société.

  • Site internet

http://www.jr-art.net/fr/jr

http://www.lefigaro.fr/culture/2015/12/12/03004-20151212ARTFIG00098-le-street-artiste-banksy-rend-hommage-aux-migrants-a-calais.php

http://www.fraccentre.fr/upload/document/journaux_expos/2004/FILE_4cc94689798eb_faustino.pdf/faustino.pdf

-http://www.exporevue.com/magazine/fr/faustino.html

-http://www.arpla.fr/odnm/?page_id=7525

-https://generationvoyage.fr/dismaland-parc-attractions-banksy/

  • Video

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