le mobilier parasismique

LORSQUE LE MOBILIER SAUVE DES VIES

La terre tremble et chaque année 1.000.000 de tremblements de terre y ont lieu. Parmi ces derniers, 100.000 sont ressentis et 1000 sont susceptibles de causer des dégâts plus ou moins importants. En 2014, des scientifiques ont même montré que le nombre des gros séismes avait doublé par rapport à 1979, sans pouvoir réellement l’expliquer. En moyenne la terre connait 15 séismes majeurs par an et un pic tout les 32 ans.

En mars 2011, le séisme de Tohoku a provoqué un tsunami destructeur autour de Fukushima et causé la mort de près de 20.000 personnes au Japon. Pouvions-nous prévoir une telle catastrophe ? Oui et non. Les zones exposées au risque de séismes  d’ampleur sont bien identifiées. La plupart ont lieu le long des zones de subduction, ces zones de contact qui absorbent le mouvement des plaques tectoniques entre elles. Ce mouvement des plaques induit alors une accumulation d’énergie et c’est cette énergie qui est relâchée lors des séismes, tel un élastique qui cède. Cependant, bien qu’il soit possible de repérer les zone exposées aux tremblements de terre, il est impossible de savoir de façon précise quand et où il vont se produire. C’est ce qui rend les séismes si dangereux et destructeurs : ils peuvent survenir à n’importe quel moment et ainsi surprendre les habitants dans leur sommeil ou dans des lieux inappropriés.

Les zones touchée, constructions non résistantes : l’exemple d’Istanbul.

Les épicentres des séismes récents se répartissent en trois zones principales sur le globe. et entre ces zones de forte sismicité existent de vastes zones presque totalement asismiques comme le Canada, la Sibérie, l’Afrique de l’Ouest, l’Australie, une partie de l’Ouest Américain et le nord de l’Europe. Ces zones asismiques sont composées en grande partie de pays occidentaux développés, ayant les moyens de se protéger contre les séismes tandis que la majorité de l’activité sismique se déroule dans des pays pauvres ou en voie de développement. Dans un cercle sans fin, la pauvreté accroît indéniablement la vulnérabilité des populations face aux catastrophes naturelles qui aggravent à leur tour la pauvreté. Suite aux séismes de grandes ampleur ces 30 dernières années, les pays pauvres ont compté leurs morts, les pays riches leurs décombres.

Istanbul se situe dans une des zones sismiques les plus actives en Europe, à la frontière entre la plaque eurasienne, arabe et africaine, où une zone de rupture accumulant de l’énergie est aujourd’hui repérée. Bien qu’imprécis, les scientifiques livrent des cartes de probabilités sismique sur trente ans : il existe ainsi plus de 70% de risque qu’un séisme de magnitude supérieure à 8 («The Big One) survienne autour d’Istanbul dans les trente prochaines années. Mais presque vingt ans après le séisme qui avait fait 20 000 morts , la mégapole turque reste mal préparée, victime de la multiplication des constructions sauvages. Selon les différentes estimations, sur les douze millions de stambouliotes, jusqu’à 100 000 personnes pourraient être tuées, 135 000 blessées et la capitale économique du pays subirait des pertes de 10 à 15 milliards de dollars.

La résistance des constructions est le gros point noir d’Istanbul. La municipalité a mis en place un vaste plan de prévention : des équipes de secours ont été placées dans tous les quartiers, plus de 100 appareils de mesures quadrillent la ville pour détecter les zones les plus sinistrées, les ponts autoroutiers ont été renforcés, la mise en circulation de navires-hôpitaux a même été envisagée… Mais dans cette immense mégapole à l’urbanisation galopante, 70 % du bâti est illégal. Les contrôles sont insuffisants  et dans chacune des rues, on peut observer des étages supplémentaires rajoutés de façon anarchique sur les immeubles existants.

les séismes et les éléments non-structuraux : un danger inattendu.

Lorsque l’on pense au rapport entre l’architecture et les séismes, nous pensons immédiatement à la structure des bâtiments, à leur éventuelle résistance à la vibration soudaine et violente d’un tremblement de terre. Cependant nous pensons rarement aux autres éléments non structuraux présents au sein des bâtiments : le mobilier, les objets, les éclairages, les faux plafonds, les éléments techniques, les cloisons etc… qui représentent un risque à part entière lors d’une catastrophe. Une prévention parasismique efficace doit considérer les risques induits par ces éléments, à l’intérieur comme à l’extérieur du bâtiment. La chute d’une cloison, d’un éclairage fixé à grande hauteur ou d’un objet lourd peut tout autant blesser voir tuer qu’un élément porteur du bâtiment comme une poutre en acier ou un mur en béton. Il est donc primordiale dans les zones à fort risque de s’équiper afin de créer un environnement sécurisant au sein des bâtiments. Par exemple, au Japon, les normes sur les équipements au sein des immeubles de bureaux sont différents des normes françaises. Dans la mesure où elles contraignent à davantage de sécurité. La réglementation impose en effet dans certaines zones sismiques et pour certaines catégories de construction, le dimensionnement au séisme des éléments non structuraux dans un bâtiment neuf mais aussi dans un bâtiment existant, à l’occasion de travaux sur la structure ou à l’occasion d’ajout ou du remplacement d’un de ces éléments.

Capture d_écran 2017-11-22 à 12.18.22Exemple de chutes d’éléments non-structuraux.

Le mobilier parasismique et le concours organisé par les Architectes de l’urgence.

Bien que les éléments non-structuraux présentent un risque pour les utilisateurs d’un bâtiment, ils peuvent aussi et surtout préserver des vies. C’est le cas du mobilier parasismique, termes récemment associés à l’occasion d’un concours international lancé par la fondation Architectes de l’urgence. Ce concours, lancé suite au séisme d’Amatrice en août 2016, avait pour but de développer un mobilier parasismique, transportable, commercialisable, industrialisable, avec une fourchette de prix de réalisation raisonnable par rapport au prix du marché courant (prix de quelques centaines d’euros, d’un lit, d’une table, d’une chaise dans le commerce) et avec la fonction et qualité majeure de pourvoir sauver des vies. En 2004, lors d’un tremblement de terre en Turquie, des armoires métalliques avaient permis de sauver la vie d’une classe d’enfants en supportant l’écroulement d’une dalle de béton. Les pays à risque ont pour habitude d’apprendre dès le plus jeune âge aux enfants comment se protéger lors d’une catastrophe à travers les premiers réflexes de survie à avoir. Parmi ces réflexes, on apprend aux enfant à s’éloigner des baies-vitrées mais aussi à se réfugier sous ou contre du mobilier tels que des bureaux ou des tables (voir schémas).

Le mobilier parasismique est donc un enjeu très récent et essentiel puisqu’il permet de sauver de nombreuses vies dans des zones ou les constructions parasismiques sont peu présentes du fait de l’ancienneté des bâtis comme à Istanbul.

Triangle-de-la-viebureaux métallique qui maintient la dalle et crée une poche de survie.

Les vainqueurs du concours international lancé par Architectes de l’urgence ont réalisé deux prototypes de leurs projets sélectionnés, dont le faible coût et les performances structurelles leur ont permis d’être lauréat. Le premier projet, «jeté de sangles», est un lit superposé qui se compose d’une structure métallique tubulaire (tube de serrurerie) et de sangles d’arrimage. La partie supérieure accueille un simple lit sans protection autre que la structure supérieure résistant à une charge de 1000kgs tandis que l’habitacle inférieur est conçu pour protéger deux à trois personnes des dégâts causés par un épisode sismique en zone 5. Il forme un abri protégeant des projections issues de la désolidarisation d’éléments de second œuvre. Le tressage des lanières est distribué sur les différentes faces selon la résistance requise.

Le second meuble, «la cuisine collaborante», est avant tout un meuble capable de former un habitacle suffisamment résistant pour protéger une famille face à l’effondrement de leur habitation et cela jusqu’à l’intervention des secours. Le souhait de l’équipe était de constituer un meuble autour duquel s’organise la vie de toute la famille qui puisse être en même temps un refuge d’une seconde à l’autre. Chaque matériau de conception est utilisé dans son effort de prédilection, le bois en compression et l’acier en traction. Le meuble est composé de deux structures complémentaires : une structure primaire en bois et une structure secondaire en feuilles d’acier faisant office d’amortisseur. Un réservoir d’urgence ainsi qu’un robinet se situent sous le meuble afin d’éviter la déshydratation des sinistrés en attendant les secours.

mobilier-parasismiqueLes lauréats du concours, le lit « jeté de sangle » (à gauche) et la cuisine collaborante.

Meubler plutôt que rénover ou reconstruire.

Alors quelle est la solution ? Démolir pour reconstruire de façon sûre et pérenne ? Réhabiliter chaque bâtiment ancien et susceptible de s’effondrer ? Ou plus simplement re-meubler en urgence les bâtiments à risque afin de protéger leurs utilisateurs ? En reprenant l’exemple d’Istanbul, ni la municipalité ni l’Etat n’est actuellement en capacité de financer de tels travaux de mise aux normes des bâtiments existants, le coût serait beaucoup trop élevé et le temps restant jusqu’au «big one» insuffisant. Mais les habitants peuvent prévenir ce séisme majeur en s’équipant de meubles capables de les protéger lors de la catastrophe. Le coût d’un de ces meubles étant inférieur à 1000 euros, largement inférieur au coût d’une réhabilitation ou encore d’une reconstruction.

 

Bibliographie

  • Livre

 vulnerabilite-sismique-des-constructions-9782746238145_0Philippe Guéguen, vulnérabilité sismique des constructions, Hermes Science Publications, 2013, 352p.

Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie & Ministère du Logement, de l’Égalité des territoires et de la Ruralité, Dimensionnement parasismique des éléments non structuraux du cadre bâti, 2014, 28p.

  • Sites internet

Yanis Jebli,  29.04.2015,  Tremblements de terre : la double peine pour les pays pauvres (http://www.terraeco.net)

Architectes de l’urgence, 25.08.2017,  Communiqué de presse mobilier parasismique (http://www.archi-urgent.com)

Juliette Demey dans JDD papier, 28.01.2013,  En attendant le «big one»… (http://www.lejdd.fr)

  • Images

http://www.planseisme.fr

http://musee-sismologie.unistra.fr

http://www.archi-urgent.com

  • Vidéo

« Un mobilier à toutes épreuves »  : https://www.youtube.com/watch?v=ee_sdgU70-8

« Lit parasismique »  : https://www.youtube.com/watch?v=jR3biJ_awU8

 

 

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