L’HABITAT MOSO

L’habitat est à l’image de la société. Il matérialise notre mode de vie. Chaque maison est différente, car conçue ou en tout cas habitée par des individus différents. On peut cependant identifier des invariants ou des tendances à l’échelle collective. Notre modèle d’habitation est directement influencé par notre modèle familial. Le foyer incarne la famille. Le brassage culturel mondial, facilité par l’échange de plus en plus aisé de savoirs et de biens, tend à lisser les modèles familiaux. Il existe cependant encore des structures familiales radicalement différentes de la notre.

Les Mosos constituent un groupe ethnique vivant dans les contreforts de l’Himalaya, dans les provinces du Yunnan et du Sichuan, proche de la frontière tibétaine, en Chine. Une partie de leur population vit autour du lac Lugu à Labai. Ils sont environ 40 000 individus. Bien que les Mosos soient culturellement distincts des Naxis, le gouvernement chinois les considère comme des membres de cette minorité. Les Mosos ont leur propre religion, appelée Daba. C’est un système de croyance dit « primitif », transmis essentiellement à l’oral. Leur subsistance est principalement basée sur l’agriculture. Par le passé, ils cultivaient exclusivement l’avoine, le sarrasin et le lin. Sous l’influence des Han au XIXe siècle les Mosos ont dû diversifier leurs cultures (maïs, tournesol, soja, pommes de terre et d’autres légumes divers). Les pommes de terre ont été leur principale denrée de base pendant un certain temps jusqu’au milieu du XXe siècle puis ils entreprirent de cultiver du riz qui représente aujourd’hui plus de la moitié de leurs ressources. Une partie de leur économie repose aussi sur l’élevage de bétail. Mais la subsistance des Mosos de l’Himalaya est de plus en plus difficile car beaucoup de jeunes désertent les cultures pour profiter des ressources qu’amène le tourisme et quittent leurs villages d’origine.

Seulement une partie d’entre eux vivent encore selon les traditions mosos. Les spécificités de leur artisanat et de traditions attire un grand nombre de touristes, essentiellement chinois, et leur mode de vie est peu a peu transformé en attraction. Cependant, une bonne partie de la population vivant en altitude conserve un mode vie traditionnel. Ce qui rend la façon de vivre de ce peuple aussi atypique, c’est la spécificité de leur structure familiale.

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Les Mosos s’organisent selon un modèle matrilinéaire. Ils ne vivent pas en couple mais en fratrie. Les enfants sont élevés par leur mère et leurs oncles. L’équilibre d’une famille dépend donc de l’équité des genres dans chaque fratrie. Les oncles ont plus de droits sur les enfants que les pères eux mêmes qui ne sont pas tenus de s’occuper de leurs enfants. Les relations amoureuses sont dès lors complètement détachées de la famille et du foyer. Ce système, selon les Mosos, apporte plus de stabilité à l’équilibre familial. Un couple étant plus fragile qu’une fratrie. Cette structure familiale si différente de la notre impacte la manière d’habiter des Mosos. Leurs foyers ne sont pas composés des mêmes individus et les individus n’ont pas le même rôle que dans notre société. Les différences architecturales entre l’habitat moso traditionnel et celui d’autres ethnies chinoises ne sont pas frappantes. Cependant leur façon de vivre ces lieux, le statut qu’ils leur prêtent, et leurs usages diffèrent sensiblement.

Les habitations traditionnelles mosos sont bâties en troncs d’arbres massifs. Elles sont généralement composées de quatre bâtiments à un étage qui enserrent une cour centrale. Cette composition d’habitation illustre parfaitement le collectivisme qui anime ce peuple. Le rez de chaussée est en grande partie consacré aux bêtes et les chambres sont au premier étage. Les maisons comportent des programmes forts, tous collectifs, qui diffèrent de ceux que nous connaissons. La structure familiale moso place en toute logique la grand-mère au rang de « chef de famille ». La chambre de la grande mère, devient alors la pièce la plus importante de la maison. Elle abrite « le foyer éternel », un feu de bois allumé toute l’année, souvent le seul de la maison qui se transmet de mère en fille. Il est utilisé pour le chauffage mais aussi pour la cuisine. Cette chambre à de nombreux autres usages. On y trouve un autel religieux ainsi qu’une salle consacrée au stockage des vivres mais aussi aux accouchements, et aux morts. C’est une pièce sans fenêtre, la lumière ne provient que d’une ouverture dans la charpente, faisant aussi office de cheminée. Cette pièce matérialise parfaitement le matriarcat, et la transmission de l’héritage et de l’éducation de mère en fille. Un sens symbolique supplémentaire s’ajoute à ce lieu. Selon les Mosos, les ancêtres veillent sur la famille en les observant à travers le trou dans la charpente.

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Dans les foyers mosos une des quatre maisons qui enserrent la cour est une maison commune. Elle s’appelle la « maison de la mère » et elle est le coeur de la ferme. Comme la chambre de la grand mère, elle a de nombreux usages. C’est à la fois un salon où l’on reçoit les invités ou les visiteurs, une salle à manger, mais aussi un lieu de repos et de prière. Ce lieu hautement collectif contraste avec la privacité des chambres, dans lesquelles les filles reçoivent dans la discrétion la plus stricte leur conjoint du moment.

Les relations amoureuses étant séparée de la famille, des maisons dédiées aux flirts sont bâties dans certains villages mosos. Elles sont appelées « maisons communes » et elles permettent aux jeunes d’une quinzaine d’année de nouer des liens entre eux.

Pour beaucoup d’ethnologues le peuple moso est le dernier peuple matriarcal intact. Ils le surnomment « le peuple fossile », témoin des structures familiales des origines. Ce peuple, comme de nombreux autres nous rappelle que notre système sociétal n’est qu’une option parmi tant d’autre. Comparer notre façon d’habiter et celle des Mosos questionne sur l’influence de la structure familiale sur notre habitat. Ce peuple, comme de nombreux autres nous rappelle que notre système sociétal n’est qu’une option parmi tant d’autres. Comparer notre façon d’habiter et celle des Mosos questionne sur l’influence de la structure familiale sur notre habitat.

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