Plus le temps ?

Dans un contexte sociétal de rentabilité du temps, l’ennui et la contemplation ne semblent plus avoir leur place. Nous avons toujours l’impression de manquer de temps, tandis que, paradoxalement le progrès technique vise à nous en faire gagner. Dès lors, nous pouvons nous demander : Où passe tout ce temps qui est censé être gagné ?

Ainsi, notre intuition du temps s’accélère, alors qu’il faut justement penser à un développement durable.

Afin de mieux comprendre les perceptions du temps caractéristiques de notre époque, nous allons en étudier divers aspects au travers de références filmographiques. En effet, qu’il soit de l’ordre du cinéma, de la série ou du documentaire, le film est le support culturel le plus courant et accessible actuellement. Du film muet des années 30 à la série contemporaine produite par Netflix, l’univers du film a toujours été inspiré par l’époque dans lequel il est produit, ainsi qu’aux tourmentes qui l’animent.

De la mesure du temps à la tyrannie de l’horloge

Un trajet, une nuit, une saison, une génération, une vie. Chacun de ces mots qualifient une durée, sans pour autant se référer au temps de l’horloge. En effet, la notion du temps prend réellement du sens lorsqu’elle est relative à un événement familier. Depuis ses débuts l’Homme a façonné sa perception du temps en fonction des cycles naturels et des mouvements de la terre. Par exemple, notre calendrier géorgien est défini grâce au cycle solaire, qui équivaut à une année et au cycle lunaire, qui équivaut à environ un mois. De la même façon, l’horloge divise le temps de la journée en 24 heures.

Les_Temps_modernes

Cette appropriation du temps par la mesure existe depuis les premières civilisations égyptiennes, grâce à l’horloge solaire. Au Moyen-Age les clochers permettent de synchroniser les temps de prière et plus largement les activités communes, en somme, la vie sociale. Néanmoins l’horloge prend un tout autre sens au cours de la révolution industrielle du XXe siècle puisqu’elle devient un élément de pression. Avec l’invention du fordisme, fondé sur la spécialisation et la division des tâches afin d’augmenter la rentabilité des ouvriers, l’horloge est un outil de contrôle.  Les Temps Modernes de Charlie Chaplin, sorti en 1936, dénonce précisément cette tyrannie du temps mesurée mécaniquement, la dictature de l’horloge. Cette horloge géante, présente dès la première image du film, symbolise la déshumanisation de l’homme moderne.

Depuis, les conditions de travail se sont améliorées grâce à des réformes sociales. C’est d’ailleurs au cours de la même année de 1936 que sont signés, en France, les accords Matignon, lesquels aboutiront à l’instauration de la semaine de quarante heures et des congés payés. Néanmoins, aujourd’hui encore, la recherche absolue de rentabilité est très présente dans les entreprises. L’exemple du secteur du BTP (Bâtiment et Travaux Public), ne déroge pas à cette quête de rapidité. Comme l’avait déjà compris Benjamin Franklin au XVIIIe siècle « Time is money », l’objectif des grosses entreprises du bâtiment étant la rentabilité économique. Celle-ci passe donc par une réduction de la main-d’œuvre, très coûteuse, et par la mise en place de systèmes et de matériaux qui favorisent le gain de temps. Toutefois, ce progrès est souvent réalisé au détriment d’autres facteurs primordiaux comme la qualité architecturale ou encore l’empreinte écologique de la construction.

Espace-temps

Le second bouleversement de notre espace-temps lié à la révolution industrielle est celui des transports. En effet, depuis l’invention de la première locomotive à vapeur par James Watt à la fin du XVIIIe siècle, le progrès en matière de déplacement n’a cessé de croître. Le développement du chemin de fer au XIXe siècle permet de réduire considérablement les temps de trajet et de voyager plus loin à moindre coût.

Néanmoins c’est l’industrialisation et la démocratisation de l’automobile qui marquent un tournant clé dans notre pratique du monde. Elle apporte une pleine autonomie de déplacement et un nouveau sentiment de liberté. Les distances semblent se resserrer et l’automobile devient peu à peu une extension de l’Homme, ainsi qu’un symbole de réussite sociale.

42614Le film Christine de John Carpenter, tiré du roman de Steven King et sorti en 1984, illustre l’histoire d’un jeune adolescent, Arnie, timide et angoissé qui tombe sous le charme d’une Plymouth Fury en mauvais état dénommée Christine. Arnie va amoureusement redonner une seconde jeunesse à cette voiture et développe une relation malsaine avec elle. On découvre alors que Christine est une voiture tueuse qui n’hésite pas à éliminer tous ceux qui se trouvent sur son passage. Ce film, à la fois surprenant et dérangeant questionne la relation entre l’humain et sa machine. En effet, au cours du XXe siècle la voiture a pris une place importante dans la vie de l’homme. L’élaboration des villes et de l’architecture se sont faites en fonction de l’usage de l’automobile. Aujourd’hui, les impacts environnementaux des transports routiers sont multiples. Le plus connu du public est la pollution atmosphérique due aux gaz d’échappements, qui cause des maladies respiratoires et contribue au réchauffement de la planète. Néanmoins, l’automobile est tellement ancrée dans notre quotidien qu’il est très compliqué de trouver des alternatives.

Le temps du virtuel

Depuis les années 2000 une nouvelle révolution vient une fois de plus perturber notre perception du temps. Au-delà des connexions physiques permises grâce aux transports, l’ère de la connexion numérique permet aujourd’hui le l’instantané. Internet et tous les outils qui se développent autour constituent une richesse d’information inépuisable.

Néanmoins, ce support ne sert pas seulement à partager des informations savantes, il est surtout utilisé comme passetemps. En effet, les jeux virtuels, les vidéos et les réseaux sociaux sont très compétents pour stimuler notre cerveau. Lorsqu’on commence à s’y intéresser le temps s’écoule beaucoup plus rapidement que dans le monde réel. Une nouvelle dimension, celle du virtuel où l’espace et le temps environnants disparaissent pour laisser place à un monde façonné de lumière bleue.

Black_Mirror-fontUne série anglo-saxonne intitulé « Black Mirror », de Charlie Brooker fait un portrait dystopique de ce phénomène. Le format de la série est particulier car chacun des épisodes possède sa propre histoire, et ils ne sont liés que par la satire d’une technologie dans un futur proche. En jouant sur l’instantanéité des réseaux sociaux, où tout peut basculer en quelques secondes, cette série permet de porter un regard critique sur la pratique des nouvelles technologies, à l’égard desquelles nous n’avons pas encore de recul.

La domotique dans l’habitat, c’est-à-dire l’habitat connecté et manipulable depuis un smartphone, est une des formes de développement du logement. Ce concept vise à nous « simplifier » la vie et à faire gagner toujours plus de temps.

Le temps psychologique

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Dans cette partie je me suis intéressé à un documentaire intitulé « Le temps de quelques jours » du cinéaste Nicolas Gayraud, recueillant le témoignage de moniales cisterciennes cloîtrées dans l’Abbaye Notre-Dame de Bonneval, il aborde la question du temps de manière plus intime et spirituelle. Le réalisateur fait volontairement abstraction du sujet pourtant si présent de Dieu. Loin des clichés, les sœurs se confient et surprennent par leurs réflexions sur la société, la consommation, le rapport au temps. Première et unique caméra à entrer au sein de l’ordre Cistercien de la Stricte Observance, elle nous fait découvrir des femmes à la philosophie étonnamment moderne en plein cœur d’une abbaye séculaire.

Aujourd’hui, nous avons la possibilité de faire tout ce que l’on veut. Partagé entre voyages, loisir, vie professionnelle, famille, nous avons le choix mais dans cette profusion d’activités, il est difficile de se concentrer sur une seule. Ainsi, dans une volonté de tout faire, on finit par condenser nos vies sans prendre le temps de le perdre. Cette vision contemporaine de la société est fortement en contraste avec les sœurs de l’Abbaye, qui elles se retrouvent confrontées à leur propre intériorité.

En conclusion, le temps est une notion complexe qu’on ne peut définir car il ne nous appartient pas. Comme le décrit très bien le philosophe Saint Augustin (334-430) dans son ouvrage Les confessions, « qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je cherche à l’expliquer à celui qui m’interroge, je ne le sais plus. » En effet, ce temps à la fois si proche de nous et si insaisissable, ne peut être manipulé seulement par la fiction. Le ralentie, l’ellipse, le voyage spatio-temporelles, sont autant d’outils qui permettent au monde du cinéma de faire sortir le spectateur, le temps d’un film, de sa réalité.

Bibliographie

  • Conférence

https://www.franceculture.fr/conferences/college-des-bernardins/il-faut-savourer-lennui

  • Filmographie 

Les temps Modernes, Charlie Chaplin, 1936

Christine, John Carpenter, 1983

Black Mirror, Charlie Brooker, 2011-2016

Le temps de quelques jours,  Nicolas Gayraud, 2014

  • Image

Horloge du musée d’Orsay, Paris

  • Vidéos documentaires

 

 

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