Quand l’art retrouve l’architecture

Collaboration entre Ai Weiwei et Herzog & De Meuron

 

« L’architecture est l’art de concevoir, de combiner et de disposer – par les techniques appropriées, des éléments pleins ou vides, fixes ou mobiles, opaques ou transparents, destinés à constituer les volumes protecteurs qui mettent l’homme, dans les divers aspects de sa vie, à l’abri de toutes les nuisances naturelles et artificielles. »

 

Le corps de l’homme est ce qui lie l’art à l’architecture et l’architecture à l’art. C’est notre outil qui permet de ressentir. Et ces deux disciplines ont pour but premier de créer une émotion face au spectateur. Ai Weiwei et Herzog et de Meuron ont donc cherché à travailler l’espace grâce au corps. Dans leur exposition le corps est surveillé, il laisse une trace qui habituellement est invisible.

« Je pense que le corps, le sens du corps, et le mouvement humain constituent la partie rationnelle de l’espace et de la mesure. » Ai Weiwei

 

Qui est Ai Weiwei ?

Ai Weiwei est un des artistes majeurs de la scène artistique indépendante chinoise, à la fois sculpteur, performer, photographe, architecte, commissaire d’exposition et blogueur. Un touche-à-tout qui n’hésite pas à choquer et surprendre pour faire valoir son art. La provocation est sa meilleure arme. Très sensible au travail des architectes, il essaye d’introduire sa plasticité dans le monde parfois figé de l’architecture. En résulte par exemple le stade « nid d’oiseau » à Pékin. Voyant sa notoriété grandir à l’échelle planétaire depuis les années 2000, il prône une contestation féroce du régime chinois.

 

Qui sont Herzog et de Meuron ?

Jacques Herzog et Pierre de Meuron, nés à Bâle en 1950, font des études d’architecture de 1970 à 1975 à l’Institut fédéral Suisse de Technologie (ETH) de Zurich, dans la classe des professeurs Aldo Rossi et Dolf Schnebli.

Après avoir obtenu leur diplôme d’architecte en 1975, ils fondent un cabinet d’architecture indépendant en 1978. Depuis 1994, ils ont été professeurs invités à l’université de Harvard et titulaires d’une chaire à la ETH de Zurich, où ils créèrent le ETH Studio Basel – Institut pour la ville contemporaine. Jacques Herzog et Pierre de Meuron furent les lauréats du prix Pritzker d’architecture en 2001, suivi en 2007 du Prae- mium Imperiale.

L’architecture d’Herzog & de Meuron est caractérisée par l’expérimentation et la recherche artistique tant visuelle que dans le choix des matériaux et leur mise en œuvre qui met en relation l’intérieur avec l’extérieur d’une façon concrète et poétique à la fois.

 

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Que se passe-t-il dans cette exposition ?

La dernière commande New-Yorkaise de Park Avenue Armory nous offre une collaboration entre l’artiste Ai Weiwei et les architectes Jacques Herzog et Pierre de Meuron.
L’exposition Hansel & Gretel commence dans l’imposante salle dite « Drill hall », où des drones bourdonnent au-dessus de votre tête et où l’espace est plongé dans une obscurité quasi parfaite. Il s’ensuit d’un traitement du sol particulier. On retrouve une nuée de rectangles lumineux et d’empruntes de corps qui apparaissent et disparaissent avec le passage des visiteurs. Des caméras infrarouges vous photographient et vous suivent, laissant votre image imprimée numériquement sur le sol. Comme une sorte de contraire de l’ombre portée. L’effet est déroutant au début, en particulier lorsque votre image est doublée ou triplée et que les caméras vous transforment en cible encerclée par un rectangle rouge. Cette interaction devient vite un jeu, les visiteurs bougent les bras, s’assoient et même s’allongent puisque les caméras captent tous les mouvements et toutes les positions du corps.

Lorsque le bruit assourdissant des drones et les ténèbres deviennent insupportables, vous pouvez vous diriger vers l’extérieur pour découvrir la deuxième partie de l’installation, située dans une salle appelée « The Head House ». À l’entrée, un appareil demande de prendre en photo votre visage. Puis sur un iPad, on vous offre la possibilité de : «trouvez votre visage», l’ordinateur va alors tenter de faire correspondre votre faciès avec celui capturé par les nombreuses caméras de l’installation. Si vous êtes chanceux vous serez trouvé.

 

La seconde partie de l’exposition Hansel & Gretel est un énorme écran montrant une vue aérienne de la première salle plongée dans la pénombre. On remarque alors vos traces qui confirment votre présence puisque tout à été enregistré. Les rôles s’inversent alors. Vous devenez celui qui surveille.
Cette inversion des rôles rappelle l’œuvre de Laura Poitras : «Bed Down Location» installée en 2016 qui révèle, grâce à des capteurs thermiques, les corps des visiteurs.

La surveillance dans notre société est censée être invisible, or ici on a le pouvoir de la révéler. Trevor Paglen a consacré sa carrière en exposant sur le thème de la surveillance. Son but étant de décrypter et révéler la surveillance dans notre vie quotidienne. Ses photographies montrent comment les outils de surveillance ont été littéralement intégrés dans notre paysage urbain. D’autres artistes qui ont travaillé avec succès sur le sujet se sont souvent impliqués eux-mêmes. Comme Jill Magid surveillé par la police de Liverpool ou Ai Weiwei lui-même avec de superbes dioramas sur son incarcération en 2013 par l’Etat chinois.

Dans l’exposition Hansel & Gretel, rien n’est un jeu surtout pour ceux qui l’ont créé. Puisque les technologies et les équipements utilisés pour surveiller les visiteurs sont à la pointe de la technologie. L’installation semble dépourvue de politique, souhaitant juste faire passer ce message simple: «la surveillance est nuisible». Ce qui est assez discutable puisque dans la salle de mémoire de forme l’aspect ludique et amusant du dispositif engendre plus l’envie de jouer que la crainte (certains participants s’amusent même à faire des poses de yoga). Le message caché consiste à nous faire réfléchir à la fine ligne qui sépare les selfies de la surveillance. Car il faut savoir que 1076 selfies sont pris chaque seconde dans le monde. Et ce genre de photo permet de savoir l’heure et l’endroit exact de l’utilisateur. Cependant l’exposition ne parvient pas à maintenir une atmosphère de peur ou d’appréhension.

 

Quel est le rapport entre l’art et l’architecture dans cette exposition ?

 

Outre la critique sur l’exposition et sa mise en œuvre. On perçoit très bien la fine frontière qu’il y a entre les deux disciplines. Ici l’art semble prendre le dessus grâce à l’installation. Mais l’architecture se nourrit des questions posées par l’œuvre. Le corps et son empreinte poussent le visiteur à explorer entièrement l’espace et à le découvrir en tant qu’acteur, puisque c’est lui qui modifie le sol. Alors que lorsqu’on visite un bâtiment d’un grand nom de l’architecture on contemple et on devient visiteur. C’est l’interactivité entre le corps et l’espace qui ici est une source d’inspiration pour un architecte. Il s’agit également peut être d’un message que passent Herzog et de Meuron sur ce que seront leurs futurs projets ?

 

Bibliographie

  • Livre
  • Sites internet

 

  • Vidéo

 

 

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