Spatialité, corps et confort

DIDIER FAUSTINO ET LE JEU INCORRECT DES VOLUMES SOUS LA LUMIERE

La relation entre corps, confort et espace a toujours été au centre au des réflexions architecturales. L’architecture est faite pour le corps et le corps fait pour l’architecture, à l’image du Modulor de le Corbusier. L’architecte français Didier Fiuza Faustino a même fait de cette relation corps/espace le fondement de sa pratique architecturale mais aussi artistique. Il a fondé son agence Mésarchitectures à l’aube des années 2000 et s’inscrit dans une pratique théorique du métier de l’architecte, entre architecture, politique et art contemporain. Didier Faustino a développé une approche multifacette du métier d’architecte allant de l’installation à l’expérimentation, de l’art visuel à la création d’espaces multisensoriels. Ses projets se caractérisent par leur aspect critique, insoumis, leur liberté d’expression et leur capacité à offrir de nouvelles expériences au corps individuel et collectif. Pour cela, Didier Faustino n’envisage pas son métier sans lutte ni combat et s’élève contre la ville lisse d’aujourd’hui, où la norme domine, prônant une architecture de la transgression. Là est l’innovation pour lui, dans cette nouvelle façon d’habiter, d’occuper le volume et de jouer avec. L’espace et le corps à la recherche du confort.

Le jeu correct des volumes sous la lumière.

La plupart des architectures modernes se sont cristallisées dans la devise de l’architecte Louis Sullivan : «Form follows function»,  c’est-à-dire que la forme d’un espace, d’un volume doit servir un but précis et non des intentions esthétisantes. Mies van der Rohe ou encore Adolf Loos dans son ouvrage Ornement et Crime mettent l’accent sur les lignes et volumes simples, sur le dépouillement des espaces et standardisent ainsi la maison du XXème siècle. L’architecture moderne est donc reconnue pour ces projets à orthogonalité très stricte où règnent des volumes simples et des lignes droites qui par addition, soustraction et jeu de décalage, forment les espaces intérieurs et extérieurs. L’habitabilité et le confort intérieur des constructions sont pour les modernistes la résultante de formes brutes, d’espaces normés, de hauteurs réglées et les variations trop importantes ou les espaces inutiles sont exclus. Le Corbusier parlera même de «machine à habiter» dans son oeuvre «Vers une architecture», bible du modernisme.

« L’architecture est le jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière».

Le Corbusier, 1923

Avec la Cité Radieuse et son unité d’habitation, Charles-Édouard Jeanneret dit Le Corbusier a standardisé l’habitation pour le peuple. Il a créé un nouveau mode d’habitat collectif avec une réflexion sur le comportement de l’homme, sur l’équilibre des volumes, de leurs dimensions et proportions. Il combine alors trois modules de base permettant de multiples combinaisons et obéissant aux lois de l’architecture navale et monacale : rationalisme et simplicité. Le corps trouve son confort dans la simplicité de l’espace et des volumes. Mais bien qu’il le machinise, Le Corbusier appréhende le corps humain dans un mouvement qui le connecte à l’espace architectural. Les relations entre le corps et l’espace ne se limitent pas à des relations mathématiques ou métriques mais c’est par le «mouvement de ses membres qu’il occupe l’espace» (Le Corbusier, 1955).

corbusier-drawing.jpgDessin de l’unité d’habitation par Le Corbusier.

Habiter le volume. Nouvelles spatialités, nouveau confort.

Certains architectes cherchent aujourd’hui à innover non pas par la technologie, les nouvelles techniques ou les matériaux mais par la forme et l’espace qu’elle engendre. L’expérience de la spatialité et le rapport du corps avec cette dernière est le point de départ de beaucoup de projets architecturaux ou artistiques contemporains. Mais cette expérience est différente chez chacun d’entre nous. Par exemple, dans une large et haute pièce, certaines personnes ressentiront un sentiment de bien-être et d’espace tandis que d’autres se sentiront écrasés par le vide omniprésent. Au contraire, dans une pièce exiguë et basse, certaines personnes ressentiront un sentiment de d’enfermement tandis que d’autres se sentiront bien et protégés. On parle alors de confort lié à l’espace créé.

Mais alors, qu’est ce qu’inventer l’espace pour l’architecture ? C’est construire une spatialité corporelle à partir d’un concept et d’un langage architectural. Mais cette architecture, dans sa construction de l’espace, ne se réduit pas à de simples calculs. L’espace architectural est perçu comme n’étant ni homogène, ni isotrope, mais au contraire discontinu, et dont les qualités sont affectées par la présence de l’homme au cours du temps. l’entrelacement entre le corps et l’espace est donc une réalité avec laquelle il s’agit de composer pour les architectes. L’espace entre en vibration avec la personne qui l’expérimente et imprime sa trace en lui.

Didier Faustino, corps et Architecture : la solo house.

L’enjeu de l’architecture est de provoquer des émotions, des sensations qui touchent notre corps. Cela ne veut pas dire imiter les formes corporelles, mais retrouver la qualité de leurs interactions avec l’espace.

« Mes architectures résultent d’une expérience du corps, de ses contraintes physiques, politiques et de son exploration topomorphique.»

Didier faustino

Didier Fiuza Faustino dialogue avec les pratiques de la société et questionne constamment notre perception de l’espace à travers des projets d’architecture, des installations artistiques, de la scénographie et d’autres médias. Il réalise de l’art à partir de l’architecture et de l’architecture à partir de l’art, sans distinguer les genres. Pourtant Faustino sait bien que la liberté n’est pas la même selon qu’il opère dans l’art ou dans l’architecture. D’un côté l’art, symbole de liberté absolue, de l’autre, l’architecture et les contraintes d’une profession réglementée. Il joue constamment de l’entre-deux qui sépare ces deux univers, toujours à la limite, l’interstice est son territoire. Le corps est au centre de son oeuvre, dans l’ensemble de ses installations artistiques (Interzone, Instrument for Blank Architecture, Opus Incertum..) ou dans ses projets architecturaux (Sky is the Limit, Stairway to Heaven, one meter square house..) l’espace et les formes rentrent en interaction avec le corps, ils dialoguent, parfois s’opposent ou au contraire fusionnent.

Le projet des maisons «Solo Houses» est un nouveau type de promotion immobilière qui pourrait s’apparenter à de l’art contemporain. L’architecte n’est pas contraint, il créé dans un cadre idyllique, hors contexte, dans une région montagneuse près de Barcelone une villa qui sera un manifeste d’architecture. Il s’agit d’un projet de construction d’une dizaine de villas par des architectes internationaux dont fait parti Didier Faustino. Jusqu’à présent, une seule maison a été achevée, la Casa Pezo en béton du studio chilien Pezo Von Ellrichshausen. La solo House de l’architecte français s’inscrit dans cette volonté fondamentale de l’architecture d’explorer le volume et ses potentialités. A l’origine, il s’agit d’un volume régulier non identifié qui s’articule avec un terrain en pente. Ce volume offre une spatialité inédite, et avec elle, l’opportunité d’expérimenté les usages d’un espace de vie. Fondamentalement, il est ici question de confort qui est ici associé à l’expérience de la spatialité. Les espaces intérieurs sont définis par la forme extérieure, créant de nouvelles expériences. Les traditionnelles notions de «mur», «plancher» et «plafond» ainsi que la classique superposition verticale des espaces sont bouleversés, créant ainsi des espaces intérieurs plus dynamiques et des relations interspatiales intéressantes. Les planchers ne sont plus des plateaux séparant les étages mais plutôt des étape afin d’accéder au haut de l’habitat, où des activités peuvent avoir lieu et d’où on peut observer les autres demi-niveaux. Le plafond s’efface aussi partiellement puisqu’il se confond avec les murs anguleux et les ouvertures vitrées. Ces modifications volontaires au sein de la villa provoquent sur le corps un sentiment d’apesanteur en raison du manque de repères spatiaux traditionnelles. Chaque volume sert donc d’espace de vie différent et chacun «des bras» dirige la lumière vers le centre de la maison qui la reflète ensuite. La maison invite ses occupants à expérimenter l’espace autrement, de l’infiniment grand à l’infiniment petit.

Didier-Faustino-BigBangHouse6.jpgFaustino_Solo-Houses_dezeen_7Coupe et vues de la Solo House.

 

Bibliographie

  • Livre

 anticorps-didier-fiuza-faustino-bureau-des-mesarchitectures-9782910385347_0.jpgDidier Fiuza-Faustino, Misarchitectures, AA publication, 2015, 208p.

Didier Fiuza-Faustino, Vortex populi, Editions It, 2016, 92 p.

J.Tourette dans la revue Kiblind, «Mésarchitectures», 2009, 4p

  • Sites internet

Amy Frearson,  19.12.2013, Didier Faustino’s Big Bang-inspired structure to be next in series of dream houses. (https://www.dezeen.com/tag/didier-faustino)

Lori Zimmer, 26.12.2013,  Didier Faustino’s Big Bang House is Shaped Like a Starburst.(https://inhabitat.com)

  • Images

http:// http://www.Inhabitat.com

http://www.pinterest.fr

http://utopies.skynetblogs.be

  • Vidéo

« L’art et la manière »  : https://www.youtube.com/watch?v=geKWnPkKEuA

 

 

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