Wikihouse : un « modèle souple »

Do It Yourself : les technologies en kit

 

Au début du XIXè siècle, le monde a connu une première révolution, industrielle, grâce à l’aire du charbon et du chemin de fer. Puis une seconde, cette fois ci due au pétrole ainsi qu’à l’automobile. Depuis peu, nous sommes entrés dans l’air d’internet, du numérique. Ce qui signifie qu’à l’avenir, l’ensemble des objets que nous utiliserons proviendront probablement de notre propre fabrication. Nous pourrons les fabriquer dans notre garage, ou encore dans le fablab de notre quartier; les échanges sur internet et les outils de production démocratisant de plus en plus les pratiques individuelles.

Qu’est-ce-que c’est ? 

WikiHouse est un projet open-source pour la conception et la construction de maisons en bois. Il s’efforce de démocratiser et de simplifier la construction d’habitations durables et à ressources illimitées. Le projet a été initié durant l’été 2011 lors de la Biennale d’art contemporain de Gwangju en Corée du Sud par Alastair Parvin et Nick Ierodiaconou (architectes de formation) de l’agence 00, spécialisée dans le design et basée à Londres. WikiHouse a depuis grandi pour devenir une communauté mondiale de contributeurs.

«Si le grand projet du design au 20e siècle était la démocratisation de la consommation, je pense que le grand projet du design au 21e siècle est la démocratisation de la production»

Alastair Parvin

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Comment ça marche ?

WikiHouse offre aux utilisateurs le téléchargement des plans de construction de maisons en bois sous licence Creative Commons – c’est à dire en accès libre de droit – à partir de sa bibliothèque en ligne. L’utilisateur peut ensuite les personnaliser en utilisant SketchUp (logiciel gratuit et téléchargeable par tous) s’il le souhaite, puis les utiliser pour créer des pièces de puzzle en contreplaqué, découpées à l’aide d’un routeur CNC (fraiseuse à commande numérique). Cet appareil, sorte d’imprimante géante, peut découper toutes sortes de matériaux, dont des plaques de contreplaqué, au format demandé, commandé par un ordinateur. On obtient alors un kit, façon Ikea, qu’il ne reste plus qu’à assembler afin d’obtenir son édifice.

Les plaques découpées contiennent toutes les pièces nécessaires à la confection de la maison. Les auteurs du projet se sont en effet réapproprié le vieil assemblage du trait de Jupiter, à l’époque très utilisé en charpente et en construction navale, ne nécessitant aucune vis ou autre organe métallique. Cet assemblage facilite également la création de grandes longueurs. Un maillet suffit donc à l’assemblage des pièces de bois.

Un autre avantage de la WikiHouse se trouve dans sa rapidité de confection. Le cadre de la maison peut être assemblé en moins d’une journée par deux personnes sans réelle formation en construction, puisqu’il suffit d’encastrer les différentes pièces les unes dans les autres. Seuls un minimum de logique et de patience seront requis!

Conçu uniquement sur SketchUp, l’idée est que chaque personne maitrisant le logiciel pourrait faire varier les modèles de base puis les remettre en ligne afin d’agrandir sans cesse la bibliothèque numérique et d’en faire profiter toute autre personne souhaitant se lancer dans l’aventure. Il leur suffit simplement de respecter quelques règles, notamment ne jamais créer une pièce qui puisse se monter à l’envers. Tout est fait pour faciliter la tâche du particulier qui entreprend la construction de son propre édifice, sans l’aide d’un professionnel et donc à moindre coût. Des néo-zélandais ont également inventé un plug-in de GrassHoper (logiciel permettant de créer des modèles paramétriques grâce à de la programmation visuelle) afin de paramétrer le modèle SketchUp : celui-ci donne alors la possibilité de changer automatiquement la nomenclature des pièces lors de la modification ou de la création d’un modèle, ce qui facilite une fois de plus la réalisation.

Tout le monde ne possède pas chez lui de fraiseuse à commande numérique, mais il est aujourd’hui relativement simple d’y avoir accès. Aujourd’hui, des ateliers accessibles à tous fleurissent un peu partout en France, appelés fablabs, donnant un accès (généralement payant) à toutes sortes de machines numériques (impressions 3D, fraiseuses, découpe laser,…).

La WikiHouse, construite en bois, peut sembler assez rustique. Cependant, il est important de retenir que l’open source, c’est-à-dire le partage de savoir sur Internet sans demander de droits d’auteurs, est tout doucement en train de se faire une place dans l’architecture, et notamment l’habitat. Au lieu de se voir imposer l’architecture ou le design de sa maison, chacun peut se réapproprier les plans comme bon lui semble. Ce projet offre donc un nouveau rapport à la créativité, au travail mais également la possibilité de ne plus être asservi par le marketing des grands groupes, cherchant à nous attirer à coups de spots publicitaires.

Les matériaux et les machines s’améliorant d’année en année, le concept des maisons en kit semble devenir une alternative de qualité. Avec un tel système, il est tout à fait possible d’imaginer que certains projets seront extensibles et que chacun pourra faire évoluer sa maison par petites touches. WikiHouse en est encore à ses débuts, mais risque de devenir une véritable institution à l’époque du DIY (Do It Yourself) et de l’imprimante 3D.

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Du projet au concret 

Lors d’une conférence TED au sujet de la WikiHouse, le fondateur Alastair Parvin explique l’objectif de ce projet : il représenterait une option pour les familles défavorisées du monde entier, afin qu’elles puissent accéder à la propriété. Grâce à l’argent remporté lors du prix TEDGlobal en 2012, et en partenariat avec le projet de mobilisation de la jeunesse brésilienne Dharma et l’agence d’analyse BrazilIntel, le projet a investi afin de réaliser la construction de WikiHouses dans les favelas les plus pauvres de Rio de Janeiro. Le projet a alors pris le nom de WikiHouseRio. Le but était de financer un atelier de fabrication comportant une fraiseuse à commande numérique, de façon à ce que celui-ci puisse être utilisé et partagé par la communauté. En plus de leur proposer des solutions d’habitations à coût moindre, cela leur permettait d’acquérir des compétences nouvelles en conception et construction. L’équipe à l’initiative de ce projet prévoit la construction d’autres ateliers de ce type dans les régions les plus pauvres du globe.

D’autres réalisation ont également vu le jour, telles qu’en France pour un festival, avec la réalisation d’une petite salle de projection; ou encore à New-York en 2012, avec un pavillon comportant des systèmes de doubles portiques un peu plus complexe et évolué. En 2013, un refuge de marcheurs situé à Fridaythorpe en Angleterre a été réalisé.

Il est également prévu d’utiliser WikiHouses comme habitat de secours dans les pays sujets aux tremblements de terre comme Haïti, le Japon et la Nouvelle-Zélande.

Quelles sont les limites du projet ?

Malgré tout, le projet possède quelques inconvénients, tels que les difficultés à chiffrer son réel coût, et notamment les coûts d’utilisation de la fraiseuse à commande numérique. Mais surtout, alors que les créateurs vantent une habitation à coût très faible, ils ne s’attardent pas sur la question des finitions. Pour rendre le projet habitable, la structure en bois ne suffit pas, il est nécessaire de finir le cadre avec un revêtement, de l’isolation, le câblage et la plomberie. Or ces interventions ne se faisant pas sans connaissances, elles nécessiteront la plupart du temps l’intervention d’un artisan du bâtiment, qui fera alors augmenter considérablement l’investissement total. Alastair Parvin a réalisé et installé plusieurs prototypes de WikiHouse à différents endroits du monde. Cependant aucun n’est encore habité, notamment car la réglementation n’autorise pas à faire de l’une de ces habitations une résidence principale, en France particulièrement. Nous pouvons donc nous demander si le do it yourself de la construction a réellement un avenir dans nos sociétés actuelles. Cela pose également de nombreuses questions sur le métier d’architecte notamment, qui serait probablement mis de côté face à ce type de processus.

 

Bibliographie

  • Livre

couv-sb-113.jpg Séquences bois, (2017, septembre), no 113 . 2017

Criticat, (2016, automne) n°18

Domus, (2012, juin) n°959

  • Sites internet

https://wikihouse.cc

  • Vidéo

 

 

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