Yhnova, un logement social sur pieds en 33 heures

« L’ambition est de démontrer que construire autrement un logement aux meilleurs standards de qualité est possible. » Bruno Linéatte, directeur R&D Bouygues Construction

Alors que 500 000 ménages sont en attente d’un logement social aujourd’hui en Île de France, les architectes de l’agence TICA et une poignée d’étudiants nantais en collaboration avec Bouygues Construction tentent d’apporter une solution à cette lourde question en proposant un concept unique en France, une maison individuelle surnommée Yhnova, construite en à peine trente-trois heures. Cette construction éclair est rendue possible grâce à la collaboration d’une imprimante 3D et du béton traditionnel.

Yhnova, de la maquette à l’édifice

Construire une maison de 95m2 en trente-trois heures est le pari fou relevé par une machine étonnante que les architectes connaissent bien, l‘imprimante 3D. Cet outil principalement utilisé pour fabriquer des maquettes de petite échelle se développe de plus en plus, mais aujourd’hui c’est à l’échelle du bâtiment que le mécanisme a été adapté. Il faut tout d’abord créer une maquette en 3D via un logiciel de création assistée par ordinateur (CAO) qui servira de canevas à l’imprimante. Guidée par un laser, la machine dépose successivement des couches de mousse expansive qui gonflent et s’empilent jusqu’à la hauteur souhaitée au fur et à mesure des passages.

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Mise en oeuvre de l’imprimante 3D, Nantes, septembre 2017

 

Les murs sont composés de trois épaisseurs, l’imprimante réalise deux rails de mousse expansée de trente centimètres au cœur desquels est coulé un mur de béton. L’ensemble de l’édifice repose sur une dalle de béton traditionnelle et le toit est également composé de béton.
Les ouvertures présentes sur la maquette CAO sont prises en compte par l’imprimante, des cadres en bois destinés à accueillir les menuiseries en fin de chantier sont posés au cours du processus d’impression.

Les murs sont ensuite enduits à l’extérieur pour les protéger des intempéries et des plaques de placoplatre sont posées à l’intérieur. Ainsi le locataire a le champ libre pour aménager l’intérieur de cette maison.

 

Yhnova, moins chère et plus performante

L’innovation mise en place pour développer Yhnova présente de nombreux avantages techniques et financiers. Une construction par imprimante 3D coûte 20% de moins qu’un logement traditionnel à surface équivalente, ce qui est non négligeable pour les acteurs de la chaîne de conception et de production, ainsi que pour le client. Cela est rendu possible grâce à une réduction de la main d’œuvre, mais également à un temps de construction record. Il faut compter 9h pour voir s’élever les murs du bâtiment, 33 heures pour que ce dernier soit prêt à être habité.

Énergétiquement l’édifice est irréprochable, aucun pont thermique n’existe grâce aux deux couches de mousse. Cela lui permet d’être jusqu’à 40% plus performant qu’un bâtiment classique, tout en respectant les normes incendie en vigueur. Le respect de l’environnement est un aspect incontournable de cette construction.

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Plan de Yhnova, TICA

Notre profession d’architecte a également des avantages à en tirer. Cette machine ouvre un champ de possible bien plus important par rapport à ce qu’une entreprise de BTP peut réaliser. La forme de cette maison en témoigne, les murs sont courbes, permettant à l’édifice de s’insérer dans cette parcelle arborée en se glissant au cœur de la végétation. On peut qualifier cet outil de véritable prolongement de la main de l’architecte.

 

Yhnova, la place du savoir faire humain

Présenté comme un progrès technique limitant le nombre de postes à risque dans le bâtiment, cette méthode serait-elle synonyme de perte de savoir faire humain ? La question de l’Homme face à la machine est inhérente à ce type d’innovation, le robot travaille plus vite, sans rémunération, 24h sur 24 et 7 jours sur 7, sans risque de malfaçon.

Nous pouvons apporter une réponse simple à ces craintes. Tout d’abord la mise en place de cette machine nécessite la présence d’ouvriers qualifiés qui doivent rester sur le chantier tout au long du processus. Les méthodes changent mais l’homme sera toujours présent aux côtés de la machine afin de la faire fonctionner et de la guider. De plus, le premier logement social construit par une imprimante 3D en France va devoir faire ses preuves en terme de résistance dans le temps et de conditions de vie en son sein, ce prototype étant destiné à être habité par une famille dans un an seulement. La place de l’homme dans le bâtiment n’est donc pas encore mise en péril par Yhnova.

Yhnova, encore quelques efforts avant une démocratisation complète

Méthode inédite, temps de construction record, coûts réduits, plus écologique, les atouts de cette maison sont nombreux ; cependant ce concept nécessite encore quelques améliorations. En premier lieu, des tests incessants seront réalisés pendant près d’un an avant de voir les premiers locataires s’y installer. L’objectif étant de certifier que les conditions de vie seront optimales quelque soit le profil des habitants, nourrissons, personnes âgées etc…

La construction d’un tel édifice demande des infrastructures importantes puisque les machines et surtout la mousse expansive qui constitue les murs ne résistent pas à l’eau durant la phase de séchage. Il faut donc protéger par une grande tente l’intégralité du chantier. Un détail important à prendre en compte quand il sera temps de construire sur plusieurs étages et sur une surface plus importante que 95m2.

Pouvoir construire sur plusieurs étages, tel est l’objectif des concepteurs de ce principe. Cependant Yhnova ne pouvant supporter d’autres étages, il faudrait imaginer une structure plus développée tout en gardant le processus mis en place. L’imprimante n’est pour le moment pas suffisamment développée pour construire des étages supérieurs.

Afin de développer les possibilités de construction, le processus doit évoluer pour être mis en place dans de nouvelles situations de construction.
Des procédés semblables ont été expérimentés en Chine où l’imprimante projetait non pas de la mousse expansive servant d’isolant et de banche à béton mais du béton lui même constitué de déchets de construction. La différence avec le modèle français se trouve dans les performances techniques et le temps de construction. Les maisons sont montées en vingt-quatre heures mais elles ne sont pas isolées. Il faut rajouter cette étape indispensable au processus. C’est avec ce système que les ingénieurs chinois ont réussi à construire un immeuble entier, belle perspective d’avenir pour la petite maison française.

 

Quel exploit d’édifier un logement social en près de trente-trois heures grâce à la mise en commun des connaissances de nombreux acteurs oeuvrant à différentes échelles. Toujours au stade de bâtiment concept, cet édifice se destine à un avenir radieux bercé au rythme des avancées techniques. L’Homme y gardera toujours une place de choix, Yhnova et l’imprimante ne seraient rien sans la main humaine.

 

 

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