CHICHU Muséum. A la frontière entre Art et Architecture

 

En 1990 Soichiro Fukutake un collectionneur d’art décide d’investir dans la région de Naoshima pour lui redonner un seconde souffle par le biais de l’art. En effet, l’économie de cette région est sur le déclin. Le projet de Soichiro Fukutake est vaste : il comprend des musées, des maisons traditionnelles transformées en résidence pour artistes, des oeuvres posées au milieu de la nature… Dés 1990, ce dernier travaille à plusieurs reprises avec Tadao Ando un architecte japonais dont le travail est centré principalement sur l’utilisation du béton et de la lumière comme matière architecturale à part entière. Le Chichu Muséum, livré en 2004, est l’une des dernières interventions de l’architecte sur l’île. Le bâtiment est situé sur une colline ou plutôt dans une colline. En effet, l’édifice est totalement enterré. Sur une parcelle de 9 900 m², l’architecte conçoit un bâtiment de 2573 m² en sous-sol qui se déploie sur trois niveaux. Mais ce qui fait la particularité de ce lieu unique c’est qu’il a été réalisé spécialement pour l’exposition permanente des œuvres de trois artistes, Claude Monet, Walter de Maria et James Turrell. Il y a donc eu une étroite collaboration entre architecte et les œuvres. L’interaction entre architecture et art est tellement poussée que le musée expose le travail de quatre artistes, Tadao Ando figurant en tant qu’artiste transformant ainsi le bâtiment en œuvre à part entière.
La salle des nymphéas est peut être l’une des plus belles mises en scène jamais faites pour des tableaux de Monet. Contrairement à un musée classique, traditionnel, où le tableau peut être dans n’importe quelle pièce du moment qu’il est visible le Chichu muséum ne dédie qu’une seule pièce à cette œuvre, et celle-ci ne pourrait être ailleurs tant l’espace est en relation avec l’œuvre. Le sol, entièrement recouvert d’une mosaïque de marbre blanc de Carrare, ainsi que les murs blancs constituent un écrin pour ces œuvres et leur donnent une dimension intemporelle. La lumière ruisselle du plafond et viens inonder l’espace rendant la limite entre sol et mur diffuse. Quand on est dans la pièce, le rythme produit par la matière du sol et les couleurs des œuvres fait oublier la construction.
Pour faire écho à l’intérieur de cette salle, le musée possède un jardin. Un espace de 400 m2 qui regroupe 150 espèces de plantes et 40 espèces d’arbres apparaissant dans les œuvres de Monet ou ayant été recueillies par l’artiste durant sa vie. Ce jardin à pour but d’approfondir la compréhension de l’œuvre et de générer un dialogue entre l’architecture relevant du sacré de la salle des nymphéas et les plantes représentées dans les tableaux. C’est d’ailleurs ce qui existe aussi avec les jardins de Giverny en France, mais en regroupant dans un même lieu la nature et sa représentation l’architecte crée un parallèle entre cette nature et sa vision fantasmée par l’artiste, permettant au visiteur de ressentir, et d’expérimenter physiquement l’œuvre originelle.
Poursuivant son voyage, le visiteur passe ensuite dans l’espace dédié au travail de James Turell. Celui-ci se divise en deux parties, une installation intérieure et un espace extérieur. Autant pour l’espace extérieur, l’action de Turell consistant à cadrer un morceau de ciel est par définition déjà une action architecturale si bien que si l’on ne nous précisait pas qu’il s’agissait d’une œuvre on pourrait entrer dans ce lieu et en profiter de la même façon, le comprendre comme une volonté de l’architecte, comparable à certains espaces du musée juif de Berlin réalisé par Daniel Libeskind. En revanche l’espace intérieur pose beaucoup plus de questions car, ne pouvant faire la différence entre œuvre et architecture, on ne peut pas non plus se baser sur nos sens pour comprendre l’espace. Celui-ci, remodelé par la lumière de Turell nous semble difficilement appréhendable. Quand on rentre dans cette salle, on n’est plus dans de l’architecture mais dans de l’espace, du vide considérable et tant que matière. Il n’y a plus de sol, de plafond ni de murs. On fait attention à chacun de nos pas comme si le sol pouvait se dérober à tout moment. L’espace, défini par sa taille, son sol, la pente de celui-ci, la hauteur des murs, tout cela n’existe plus. L’architecture est niée, transcendée. On ne visite plus une salle du bâtiment de Ando, on marche dans l’infini.

L’œuvre de Walter de Maria n’est peut-être pas aussi radicale dans son rapport à l’espace que celle de Turell, mais interroge de façon tout aussi intéressante la relation entre art et architecture. C’est dans un immense espace tout en emmarchement que l’artiste est venu déposer une énorme sphère en granit. Là encore, il est extrêmement difficile de savoir ou s’arrête l’architecture et ou commence l’art. Cet immense escalier, la lumière, l’espace… la collaboration est si étroite que l’on ne peut différencier le rôle de l’architecte et celui de l’artiste. La seule certitude c’est que l’espace a été construit pour l’œuvre, autour de celle-ci, la sphère ne pouvant arriver dans cet espace par les accès de celui-ci.
Ce n’est pas un hasard si les artistes exposés dans ce musée peuvent être rattaché au mouvement du land art (Claude Monet ne l’étant pas directement mais son travail et sa démarche sur les jardins pouvant très clairement s’y assimiler). Ils travaillent chacun, à leur échelle et à leurs époques, sur le ressenti de l’espace et du lieu par le visiteur au même titre que l’architecte. Ce musée questionne ce que certains appellent la gratuité dans l’architecture, mais que je préfèrerais qualifier de générosité. C’est un bâtiment qui propose au visiteur une collection d’espaces dont l’utilité n’est ni structurelle ni logique en rapport au dessin, mais simplement généreuse pour l’usager, créant une interaction avec celui-ci, l’incitant à s’arrêter, à vivre l’espace. C’est un lieu qui n’est pas purement fonctionnel (bien qu’il fonctionne parfaitement) mais qui propose à celui qui l’utilise une expérience sensorielle et émotionnelle qui est la bienvenue dans une époque, comme la notre, ou l’architecture est de plus en plus rattachée à l’ingénierie et renie son appartenance au domaine artistique.

 

 

Bibliographie

  • Livre

Chichu Art Museum, Hatje Cantz, 2005.

  • Sites internet

http://benesse-artsite.jp/en/art/chichu.htmlhttps://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_d%27art_de_Chich%C5%AB

https://en.wikipedia.org/wiki/Chichu_Art_Museum

L’architecture comme paysage – Andō au Chichū Art Museum

 

  • Vidéos documentaires

http://edition.cnn.com/travel/article/naoshima-japan-art-island/index.html

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