TEZUKA. La construction bois, entre tradition et modernité

 

Tezuka Architectes est une agence japonaise dirigée par Takaharu Tezuka et sa femme Yui Tezuka. Leur architecture traduit un amour des matériaux et plus précisément de la construction en bois. Dans leur travail, on ne peut pas véritablement parler de réinvention du matériau car le travail du bois est l’un des fondements de l’architecture traditionnelle japonaise. Mais là où Tezuka invente quelque chose, c’est en utilisant ce savoir-faire traditionnel pour construire des bâtiments modernes.
La maison traditionnelle japonaise est assez définie. On peut parler de sa structure de type montant et lices qui est très légère. Ses fondations sont réduites au minimum, soit un socle en maçonnerie ou en béton. L’espace entre les montants pouvant être comblé par un remplissage en argile ou par des panneaux en bois. Les cloisons et certaines portes souvent tendues de papier épais, opaque ou translucide. Les parquets sont aussi en bois généralement en chêne, bouleau, érable ou orme. La structure de la toiture est fréquemment assemblée par un système de mortaises, de tenons et de chevilles. Le bois utilisé pour la construction n’est jamais peint, ni traité. Ce qui a pour conséquence pour les bois en extérieur de leur donner une couleur très foncée. Alors qu’à l’intérieur, le bois conserve sa couleur d’origine.
L’un des projets de Tezuka emblématique de leur relation spécifique à la construction bois est « Woods of Net » Réalisé en 2009, ce pavillon permanent réalisé avec l’artiste japonais Toshiko Horiuchi Macadam, en collaboration avec les ingénieurs structures TIS & PARTNERS. Le bâtiment est situé au Hakone Open-Air Museum, un musée en plein air formant l’un des lieux touristiques les plus visités du Japon. Cette intervention vient prendre place parmi les œuvres et permet d’accueillir, de mettre en scène le travail de l’artiste Toshiko Horiuchi Macadam. Le bâtiment est composé d’une énorme structure en bois dessinée par Tezuka dans laquelle est suspendu un filet tricoté à la main par l’artiste. Ce lieu est avant tout conçu pour les enfants qui peuvent jouer en grimpant dans le filet, au sein d’un lieu qui s’apparente plus à une forêt qu’à une construction. Le musée étant situé en plein air, le pavillon permet de s’abriter tout en restant dans un espace extérieur. Cet espace permet aussi l’exposition d’œuvres craignant les intempéries. La matérialité et son système constructif permettent de faire disparaître la frontière entre l’extérieur et l’intérieur. La structure est entièrement composée de poutres en bois ne nécessitant aucune pièce métallique pour les assembler. En chiffre, 320 mètres cubes de bois forment 589 éléments structurels qui entourent une zone de 530 m2. Comme pour une construction traditionnelle, le bois utilisé est non traité. car les évolutions, les fentes et le grain du bois sont acceptés comme des conséquences de l’utilisation du matériau. En effet, le bois est un élément qui vit, bouge avec l’humidité, gonfle, se rétracte. Ces variations ont été prises en considération, ont été testées en créant des prototypes informatiques. Il en résulte un bâtiment vivant, dont
la géométrie évolue légèrement suivant les saisons et dont le matériau est à l’origine d’une respiration architecturale. Si la géométrie et les calculs sont établis avec des outils informatiques très modernes, les techniques de constructions sont issues de techniques constructives traditionnelles japonaises que l’on retrouve habituellement dans les temples. C’est donc un bâtiment qui s’inscrit dans une tradition architecturale.
La construction bois selon Tezuka ne se présente pas seulement comme une alternative écologique à des matériaux moins éco-responsables. C’est une démarche qui se veut comme une référence à la tradition, un usage presque sacré des savoirs faire, qui les fait perdurer et se transmettre. C’est une dimension humaine et sociale s’inscrit au delà du simple vocabulaire de la construction japonaise. Comme partout, et peut-être même plus au Japon qu’ailleurs, la modernité à tendance à détruire le savoir-faire des artisans, faisant disparaître une culture de construction qui, comme le montre l’agence Tezuka, est loin d’être incompatible avec notre modernité. En construisant avec des matériaux et des méthodes traditionnelles Tezuka fait presque preuve de rébellion. L’agence s’engage à contre-courant d’une Architecture où la performance technologique et « l’innovation » sont des doctrines. Elle permet à des artisans de vivre et à des savoir-faires de survivre. On pourrait comparer cette démarche à celle d’Eugenio Perazza, fondateur de la maison d’édition de mobilier Magis. Celui-ci expliquant que chaque objet édité et développé par Magis est issu d’une collaboration étroite avec un artisan. Le plus bel exemple concerne la gamme Officina développée par les designers français Ronan et Erwan Bouroullec pour Magis, la production de ces meubles ayant permis d’éviter la disparition d’une manufacture de ferronnerie.

 

 

Bibliographie

  • Livre

The Yellow Book, Thomas Sherman, Greg LoganJovis Verlag GmbH, 2016

  • Sites internet

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_en_plein_air_de_Hakone

http://www.tezuka-arch.com/english/index.html

https://www.archdaily.com/39223/woods-of-net-tezuka-architects

 

  • Vidéos documentaires
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s