Ville en Transition. Espaces abandonnés, berceau de l’initiative citoyenne

Les métropoles connaissent aujourd’hui une densification et une gentrification sans précédent. Chaque mètre carré est une valeur digne d’investissement boursier et cette observation amène la question évidente de l’expansion et de la densification de la ville. Dans ces grandes villes d’Europe, le passé portuaire ou ouvrier disparaît abandonnant les usines et les industries des centres urbains et libérant ainsi des terrains extrêmement convoités. Les villes changent et ce changement implique une phase de transition plus ou moins longue, un moment au cours duquel le bâtiments, l’infrastructure, n’est plus utilisé mais pas encore transformé. Ces sites de productions, ces bâtiments, ces infrastructures de transport désuètes cessent de fonctionner devenant des lieux abandonnés, des espaces en transition ou la ville n’est plus et n’est pas encore.

Il est intéressant de voir à quel point les lieux abandonnés sont en réalité des lieux de vies et d’activités. Une fois que les gens ont bravés l’interdit en lien avec l’accès au site ils se retrouvent dans un espace sans les règles, les contraintes de la ville moderne. Ils y développent des activités qui n’ont pas leur place habi­tuellement en ville, on pense inévitablement à l’illégale, squats, trafics ou autre, mais il faut comprendre ces activités dans un sens plus large comme une sorte de créativité citadine. C’est peut être cette absence de contraintes qui pousse les gens à entreprendre, ce rapport à un lieu qui n’est à personne par son utilisation et qui, peut donc être à tous cela a l’inverse de la rue qui est à tout le monde par son utilisation mais qui en définitive n’est à personne.

Force est de constater que dans l’espace urbain contemporain, l’usager n’est que très rarement nulle part. On est sur le trottoir, à la terrasse d’un café, sur la chaussée, chez soi, chez un ami, dans un commerce. Chaque endroit est un lieu défini qui a une utilité propre et qui n’autorise pas ou peu l’invention de nouvelles utilisations. Même le trottoir dans son utilisation française n’est qu’une collection d’espaces définis, le pas de porte, l’arrêt de bus, le passage piéton, la grille du métro…. Cette sur-spécification du lieu, bien française, ayant comme conséquence de n’autoriser l’usage de la rue que pour le déplacement. Mais ceci n’est pas irrémédiable. En Hollande, en autorisant les gens à s’approprier leurs pas de porte la rue peut devenir un lieu de convivialité et de rencontre que la ville moderne à du mal à proposer. Il y a donc en ville assez peu d’espaces neutres, non définis, ou plutôt ne définissant pas l’action que l’on y fait. Ces lieux sont pourtant des éléments moteurs dans l’évolution des villes et des quartiers.

Tous les habitants de Paris connaissent cette voie ferrée qui encercle la capitale et qui est surnom­mée la petite ceinture. Cet espace de voies anciennement dédié à la circulation des marchandises et des personnes à cessé de fonctionner avec le développement du métropolitain et à été officiellement condamné en 1990 depuis ce lieu est le théâtre d’évènements urbain assez intéressant. En effet une initiative citoyenne soutenue par la mairie de Paris à abouti à la création du lieu atypique: Les Jardin du Ruisseau. En effet au 110 de la rue du ruisseau se développe le long des voies des jardins autogérés par les habitants du quartier. Avec dès débuts discrets, le lieu a été inauguré en 2004 par un collectif d’habitants en partenariat avec la mairie de Paris et la SNCF dans le but de s’approprier, de donner une deuxième vie aux abords de la petite ceinture. Aujourd’hui c’est un lieu de partage à vocation pédagogique qui initie les riverains et leurs enfants à l’éducation environnementale ainsi qu’à la préservation de la biodiversité, du vivre ensemble.  Cet événement, cet usage de cet espace, dorénavant élément à part entière du paysage associatif du 18ème n’aurait pu voir le jour sans la présence du lieu. Sans l’existence de cette friche. Cet espace est d’ailleurs le berceau de projets plus récents et tout aussi ambitieux comme la Recyclerie, une Association doublé d’un restaurant ayant pour thème le partage et la réutilisation, qui a pris place dans l’ancienne gare Ornano à quelques pas des jardins. Ce sont ces moments de flous, et d’abandon dans la vie d’un lieu qui sont le plus souvent à l’origine de mouvement humaniste et d’idées nouvelle. Toujours à Paris l’ancien hôpital de Saint Vincent de Paul à connu entre 2015 et 2017 une occupation temporaire devenant à cette occasion un refuge pour plus de 600 personnes à la recherche d’un logement, un espace accueillant plus de 200 associations, startup et artistes. Aujourd’hui en passe de devenir le théâtre d’une opération immobi­lière, ce lieu aura durant sa phase de latence, généré l’un des espaces les plus singuliers de Paris, mêlant entraide création et divertissement.

Cela n’est pas qu’une question parisienne. A Amsterdam, dans la partie nord de la ville, l’ancien quartier de construction naval NDSM s’est vu investir par des artistes, transformant un lieu abandonné et oublié en l’un des pôles les plus attractifs de la ville. Cette attractivité, moteur d’un nouveau développement du site et de son quartier, est aussi l’élément qui vient détruire les qualités du lieu original, abandonné. Par définition c’est la neutralité et la faible fréquentation du site qui permettent de lui donner cette dimension d’abandon et qui génère des élans créatifs. Ainsi dès le moment où cette créativité se concrétise, dès le moment où le lieu passe d’un statut de friche à un statut de projet, il perd cette dimension de non spécificité, il devient un lieu avec une définition, qui par conséquent implique un usage et une façon spécifique de le vivre. Est-ce pour autant un mal? Il faut plutôt penser ces mouvements citoyens dans les lieux abandonnés comme des moments dans la vie du site. Ce ne sont pas des espaces que l’on peut concevoir, prévoir… Ils se génèrent spontanément et simplement par leur histoire, par leur fréquentation. C’est un stade de leur vie où ils transitent entre deux usages.

 

 

 

Bibliographie

  • Livre

Usages Paris, David Trottin, Franck Tallon et Jean-Christophe Masson, 2015

  • Sites internet

 

http://lesjardinsduruisseau.fr/

http://www.larecyclerie.com/

https://lesgrandsvoisins.org/

http://www.ndsm.nl/

  • Vidéos documentaires

https://www.arte.tv/fr/videos/055911-001-A/oasis-urbaines/

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