Vivre dans un conteneur. Fantasme grand public?

C’est une drôle d’idée, que l’on aura vu se développer ces dix dernières années : le fantasme d’habiter dans un conteneur. Souvent justifié pour son faible coût et par, une écologie ou du moins, un recyclage militant. L’habitat en conteneur pose de nombreuses questions architecturales. Est-ce véritablement, écologique? L’économie réalisée grâce à ce genre de construction est-elle suffisamment conséquente pour justifier de construire des appartements de dimensions si strictes ? L’un des exemples les plus parlant est celui des logements étudiants du NDSM situé dans Amsterdam Noord, construit en 2005 Par Te Kiefte Architecten. Présentés au départ comme une solution temporaire, écologique et efficace, ces logements sont toujours utilisés en 2017 mais dans un état de décrépitude conséquent.
Initialement, issus du transport maritime, le conteneur est inventé en 1956 par l’américain Malcolm Mac Lean. C’est le contenant de marchandise par excellence, d’une taille standardisée et d’une conception étudiée : transporté par camion, par train, il peut être empilé et permet de conserver à l’abri des intempéries et des chocs son chargement. Mais alors pourquoi l’utiliser dans la construction? On nous explique souvent que par sa préfabrication, son faible coût et ses qualités structurelles, le conteneur est une solution efficace, économique et durable permettant de construire rapidement et ainsi de répondre à un manque de logement. Et il est vrai que par son statut de module le conteneur peut être transporté facilement et mis en place dans un temps record. Mais celui-ci n’en reste pas moins une boîte dédiée au stockage, une caisse de métal dont la structure permet la superposition. L’homme ne se suffisant pas d’une boîte d’acier pour vivre il faut tout de même prendre en compte dans le temps de construction la préparation du dit conteneur, à savoir le travail complexe de transformation du conteneur en élément d’habitation déplaçable. Travail qui nécessite de l’isoler, de préparer son raccordement à un tout à l’égout, d’aménager sa ventilation en effectuant des ouvertures. Reprenons l’exemple du projet des logements étudiants du NDSM. Utilisés en tant que chambre à part entière, les conteneurs ont tous dû être démontés et isolés individuellement. Le coût et la réalité des travaux effectués en amont de la construction viennent ainsi noircir le clair tableau d’un bâtiment durable et peu coûteux.
On peut par ailleurs questionner le caractère durable de ce type d’habitat. L’un des grands dangers du recyclage est la sur-dépense. En effet, le recyclage consistant à transformer un objet usagé en quelque chose d’autre, il ne faut pas que l’énergie, humaine et calorique, mise en place pour transformer l’objet, soit plus conséquente que celle qui aurait été nécessaire à la fabrication d’un objet déjà adapté. Il s’agit donc de prendre en compte l’ensemble des travaux de modifications et de viabilisation du conteneur dans le calcul du coût total de la maison afin d’évaluer si celui-ci n’est pas moins intéressant que celui d’une maison avec des matériaux de construction plus traditionnels.

Après les questions financières, viennent celles de l’architecture et de l’urbanisme. On voit en effet, dans les magasines de décoration, fleurir des projets de maisons en conteneur. Après quelques recherches, on peut dire qu’il existe actuellement deux principaux types de constructions. D’une part, les grands bâtiments composés de petits logements, issus de la même démarche que ceux du NDSM, à savoir un conteneur est égal à un logement. Ils sont d’une pauvreté architecturale revendiquée car ils répondent à un besoin d’architecture d’urgence et sont sensés n’être que temporaires. La maison de promoteur d’autre part, qui s’inscrit dans la mode de l’habitat alternatif. Fabriquée à partir de conteneur elle ressemble pourtant à n’importe quelle maison de promoteur en construction traditionnelle à cause de son isolation extérieur recouverte par son enduit Weber, mais surtout, à cause de son urbanisme de lotissement posée au milieu de sa parcelle avec de chaque côté une haie en thuya pour se séparer du voisin. Pourtant construire avec un conteneur est un exercice architectural qui semble alléchant. Le conteneur, comme module, est autonome en isolation et en structure. Malgré un exercice très ouvert en possibilités, la plupart des constructions se limitent à un simple empilement ou se contentent d’imiter les constructions traditionnelles. On pourrait presque croire que le défi n’est pas de construire avec des conteneurs mais de vivre dedans comme si nous étions une marchandise. On touche ainsi un des angles les plus amusants de ce que l’on pourrait appeler le fantasme de la friche. On parle ici de cette volonté de vivre à contre courant de la société en reprenant et en détournant ses codes. Quoi de plus décalé que de refuser l’habitat convenu d’une maison en vivant dans l’objet même de la mondialisation de l’échange et de la consommation, le conteneur! A ne pas vouloir être le consommateur on pourrait finir par devenir l’objet consommé, dans le cas présent la marchandise dans le conteneur.
Malgré ses limites, cette mode de la rébellion consciente est bien ancrée dans nos cultures et dans nos envies. Espoir d’un surcroît de liberté que les promoteurs ont bien compris et qui proposent dorénavant des catalogues de maison en conteneur pour des prix bien souvent supérieurs à ceux pratiqués pour une maison maçonnée. Cependant la construction en conteneur n’obéit pas forcément à un effet de mode, peu justifié en pratique. Dans le cas d’une utilisation de l’objet conteneur pour sa structure ou pour sa matière on obtient des constructions économes et qui peuvent avoir un véritable intérêt architectural. Pour rester sur le territoire d’Amsterdam Noord et du NDSM, le restaurant Pllek situé à quelques centaines de mètres des logements étudiants cités plus haut, est un bel exemple d’une réutilisation intelligente du conteneur comme matériau de construction.

Bibliographie

  • Livre

Construire sa maison en container, Elise Fossoux, Sébastien Chevriot

  • Sites internet

 

https://www.mimoa.eu/projects/Netherlands/Amsterda/Studenthousing%20Oslofjordweg

http://www.pllek.nl/

https://www.ma-maison-container.fr/

https://www.archionline.com/plan-maison/moderne/container/

  • Vidéos documentaires

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