HOSH, HOSH, HOSH. L’habitat traditionel palestinien.

S’il existe un pays où la cohésion sociale est forte, il s’agit bien de la Palestine.

Embourbée dans un conflit géo-politique, économique, et religieux, la Palestine n’a pas tâche facile à s’imposer ou tout du moins à subsister.

Ses richesses semblent limitées et presque toutes contrôlées, (les réseaux routiers, téléphoniques, l’eau, etc)

Mais elle dispose d’une richesse bien plus grande que celle de l’argent, une richesse sociale très intense qui lie et rassemble tout un pays.

Cette richesse peut s’expliquer par l’envie commune de l’indépendance et de la reconnaissance comme nation étatique. Ou encore par une oppression telle que le rapprochement social devient un moyen de survivre. Autant de suggestions qui ne trouveront pas de réponses dans ce texte.

Cependant un point de vue peut permettre de comprendre la cohésion sociale qui existe, ce point de vue est celui de l’architecture.

Et oui, l’architecture comme vecteur social primaire! Celle qui rassemble, qui rapproche, qui unit et tisse des liens.

Comment l’architecture palestinienne peut-elle être la cause génératrice de ses liens?

« Le terme hosh désigne une habitation palestinienne classique et traditionnelle. »

La hosh est un terme que nous pouvons retrouver un peu partout au Moyen-Orient, entre l’Irak et la Syrie et en passant par la  Jordanie. Même si la traduction est semblable, une hosh prend différentes morphologies : les usages et pratiques ne sont pas les mêmes à Naplouse, ville de feu (surnom donné à une grande ville de Palestine située au centre du territoire) qu’à Damas.

La hosh palestinienne ne peut se définir simplement. Les portes d’entrées, pour la décrire et essayer de la comprendre, sont multiples.

Naplouse hosh 2- page 274 bas

La structure

L’habitat palestinien peut être expliqué par plusieurs points d’entrées tant il est complexe de comprendre sa composition.

La structure, qui semble être la base d’une hosh,  est déterminée par la technique et les moyens disponibles. La hosh, dans la forme dont nous la connaissons aujourd’hui, est apparue après la période mamelouk (1250-1516). Il s’agit d’une structure voûtée en pierre d’une trame allant de 3x3m à 5X5m. Le dimensionnement correspond à l’effort possible et réalisable par l’homme dans sa construction. Ce qui semble intéressant, c’est que la hosh se définit comme une succession de pièces voûtées, qui peuvent être autonomes ou s’assembler entre elles. Le principe structurel de la voûte permet des descentes de charges aux extrémités qui peuvent facilement être reprises. C’est de cet élément que les pièces se superposent, s’enchevêtrent, se longent, pour former une unite d’ensemble.

Suivant la topographie, un jeu de demi niveau se crée, non pas par volonté mais bien par conséquence directe d’une topographie et d’un système constructif.

Nous assistons à une rationalité de la construction, permettant de se concentrer sur la disposition et le sens de ces accumulations.

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L’accumulation

Pour comprendre une hosh il suffit d’être invité à pousser une porte. Ce n’est qu’une fois cette porte franchie que l’habitat palestinien se laisse découvrir.

Sa composition spatiale est régie par la multiplication de pièces, d’unités constructives qui se composent de façon mathématiques comme une grappe de raisin. Il y a donc une mise en abime de la composition des villes à l’intérieur des hosh. Un système de ramification et de cul de sac dans l’espace privé.

Pour la Palestine, la hosh, n’est jamais finie. C’est une architecture toujours en mouvement, dans l’attente d’une suite, d’un développement, ce qui lui confère une volumétrie peu conventionnelle. Si la famille s’agrandit, la hosh aussi. C’est toute la force de l’habitat palestinien, de pouvoir s’adapter, évoluer en fonction des événements de la vie. Il y a donc une corrélation très forte entre la vie de ses habitants et sa morphologie.

Les villes sont en perpétuel mouvement parce que les hosh le sont et inversement. Si la hosh s’agrandit, la ville aussi. La hosh contribue a la construction progressive des villes.

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L’unité 

La hosh est donc l’alliance d’un système constructif et d’une accumulation de ce système, afin d’arriver à une unité spatiale où un ensemble construit.

Pour arriver à cette unité, nous retrouvons la figure de la cour qui permet de distribuer les pièces de vie.

Cependant la cour des hosh n’a pas d’usage collectif comme dans les maisons maghrébines ou andalouses. Pas de jardin luxuriant comme dans les caravansérails iraniens, mais simplement un jeu d’escalier pour desservir des grappes de pièces sans géométrie. Les grappes de pièces peuvent fonctionner grâce au système  constructif de la voûte : les murs ne sont pas porteurs et peuvent être percés de tous les côtés.

Afin d’avoir une grande souplesse, car l’enjeu est de trouver la lumière, un règlement plus ou moins social est mis en place. Ce qui crée le pittoresque de la ville.

La hosh s’attache a recréer le même schéma que la ville à une échelle réduite, avec ses propres liens, ses rencontres, ses bruits communs qui génèrent un lien, comme une obligation de se parler et de se croiser, de se voir tout en attachant une grande part d’intimité.

Comme une micro ville dans la ville la hosh permet de réunir tout en séparant et isolant. Un respect de l’intimité s’exerce avec la rationalité constructive de la voûte et la disposition en grappe.

Les familles s’agrandissent et les hosh aussi. Par les moyens architecturaux comme les usages, les systèmes constructifs, la disposition, la hosh à permis d’abriter plusieurs générations, permettant la création de liens intergénérationnels.

L’habitat palestinien est a l’image de ses villes. Un joyeux bordel où s’entrecroise les souks, oú se mélangent les histoires et oú seuls les locaux peuvent s’y retrouver. Ou à l’image d’une immense colocation familiale qui a su trouver sa morphologie pour répondre au mieux à sa mission.

Aujourd’hui en voie de disparition, la hosh est remplacée par des habitations standards. Et avec cette disparition, de nombreux moments de partages s’en vont, pour laisser place à des souvenirs.

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