La Grande Arche de la Défense ou le vide comme monument

La Grande Arche est un monument au vide. Aujourd’hui l’un des symboles de la Défense et de Paris, il fut le fruit d’un travail difficile entre un architecte danois et les responsables politiques qui le vidèrent de sa substance. Trois présidents se sont succédé avec l’intention de marquer l’axe historique parisien. De Georges Pompidou en passant par Valéry Giscard d’Estaing, c’est finalement François Mitterrand qui réussit à concrétiser un projet d’ampleur sur cet axe. François Mitterrand va lancer le concours nommé “Tête de la Défense”. C’est l’architecte danois Johan Otto Von Spreckelsen qui remporte le concours en mai 1983 soutenu par François Mitterrand. Cette victoire, il la doit à sa forme fétiche du Cube ouvert formant une arche. C’est au prix d’une réelle incompréhension des rouages de décision français que le projet commença. C’est ensuite la cohabitation de François Mitterrand qui émietta un peu plus le projet de Carrefour International de la Communication de l’architecte. Il finit d’ailleurs par démissionner par découragement.

Johan Otto Von Spreckelsen avant de gagner le concours n’avait construit que sa maison et quatre églises. Il n’avait pas d’agence ni d’associés. Pourtant il avait cette obsession pour la forme du cube ouvert qui forme arche. A l’aide d’une maquette de la Défense et travail de proportion remarquable, l’architecte a conçu la première esquisse de son projet. Celui-ci était un cube de 200 m de haut percé créant une arche dans l’axe historique de Paris. Il a dessiné des nuages qui devaient flotter au-dessus du plateau. Ces nuages devait être discrétisés car l’architecte ne voulait pas de courbe dans son projet. Aidé par l’ingénieur Erik Reitzel, il décida de désaxé de quelque degré le cube afin que les fondations puissent laisser passer l’autoroute et les voies ferrées sous la dalle. Après avoir étudié comment les nuages devaient être construit : suspendu ou sur des poteaux, cette partie fut annulée car trop technique et coûteuse. Ce n’est que quelques années plus tard qu’une forme de nuage fut dessiné par l’architecte Paul Andreu et l’ingénieur Peter Rice.

Le conflit entre l’architecte et l’administration française se fit sentir dès le départ. Pour l’architecte danois “Les français aiment changer tout le temps les choses, entre eux ils ne sont jamais d’accord. Ils n’ont pas de socle commun.”, cette phrase résume la tension de l’architecte pendant la conception de ce projet. Le projet fut d’abord réduit de moitié. Sa façade en marbre blanc non traité fut le fruit d’une âpre négociation et ce fut François Mitterrand qui trancha finalement pour cette solution. L’architecte ne comprend pas cette administration française qui est coincé entre ce volontarisme culturel des projets mitterrandiens et la résignation des impératifs budgétaires. La structure imaginée par l’architecte et l’ingénieur qui devait être une grande ossature de béton d’abord construit avant d’être recouverte, sera finalement construite au fur et à mesure de haut en bas. Cette série de découpe dans le projet va miner la morale de Johan Otto Von Spreckelsen.


Le projet devait être à l’origine le Carrefour International de la Communication. Le programme d’un grand musée national de la communication faisait partie même du projet et était gravé dans le marbre pour lui. Il existait déjà un grand flou autour de ce que devait contenir la Grande Arche. Serge Antoine chargé du cahier des charges de la “Tête de la Défense” est un passionné de futurologie et veut faire de ce projet un centre de référence intemporelle de la communication. C’est finalement le gouvernement de l’opposition de Jacques Chirac en avril 1986 qui va aisément défaire le caractère public du monument en donnant la moitié de l’Arche au privé. Le projet de Carrefour International de la Communication est abandonné. Se succède ensuite un ensemble incohérent d’occupation du bâtiment et de projet de grande musée qui ne verront jamais le jour. Pour l’architecte c’est la déception, il démissionne du projet et décèdera quelques mois plus tard. Le projet fut inauguré en 1989.

 

Bibliographie

  • Livre

51R+1vxVXcL._SX195_   La Grande Arche, Laurence Cossé, 2016.

  • Sites internet
  • Vidéo

 

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