Territoires du vide

d76f1092-2f08-4ff1-88df-d7013307379d.jpg

En 1965, l’ingénieur italien Giorgio Rosa entame la construction d’une plateforme de 400m2 dans la mer Adriatique, au large de la ville Rimini. Sa volonté est de créer un territoire libre dans les eaux internationales capable d’échapper à toutes les législations et de « Voir fleurir des roses sur l’eau ».

 

 

Avec l’aide de sa femme et de quelques amis, ils vont mettre plusieurs années a créer l’Isola delle rose. Les conditions météorologiques et la clandestinité du projet ne permettront pas l’ouverture au public de l’île avant le 20 août 1967. Le succès est immédiat. Les touristes affluent depuis la cote Est de l’Italie vers ce nouveau lieu de villégiature comparé à une nouvelle nation.

Le rêve de Rosa ne s’arrêtait pas à la construction de l’Isola delle Rose. Un an après son ouverture, Rosa proclame l’indépendance de la plateforme. Son intention était de créer un véritable gouvernement composé d’un Président, Antonio Malossi, et de cinq départements (finances, affaires intérieures, industrie et commerce, et un ministère des Affaires étrangères). L’esperanto est la langue officielle de l’île. Elle possède son propre blason orné de trois roses rouge, une monnaie (Le milo), un blason que l’on retrouve sur les timbres et sur le drapeau officiel de l’île. La composition de Richard Wagner, The Flying Dutchman, est choisie comme hymne national.

Au printemps 1968, comme l’été précédent, l’Isola delle Rose connait une grande affluence. Des bars, des commerces, un casino, des restaurants et un

cabaret sont ouverts. Il semble que la micronation ait été équipée de sa propre petite station de radio en ondes moyennes.
Mais l’ile où tout est possible commence à susciter une inquiétude croissante de la police italienne, celle-ci craignant qu’elle devienne un refuge pour l’évasion fiscale et d’autres activités illégales. En Juin 1968 un blocus naval est organisé, la police italienne prend possession de l’ile sans violence. Le gardien Pietro Ciavatta et son épouse sont expulsés. Le 29 novembre de la même année, une barge de la marine italienne arrive de Rimini pour évacuer tout ce qui est transportable hors de l’île. En février 1969, l’armée tente une première fois de détruire l’Isola delle rose. Mais la tâche s’avère plus difficile que prévue. Au bout de deux explosions, la plate forme est seulement déstabilisée. Il faudra attendre deux semaines plus tard qu’une tempête coule l’ilot d’acier et de béton au fond de l’Adriatique.

La guerre territoriale dans laquelle l’Italie s’est engagée il y a 40 ans contre cette « République indépendante » (La Respubliko de l’Insulo de la Rozoj), n’est pas une exception. Ailleurs, d’autres exemples de micro nation ont tenté d’exister.

La principauté de Sealand est une ancienne plateforme militaire de la Seconde Guerre mondiale appelé Fort Roughs. Elle a été abandonnée par les troupes britannique en 1945. Au large des cotes de Suffolk, en Angleterre, deux pylônes en béton de 9,5 mètres de diamètre viennent soutenir 550 m2 de plateforme métallique.

80_big

Roy Bates, ancien major de l’armée anglaise, débarque sur Fort Roughs avec sa famille et quelques amis et proclame l’indépendance du territoire le 20 septembre 1967. Tout comme l’Isola celle Rose, Sealand est doté d’une monnaie (la Sealand dollar), d’un drapeau, d’une devise (« E Mare Libertas »), d’un hymne national, de timbres-postes, d’un blason et d’une Constitution aux règles libertaires. L’anglais est la langue officielle.

Deux années plus tard, le prince de Sealand est contraint de se rendre dans le comté de l’Essex, accusé par la justice de détention illégale d’armes et d’avoir tiré sur des unités de marines.
En 1978, un putsch est organisé par le Premier ministre de Sealand, Alexander Achenbahc. Michael Bates, le fils du Prince est pris en otage par le groupe assaillant. Libéré et expulsé quelques jours plus tard, il fait appel à l’armée pour reprendre la forteresse familiale. Il devient alors le nouveau prince de Sealand. Depuis les années 2000, la principauté du Sealand est suspectée d’héberger des serveurs d’experts en cryptographie, profitant du vide juridique qui l’entoure.

Le 23 juin 2006, la plateforme est ravagée par un feu. Au même moment, la presse publie la vente de la plateforme pour dix millions de livres sterling. The Pirate Bay, le fameux système de serveurs peer to peer, avait alors lancé l’opération « BuySealand.com » afin de récolter assez d’argent pour racheter la plateforme. Il se trouve que le prince refusa l’offre de The Pirate Bay, qui selon lui est un système « violant les lois sur le copyright ».

Le rêve d’urbanisation de la mer de Giorgio Rosa a tourné court. La principauté de Sealand a été abandonnée. Ces territoires utopiques ne sont que deux exemples parmi d’autres. D’autres iles flottantes cette fois, prennent forme, équipées de systèmes permettant la production autonome d’énergie…

 

Bibliographie

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s