L’Urbex, transgression d’une architecture normée

L’Urbex, contraction de Urban Exploration est une «pratique» en plein essor consistant à visiter des bâtiments abandonnés, des zones délaissées de la ville, et plus généralement des lieux interdits d’accès ou tout au moins cachés ou d’un accès défendu. Les Urbexeurs sont des explorateurs d’un «futur antérieur». Sous l’impulsion de l’interdit et de l’adrénaline, ils photographient, immortalisent, gardent une trace de nombreux espaces en décrépitude voués à être dédruits ou à se désagréger tout en respectant trois règles d’or : ne pas donner l’adresse des lieux, ne rien casser et ne pas tenter le diable.

L’Urbex est en relation intime et directe avec la ville et son architecture et vit au même rythme qu’elle, profitant de ses mutations, de sa capacité à se reconstruire sur elle-même et propose un terrain de jeu en perpétuel évolution.
Ces explorateurs urbains retranscrivent l’atmosphère, l’histoire et les traces de vies qui habitent les murs de ce patrimoine architectural ou urbain délaissé. Ils nous ouvrent les yeux au-delà des habitudes du quotidien et des frontières imposées par les réglementations urbaines.
Suscitant chaque fois la même émotion, ce lien puissant qui se crée entre le visiteur et l’architecture, exacerbé par le fantôme d’anciennes activités qui nous confronte avec le bâtiment sans autres formes de distraction.

Le 15 septembre 2017, j’ai pu m’introduire avec des amis dans le château de la Poupelière situé dans l’Orne à 2 heures de Paris. Son dernier propriétaire, John Palmer, était un gangster anglais richissime surnommé Goldfinger. Après son achat, il crée un golf de 18 trous avec logements sur place. L’établissement est ouvert puis ferme une dizaine d’années plus tard en 2005. Depuis 13 ans il est laissé à l’abandon.

Je m’y suis rendu avec un groupe d’amis en fin de journée, juste à temps pour prendre des photos. Le parc est devenu une jungle. Il est beau malgré son état d’abandon. Le lieu est incroyablement calme, l’immense porte d’entrée est grande ouverte. Nous pénétrons dans l’antre de cette architecture baignée de pénombre et dégageant une odeur d’humidité. Salle après salle, nous explorons minutieusement la batisse. Elle a été pillée et vendalisée à plusieurs reprises. Au sol, on trouve des articles de journaux britaniques, ils sont datés du 4 mai 2003. On traverse ces vastes espaces dévastés mais poignants, qui se laissent envahir par la progression inexorable de la nature.

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C’est comme un monde parallèle, on perd tous repères et toute notion du temps. Il s’agit d’une visite dans le passé, seul différence avec les musées, aucun parcours n’est guidé, aucun gardien n’est présent pour interdire de toucher, aucun cordon de délimitation n’est installé. La fascination prend alors le dessus pour cet endroit oublié, dépeuplé autrefois en pleine agitation. C’est sans doute cette contradiction qui est la plus marquante. La rouille, la moisissure, la peinture qui s’écaille ou le bois qui a gonflé apportent un intérêt intrinsèque habituellement non désiré dans l’architecture habitée.

Dans un monde où vitesse, modernité, norme, productivité, surveillance sont maîtres mots, l’Urbex instaure un caractère de lâcher prise. Une contre-culture urbaine qui tend plutôt à résister contre le phénomène de gentrification de la société et la normalisation de la ville.

Antoine Chaignon

 

Bibliographie :

SOC_119_L204.jpg               Vidal Bertrand, « Les zombies de Detroit : l’inquiétante                                                  étrangeté des ruines modernes », 2013.
M.jpeg  Bryan Sobaire Schroat, «Skeletal Remains», 2014.
urban-atrophy.jpg  Dan Haga, «Urban Atrophy», 2011.
the-space-between-john-law-20081204-123647.jpg  John Law, «The Space Between», 2008.

Vidéographie :

 

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