Svizzera 240, House Tour Pavillon Suisse – Biennale d’Architecture de Venise 2018

         Les deux portes d’entrée du pavillon, de tailles différentes, semblent directement indiquer le thème de l’exposition : à quoi ressemblerait un logement à une échelle qui ne serait plus conforme à la taille humaine ?

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         Svizzera 240, House Tour est le projet présenté par le pavillon Suisse à la biennale d’architecture de Venise de 2018. Imaginé par les architectes Alessandro Bosshard, Li Tavor et Matthew van der Ploeg, qui travaillent ensemble depuis 2015 en qualité de professeurs assistants à l’EPF de Zurich, ce pavillon répond aux souhaits exprimés par Yvonne Farrell et Shelley McNamara, les co-commissaires de la Biennale 2018, dans leur manifeste, Freespace : renouveler les manières de voir et de faire, renouer avec les fondamentaux de l’archi­tecture et replacer l’humain et le local au cœur de la conception pour apporter des réponses aux défis de notre époque qui soient susceptibles de l’enchanter quelque peu. Avec l’œuvre exposée dans ce pavillon, les architectes suisses cherchent à critiquer et à interroger une des questions importantes qui façonne l’architecture du XXIème siècle, concernant la standardisation et l’uniformisation des codes de construction. Dans quelle mesure l’architecture mondialisée, normée, codée d’aujourd’hui nous amène à vivre des expériences spatiales identiques? Quelles sont ces codes ? Comment le pavillon Suisse, Svizzera 240 nous invite, au travers d’un détour par le jeu, par la fiction, par l’expérience physique, à ouvrir les yeux sur notre environnement immédiat, à questionner la standardisation impensée dans les espaces d’habitation ?

« Architecture : à la Biennale de Venise, la Suisse sublime le vide »          Le Monde

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         L’exposition se concentre sur les intérieurs non meublés des logements contemporains et célèbre le « house tour » (« visite de maison »), une forme particulière de représentation architecturale. La scénographie mise en place est clairement un clin d’œil aux visites d’appartements organisées en fin de chantier. 240, dans le titre du projet, se réfère subtilement aux 240 cm que les conventions actuelles définissent comme hauteur optimale pour les pièces d’habitation et qui seront la valeur de référence de l’installation. Les intérieurs, créés à différentes échelles, sont reliés entre eux dans une séquence labyrinthique de perspectives. Chaque pièce, obéissant à une échelle singulière, se présente agrandie ou rétrécie par rapport à l’échelle standard d’un logement. Les interrupteurs, les portes, les plinthes ainsi que le mobilier sont eux aussi rétrécis ou agrandis à l’intérieur d’un « appartement témoin ».

Ce projet se distingue à priori par sa capacité à surprendre, amuser et interpeller. Il interroge surtout le rapport de l’homme à la société et à son époque en attirant l’attention sur la banalité et la pauvreté du design des appartements en location. L’objectif étant de plaire au plus grand nombre, d’offrir des surfaces spacieuses, lumineuses, propres dans lesquelles on se retrouve rapidement. C’est aussi ce qu’explique Alessandro Bosshard architecte et co-commisaire du pavillon Suisse, puisque la Suisse est le « pays des locataires ». Dans la mesure où la plupart des habitants vivent dans des appartements locatifs et déménageant souvent, ils recherchent des environnements standardisés. Cela donne alors une architecture dite de la « boîte blanche », au parquet flottant, aux proportions identiques d’un appartement à l’autre. Comme les murs blanchis à la chaux de galeries d’art ou d’églises protestantes, les murs d’un appartement ne sont jamais faits pour être regardés.

Quand le très petit côtoie le très grand

« J’ai été fasciné de voir comment ce projet joue avec notre perception des intérieurs ». Exprime Alain Berset, président de la Confédération Suisse.

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         Entraînés dans un labyrinthe blanc aux proportions anamorphosées, les visiteurs du pavillon suisse évoluent entre des portes pour géants de 4 mètres de haut et des alcôves de maison de poupées, des chambres à ciel ouvert et des salons aveugles, chaque pièce offrant de multiples ouvertures sur les autres. Ce changement d’échelle donne aux visiteurs une expérience semblable à celle de l’héroïne de Lewis Carroll, Alice, quand commence son voyage au pays des merveilles, c’est-à-dire l’impression de vivre l’espace, de le traverser, de l’occuper, de le toucher ou au contraire de ne pas pouvoir l’atteindre. Le sentiment de découverte s’empare alors du visiteur qui comprend que chaque pièce est unique et cherche alors à ouvrir la moindre porte pour découvrir l’espace qui se cache derrière celle-ci. Cette expérience là est aujourd’hui très rare dans les appartements standardisés car nous savons avant même d’ouvrir la porte à quel espace nous devons-nous attendre. Aujourd’hui, tout le monde connaît la taille d’une porte : 2m de haut sur 70/80cm de large, la hauteur d’un plan de travail : 90cm ou encore la hauteur d’une poignée, d’un interrupteur.  Dans ce pavillon, que le plafond soit à 1m80 ou à 5m, la sensation, la perception de l’espace est totalement changée. Le passage brutal d’un espace à l’autre, d’une échelle à l’autre offre une expérience inédite de l’intérieur d’un logement en bouleversant les repères du visiteur.

L’installation cherche à mettre en avant les principes qui structurent notre imaginaire de l’appartement plutôt qu’à exposer un appartement réel. La difficulté à prendre la mesure   d’une échelle, d’une dimension ou d’une profondeur est présentée au visiteur sous une forme construite de telle sorte que le pavillon met en place une « construction impossible ». Lors de sa déambulation dans le pavillon, le visiteur n’est plus un habitant, un constructeur ou un acheteur, ni un universitaire, ni même un architecte, il devient un nouveau sujet architectural apportant sa propre dimension à l’espace présenté.

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         Au lieu de représenter un bâtiment, les architectes de ce pavillon proposent une « représentation architecturale » et cherchent à remettre en question une expérience quotidienne. Le pavillon en appelle à notre perception ; chercher et ressentir les différences dans un appartement témoin normé. Ce projet critique la standardisation non pas de l’organisation des pièces, leur ameublement, mais plutôt de l’uniformisation des espaces, des hauteurs. Les architectes suisses répondent au thème de la biennale « Freespace » non pas en travaillant l’espace public, comme l’ont fait la majeure partie des autres pavillons exposés à la Biennale, mais en re-questionnant l’espace privé de nos habitations, de nos intérieurs. Ce travail sur les échelles est une manière de critiquer, d’interroger la façon dont nos appartements sont conçus afin de lever les contraintes de déplacement et de comportement d’un espace normé.

Image 1 : Photographie, Milena Buchwalder, 2018

Image 2 : Photographie, Alessandro Bosshard, 2018

Image 3 : Photographie, Christian Beutler, 2018

Image 4 : Photographie, Christian Beutler, 2018

 

Webographie :

https://milena-buchwalder.divisare.pro/projects/386802-svizzera-240-house-tour

http://www.architectura.be/fr/architube/3455/decouvrez-le-pavillon-suisse-de-la-biennale-de-venise

https://www.lemonde.fr/architecture/article/2018/06/08/architecture-a-la-biennale-de-venise-la-suisse-sublime-le-vide_5311959_1809550.html

https://www.rts.ch/info/culture/9598785-lion-d-or-pour-le-pavillon-suisse-a-la-biennale-d-architecture-de-venise.html

Vidéographie : 

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