Blade Runner, paysage de la décroissance

paul-chadeisson-blade-runner-pchadeisson-3b2-v2

Blade Runner est un film réalisé par Ridley Scott en 1982 et tiré du roman de Philip K. Dick, Les androïdes rêvent-il de moutons électriques ?. L’univers du film est celui d’un Los Angeles futur et dessine une vision de la ville apocalyptique et terrifiante, plongée dans une nuit interminable et déprimante. Eloignée de l’univers fantastique, ancrée dans le réel, cette science-fiction interroge notre avenir immédiat qui est présenté comme sombre, pollué, industriel et essentiellement urbain. Alors que la plupart des sciences-fiction peignent le portrait d’un monde futur fait de croissance et d’expansion infinie, à quoi ressemble la vision inverse de Blade Runner ? Comment ce déclin à transformé l’architecture et le paysage de la ville ?

Blade runner se déroule sur une Terre ravagée par un cataclysme nucléaire, la planète n’étant plus habitée que par une infime portion de l’humanité, des hommes et des femmes qui n’ont pas souhaité ou qui n’ont pas pu émigrer vers les colonies de l’espace. Les réplicants sont des androïdes créés et utilisés par les humains dans différents domaines, notamment militaire, mais aussi domestique pour les accompagnés sur cette terre ravagée. La plupart des espèces animales ont disparu, remplacées par des versions synthétiques, si bien que posséder un véritable animal devient un rêve inaccessible pour beaucoup de Terriens.

Ce qui est particulièrement intéressant dans Blade runner, c’est la déconstruction méthodique de Los Angeles. Tous les éléments caractéristiques de la ville californienne s’inversent pour amplifier le caractère apocalyptique. La ville tentaculaire, insouciante et baignée de soleil, est devenue une cité froide, pluvieuse et sombre. Les pavillons résidentiels ont laissé place à une immense ville industrieuse, poussiéreuse, plongée dans une nuit interminable et déprimante. Les rares immeubles d’habitation encore debout sont partiellement ou totalement abandonnés.
Pour autant, le cœur de la ville reste relativement animé tout au long du film et très cosmopolite. Los Angeles est devenu un lieu brassant toutes les populations de la planète, un fourmillement continu dans lequel se croisent des individus de tous types, humains comme artificiels. A croire que l’ensemble de la planète s’est réfugié dans ce petit bout de Californie.

En revanche, la circulation, en très grande partie aérien dans le film, est minime. Posséder un véhicule est devenu un luxe pour beaucoup. Quelques artères concentrent l’essentiel du trafic dans des images très éloignées des vastes autoroutes perpétuellement encombrées de la cité californienne contemporaine.
Ce contraste urbain se traduit également dans l’architecture des bâtiments, mélange varié d’éléments anciens en quasi-décrépitude et d’éléments ultramodernes.

En raison de la perte de richesse qui a accompagné l’immigration de masse, la ville devient un lieu où tout le processus économique est ralenti. La construction de nouveaux bâtiments coûte beaucoup plus cher que la réhabilitation d’anciens bâtiments. Au lieu de démolir des bâtiments, des modifications et des greffes sont ainsi ajoutées aux structures existantes. Il en résulte une ville profondément stratifiée qui a submergé l’histoire architecturale de Los Angeles, laquelle se laisse deviner par moments (on peut apercevoir des bâtiments historiques de Los Angeles tels que le Bradbury Building, la Union Station et le Yukon Hotel). La ville s’entasse au lieu de s’étaler indéfiniment comme le Los Angeles d’aujourd’hui, la décroissance a stoppé cet effet, la population ce regroupe donc au centre de la ville. C’est un retour en arrière, un embryon de ville dans un corps de métropole.

extvegas_no01_a_v02

Ville en pleine décroissance démographique et économique, la cité de Blade Runner apparaît à l’agonie. Nombre de scène peuvent évoquer Détroit qui a aussi connu un déclin enclanché dans les années 60 suite à la désertion de l’industrie automobile. L’image dystopique des industries abandonnées colle parfaitement à Blade Runner. Pour autant, Détroit semble se relever de la faillite. La population s’est adaptée à cet environnement et de nouvelles dynamiques, écologiques notamment, redonnent un nouveau souffle à la ville.

Bien que Los Angeles ne ressemble pas exactement à ce qui est décrit dans Blade Runner en dépit du caractère futuriste de la fiction réalisée, le film démontre une capacité évidente à interroger le présent en pointant les dérives de notre société actuelle (la toute puissance des multinationales, l’opposition des classes, la déshumanisation de l’environnement urbain, le désastre écologique…). Il trouve aussi sa force dans sa dimension philosophique et symbolique ; sans cesse le film s’interroge sur ce qui fait de nous des humains.

Bibliographie :

281065._uy475_ss475_Robert Baker, Brave New World, Etats-Unis, 1989.

future-noir-revised-updated-edition-the-making-of-blade-runner-news-1-638Paul Sammon, Future noir : The Making of Blade Runner, Etats-Unis, 1996.

Vidéographie :

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s