Daniel Arsham – Vestige du futur

« Je veux créer une sensation troublante, mystérieuse ; celle de sortir de nos propres vies, comme si nous voyagions dans le futur et contemplions notre civilisation. »

Daniel Arsham est un artiste contemporain américain très prolifique qui brouille les lignes entre architecture, art et performance. Son art propre à lui même met en relation plusieurs domaines artistiques. L’esthétique du travail de Daniel Arsham s’articule autour de son concept d’archéologie fictive. Travaillant dans la sculpture, l’architecture, le dessin et le cinéma, il crée et cristallise des espaces ou des situations ambiguës et ambitionne ce qu’il appelle « les reliques futures du présent ». En quelque sorte, il poursuit un travail esthétique et profond sur les traces que nous laisserons dans quelques siècles. Ce sont des moulages érodés d’artéfacts modernes et de figures humaines contemporaines qu’il fabrique avec des matériaux géologiques tels que le sable, le sélénite ou les cendres volcaniques pour qu’ils apparaissent comme s’ils venaient d’être déterrés après avoir été enterrés depuis des siècles. La plupart des objets qu’il transforme en pierre se réfèrent à la fin du 20e siècle et du 21e siècle alors que l’obsolescence technologique s’accélère et que l’on assiste à une dématérialisation numérique sans précédent. Dans ses visions hantées, Daniel Arsham ex- périmente également le caractère intemporel de certains symboles et gestes à travers les cultures en faisant ce rencontrer poétiquement le présent, le futur et le passé de manière ludiques avec le romantisme et le pop art.

Lors de ses études à la Cooper Union de New York, il développe une pratique artistique alliant la manipulation spatiale à la photographie, le dessin et la sculpture. La tonalité monochrome de ses œuvres s’explique en partie par son daltonisme, une cécité partielle aux couleurs qui permet à l’artiste d’insister sur la qualité formelle des objets. Sa palette de blanc, gris et noir épouse la neutralité des codes de notre environnement urbain.

Son attrait pour l’exploration liée à l’érosion du temps et aux ruines du futur est dû à plusieurs évènements. Il grandit à Miami où il fut témoin, enfant, des ravages de l’ouragan Andrew à l’été 1992. Cette confrontation aux effets dévastateurs des forces naturelles sera le fil conducteur de son œuvre. De plus, lors d’un voyage sur l’île de Pâques, il observe les moaï, (monolithes de basalte éri- gés par le peuple haumaka). C’est cette incertitude sur leur exécution qui attisera l’intérêt d’Arsham pour la transformation d’objets du quotidien en vestiges du futur. À partir de pierres recueillies sur l’île, il a réalisé une copie d’un appareil photo argentique moulée dans des cendres volcaniques. Les traces d’érosion à leur surface incarnent l’opposition entre construction et destruction dans une ère géologique dominée par notre espèce. Ses autres sculptures, annonciatrices ou victimes d’une apocalypse, s’inspirent des corps pétrifiés de Pompéi, et incarnent tour à tour la stupeur, la résignation ou l’indolence.


Daniel Arsham – Leica camera-ash – 2015 Daniel Arsham – Laptop- 2014

Daniel Arsham s’est aussi intéressé à l’aspect fonctionnel de l’architecture et il a cofondé en 2007 le cabinet de design Snarkitecture. Les travaux de Snarkitecture se concentrent sur la réinterprétation des matériaux, des structures et des programmes de la vie quotidienne pour produire des effets nouveaux et imaginatifs. Ils ont une approche conceptuelle axée sur l’importance de l’expérience. Leur studio crée des moments inattendus et mémorables qui invitent les gens à explorer et à s’engager dans leur environnement. Leur pratique vise à créer des moments qui rendent l’architecture accessible et attrayante pour un large public.

Daniel Arsham aime travailler autour de l’architecture en essayant de faire en sorte qu’un mur puisse prendre l’apparence d’un drap ou d’un morceau de tissu; ou bien encore qu’un mur puisse donner l’impression qu’il est en train de fondre, de devenir liquide ou de flotter comme si le vent pouvait le traverser.

Lorsqu’il détourne des éléments d’’architecture, les distorsions qu’il opère ne sont généralement pas visibles au premier coup d’oeil. En revanche, dès l’instant qu’elles sont perçues, elles peuvent se révéler perturbantes, et parfois même provoquer dans l’esprit du spectateur un certain malaise. Daniel Arsham aime que ses sculptures aient une relation étroite avec l’architecture. À Marseille, l’artiste a investi le MaMo, l’ancien gymnase de la Cité radieuse reconverti en fondation artistique par le designer Ora-ïto. En dialogue avec Le Corbusier, Arsham dévoilera deux installations en ré- sonance avec l’histoire de cette unité d’habitation conçue dans les années 1950. l’artiste jouant à nouveau sur la confusion temporelle à travers une narration fictive a créé une oeuvre en entassant une immense pile d’objets abandonnés provenant des habitants. D’autres pièces en craie ont em- prunté la forme d’outils de communication et les visiteurs ont pu dessiner avec ces sculptures qui se sont désintégrées au cours de l’exposition.

De plus, Daniel Arsham a réalisé en 2017 sa première exposition personnelle en russie, intitulée « Architecture en mouvement ». L’exposition installée au pavillon Karelia lors de la biennale internationale de l’art à Moscou, présente neuf interventions architecturales exclusives spécifiques à un site, rendues dans une tonalité monochromatique blanche. On y retrouve l’installation à grande échelle des oeuvres de l’artiste, il va aménager l’espace et créer une scénographie en excavant les murs pour former un immense tunnel en béton avec des perforations abstraites qui se fondent en une silhouette humaine grandeur nature.

Les éléments utilisés dans l’installation reflètent la vision d’Arsham sur les interactions entre l’homme et l’architecture, sur la capacité de l’homme à créer, détruire et moderniser des constructions.

Daniel Arsham est un artiste intriguant, jouant, à la fois, entre sculpture et architecture. Il attire, capture, intègre les constituants architecturaux, puis s’en détache par une mise en scène de destruction. Renversement, érosion provoquée, disparition sous une luxuriante nature qui reprend ses droits, sont les thèmes de prédilection utilisés par Daniel Arsham. L’effondrement des structures ingénieusement érigées qui nous présentes atteste de la domination des forces de l’art sur la rationalité architecturale. Ainsi, il fait la synthèse d’une civilisation future, symbolisée par son architecture, où une beauté froide et déstructurante donne à la nature l’ascendant sur la culture.


Daniel Arsham – Architecture en mouvement – Moscou – 2017

source :

https://www.danielarsham.com

https://www.perrotin.com/fr/artists/Daniel_Arsham/17#images

http://www.snarkitecture.com

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s