L’algue, un matériau de construction ?

Depuis les années 70, on voit apparaître sur les plages du littoral breton comme un peu partout dans le monde, un phénomène appelé marée verte. C’est une prolifération d’algues vertes qui s’échouent sur les plages due à l’utilisation des nutriments d’origines agricoles comme des fertilisants, des engrais apportés par les rivières jusqu’à la mer. Un recensement permet d’identifier des lieux plus ou moins atteint par ce phénomène dont huit baies plus touchées que d’autres comme les baies de Saint Brieuc, Douarnenez, la Forêt et la Fresnaye, la Grève de Saint Michel et les anses de Locquirec, l’Horn–Guillec et Guisseny. Il existe en tout environ 139 sites en Bretagne. En 2017, les marées vertes ont été particulièrement intenses au printemps. Elles ont des conséquences écologiques, sanitaires et socio-économiques importantes. En effet, en s’échouant, elles rendent les plages moins attractives pour les touristes. En 2008 et 2009, des chiens et un cheval sont décédés sur ces plages, probablement dû à un phénomène toxique dégagé par l’algue.

À cause de ces grandes marées vertes, l’algue souffre d’une image négative. Cependant, elle commence à gagner en popularité et son utilité se développe dans différents domaines comme le design, la construction et est surtout, pour 75%, utilisé pour la consommation humaine – médicaments, cosmétiques, et alimentation. Mais son utilisation reste minime comparé à d’autre matériau Bio-sourcé que le bois, le chanvre, la ouate de cellulose, etc.
Comment pourrait-on valoriser et trouver un usage aux algues. Son utilisation relève-t-il encore du domaine de la recherche ? Et si les algues détenaient des solutions pour les constructions à enjeu durable ?

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Photo de la façade, Laesö 2015

On peut observer un exemple intéressant qui prouve son efficacité comme matériau de construction et surtout comme isolant.
Au Danemark, sur l’île de Læsø en Mer du Nord, dans le détroit du Cattégat, l’algue est utilisée comme matériau. En effet, l’île était connue pour son industrie du sel, ce qui eut comme conséquence ces constructions en toit d’algue, car pour raffiner le sel il y avait besoin de carburant et donc du bois présent sur l’île, jusqu’à épuisement total. Les algues furent donc utilisées au moyen d’une technique ancestrale maîtrisée depuis plusieurs siècles par les habitants de l’île, reposant sur l’abondance des zostères présentes sur les plages. C’est une algue que l’on trouve fréquemment dans l’Atlantique, la Manche et la Mer du Nord. C’est une plante aux feuilles vertes larges d’environ 4 mm et pouvant aller de 20 à 120 cm de longueur.
Prélevées sur les plages entourant l’île et une fois sèches, elles étaient entassées et entortillées dans des cordes épaisses puis tissées à travers les chevrons d’une maison pour former un toit. Il faut environ 300 kg d’algue pour former 1m² de toiture. Ces toits sont donc très lourds et font parfois jusqu’à 1m d’épaisseur. L’algue qui est imprégnée de sel permet au toit ne de pas se décomposer : au fur et à mesure que le temps passe, le toit se solidifie pour devenir une masse compacte très imperméable avec des vertus d’isolant thermique très performant. Ce qui explique pourquoi certaines de ces maisons ont plus de 300 ans.

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The Modern Seaweed House par Vandkunsten

Ces constructions restent des maisons fabriquées avec des méthodes ancestrales loin de nos nouveaux modes de constructions actuelles.
En 2013, le studio d’architectes Vandkunsten décide de réaliser une maison nommée sur l’île de Læsø. C’est une maison de vacance composée de panneaux en algue préfabriqués. Le concept était de réintroduire cette pratique ancestrale aux techniques de l’industrie moderne. L’objectif était de démontrer comment des ressources naturelles pouvaient être intégrées dans les constructions contemporaines.

Mais elles sont associées aux conditions particulières d’un site et d’un savoir-faire spécifique. Læsø est un exemple qui permet de témoigner de l’efficacité et de la durabilité de ce matériau. Mais qu’en est-il de son utilisation en milieu urbain ?

Ces précédents exemples permettent donc de démontrer que l’algue peut être plus efficace que certains matériaux que l’on utilise pour construire les villes d’aujourd’hui. Ces performances isolantes peuvent être 20% supérieures à celles du bois, et près de huit fois plus efficaces que le béton. De plus, elles contribuent à limiter l’effet de serre en fixant le carbone via la photosynthèse.

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Micro algues en façade par l’agence XTU, 2008

La firme française XTU architectes développe depuis 2008 la culture des micro-algues au sein de bio-façades. Cette façade est composée de panneaux vitrés contenant trois vitrages. Dans l’un des interstices se trouve un filet d’eau contenant les algues. Au fur et à mesure que l’algue grandit, la façade verdit. Le premier intérêt est de produire des micro-algues pour les transformer en aliments protéinés végétaux, en médicaments ou encore en produits cosmétiques et rendre la ville productive mais elles ont aussi une fonction bio climatique. En effet, cette façade fonctionne un peu comme une serre grâce à l’énergie solaire et améliore l’isolation du bâtiment. Son intérêt ne concerne pas seulement le bâtiment propre mais aussi la ville car elle absorbe le CO2 et contribue donc à assainir l’air de celle-ci.
Cette méthode existe à Hambourg depuis 2013 grâce à l’agence d’architecture Spitterwerk nommée BIQ House. Elle fonctionne grâce à l’énergie fournie par les algues en créant de la biomasse qui est ensuite transformée en chaleur et stockée pour chauffer les 15 appartements. La BIQ-House reste une première mondiale et un premier pas vers une véritable synergie entre architecture et développement durable.

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BIQ house par Splitterwerk, 2013

De nombreuses équipes de chercheurs travaillent sur les micro-algues, qui semblent être la source d’une potentielle énergie du futur, non polluante. De plus, on peut trouver une quantité d’algues marines échouées sur les plages et leurs utilisations permettraient de leur trouver un usage et de nettoyer les plages. Si l’on trouve des exemples concrets concernant l’utilisation de certaines algues dans la construction, nous pourrions peut-être trouver une solution à ces catastrophes naturelles et en tirer profit en récupérant ces algues pour en faire des matériaux de construction durable ayant fait leurs preuves soit grâce à des méthodes ancestrales mais qui ont aussi réussi à être adaptée à nos techniques de construction actuelles.

Bibliographie

Les marées vertes en Bretagne : pour un diagnostic partagé, garant d’une action efficace, Conseil économique,
social et environnemental, région Bretagne, Mai 2011

XTU : L’architecture techno écolo, numéro 9, ADN

Site internet:

http://www.vegetal-e.com/fr/danemark-algues_217.html

https://maison-monde.com/maisons-algues-ile-de-laeso/

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