Les mirages urbains, ville recherche habitants

A la fin des années 90, en Espagne, l’accès au crédit devient de plus en plus facile et les promoteurs construisent des logements par milliers. Cet élan continu jusqu’au début des années 2000 mais est brutalement interrompu par la crise financière. Néanmoins des centaines de logements étaient en fin de chantier ou prêt à être livrés tandis que l’accès au crédit deviens extrêmement difficile. C’est alors que les déserts immobiliers apparaissent. On compte aujourd’hui jusqu’à 3 417 064 logements vide sur un parc total de 25 837 108. Soit 13,2% de logements inoccupés.

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Seseña – Tobias Buck

L’architecte paysagiste Christopher Marcinkoski a fait un état des lieux en 2017 près de 10 ans après la crise économique qui a produit ces cités fantôme. Il décrit ce phénomène comme le résultat d’une « urbanisation spéculative », c’est ce qui se produit lorsque des groupes privés et le public s’engagent dans de grands projets pour stimuler l’économie plutôt que de traiter les besoins réels. Plusieurs « villes » sont dans cette situation aujourd’hui en Espagne comme Seseña, Ciudad Valdeluz, El Cañaveral, Cañada Real, pour ne citer que les plus malheureusement connus.

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Aéroport de Ciudad Real – Christopher Marcinkoski

C’est donc une toute nouvelle forme d’urbanisme dystopique qui se forme par l’intermédiaire de l’économie et de ses failles.

Des environnements surréalistes, où l’on ne croise personne. Ce désert humain nous fait comprendre l’ampleur des lieux. Le bitume est parfaitement en état, les grosses masses bâtis se suivent les unes derrière les autres et forme de grands boulevards sans fin. On comprends alors le caractère irrationnel de ces villes pensées pour une rentabilité foncière.

Dix ans après le début de la crise financière mondiale, Christopher Marcinkoski est revenu dans cette ville et c’est avec étonnement qu’il découvre une jeune population récemment installée. La majorité des personnes qui vivent ici sont des couples au début de la trentaine qui ont déménagé ici «pour les enfants» ainsi que pour les appartements spacieux, étonnamment bien construits et à prix relativement bas. Il faut dire qu’il y a encore peu de commodités, mais pour le moment, la plupart des familles semblent satisfaites de la piscine et des jardins au centre de chaque immeuble. Cependant les cinémas les plus proches exigent de prendre la voiture pour aller à Pinto ou à Getafe. C’est donc des villes-dortoirs qui doucement se peuplent par des familles voulant le confort de la campagne à proximité des villes. Ces cités autrefois désastres urbains semblent donc lentement prendre vie.

Seseña était un projet mort-né. Dès sa conception une suite de problèmes ont inévitablement donné lieux à ce que l’on connaît aujourd’hui. Premièrement, le développeur Francisco Hernando a soudoyé les autorités locales pour qu’il approuve ce projet de grande envergure, l’un des développements les plus importants et les plus coûteux du pays. Ensuite, les infrastructures pour l’eau et le gaz n’étaient pas incluses dans les plans (ce qui prouve la nature purement spéculative et superficielle de ce projet urbain), rendant les unités achevées inhabitables. Enfin, la faible demande des consommateurs et le financement de projets ont laissé de vastes étendues de terres vierges coupées par des routes et des trottoirs ne conduisant nulle part. Pourtant cette ville avait tout pour attirer une nouvelle population. Elle se connecte à l’autoroute, les logements sont spacieux et une grande partie d’entre eux possèdent une piscine en leur centre. Des espaces verts aménagés pour les balades et des jeux d’enfants ponctuent cette ville construire en grande banlieue de Madrid.

Malheureusement tous les projets ne sortent pas la tête de l’eau comme Seseña. Le boom de la construction en Espagne ne s’est pas arrêté aux projets résidentiels, mais s’est étendu aux projets routiers et aéroportuaires colossaux. L’aéroport de Ciudad Real est le meilleur exemple des pratiques de construction inutiles du pays. Il est le premier projet de cet envergure entièrement financé par des promoteurs privé. Le projet d’un milliard d’euros a été vendu en 2015 pour 10 000 euros. L’aéroport a ouvert ses portes en 2008 et a fermé en raison d’une faillite en 2012. La station de train à grande vitesse à destination de Madrid, qui était censée innerver la ville, n’a jamais été construite. Aujourd’hui, l’aéroport et son centre d’accueil pour visiteurs, recouvert de cuivre, sont vides et solidement sécurisés. Les rues désertes de cet aéroport sont réinvestis par des occupations sauvages comme des courses de voitures ou comme trajet pour cycliste.

A mesure que l’on s’éloigne de la crise de 2008, ces désastres urbains, pour certains, tendent à s’éloigner de l’idée pessimiste encrée dans les esprits espagnols. Néanmoins certains ne parviennent pas à se dynamiser, il serait donc peut-être judicieux d’envisager une reconversion programmatique plutôt qu’être dans l’attente d’un futur meilleur. En attendant un tout nouveau type de tourisme fait son apparition, celui du « Ruin Porn ». Ce terme provient de Détroit, ville complètement ravagé par l’économie. Ce tourisme exploite la fascination devant ces désastres urbains.

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Aéroport de Ciudad Real – Christopher Marcinkoski

Source : https://elpais.com/elpais/2016/02/29/inenglish/1456754974_557309.html

Source : http://www.elmundo.es/elmundo/2011/11/17/suvivienda/1321546929.html

Source : http://www.myradiantcity.com/blog/2017/9/28/revisiting-the-relics-of-spains-recent-building-bubble

Etude : https://www.les-crises.fr/documents/2012/viviendas-vacias.pdf

Publication de mémoire: Des villes mortes-nées – Stessy Branes

 

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