Disappearing Glasgow – Chris Leslie

«La ligne d’horizon de Glasgow est sur le point de se transformer radicalement, les tours d’immeubles de grande hauteur cèdent la place à des milliers de nouveaux logements dans toute la ville. Glasgow connaît une véritable renaissance.[…]C’est une annonce tournée vers l’avenir et nous sommes déterminés à ne pas répéter les erreurs du passé.» Conseil Municipal de Glasgow, 2006.
Next door to the Brig was a staggering 1,000-seater Mecca Bingo Hall, a favourite haunt that enticed Red Road’s ladies to gamble away their meagre fortunes, day and night. Completely flooded and partially damaged by fire it still managed to retain its grandiose interiors of sparkly mirrored pillars and bold red and blue colour scheme. The bingo hall had laid closed for 20 years until 2011 when the doors were opened briefly to allow the demolition contractors to inspect the space.

Lors de son industrialisation, la ville de Glasgow en Écosse connaît une forte croissance démographique. Entre 1807 à 1950, cette citée marchande et industrielle passe de cent mille à un million d’habitants pour une surface totale d’environ cent cinquante kilomètres carrés. L’arrivée massive de travailleurs dans la seconde plus importante ville du Royaume Uni entraîne un manque de place, une pollution de son air, de sa rivière ainsi qu’une multiplication de ses problèmes sociaux.

Face à cette situation devenue problématique, des changements furent nécessaires. En 1960, Glasgow est soumis à un ambitieux programme de réaménagement planifié sur vingt ans. La ville se modernise. Cinquante mille maisons sont démolies pour faire place à de nouvelles écoles, centres commerciaux, parcs publics et des grands ensembles de logement sociaux en périphérie de la ville. Sont construits entre 1960 et 1970, des tours de quinze à trente étages à l’architecture brutaliste. Elles permettent de loger plus de quatre mille personnes en leur fournissant des appartements neufs, dotés d’équipements sanitaires de qualité. Ces tours sont considérées comme révolutionnaires et promettent des logements spacieux, lumineux et offrant une grande liberté à leur résidents. En effet, ces nouveaux habitats représentent une amélioration de vie considérable pour les résidents précédemment issus de logements insalubre.

Red Road Flats in North Glasgow were once home to over 4700 people.

C’est au même moment que Glasgow rencontre une brusque désindustrialisation. La ville qui s’est spécialisée dans la sidérurgie, la construction mécanique et les chantiers navals ne parvient plus à résister à la concurrence extra-européenne. La majeure partie des usines ferment, et entre 1960 et 1991, les effectifs employés dans l’industrie passent de 387 000 à 121 000. Le taux de chômage grimpe considérablement et ce sont les hommes peu qualifiés exerçantdes métiers manuels qui sont les plus touchés par le chômage.

Ce tournant économique et sociologique brutal atteint son pic au milieu des années 1980 et s’accompagne d’une montée en flèche de la consommation d’héroïne à Glasgow. Celle ci est distribuées par des gangs qui trouvent refuge dans les tours de logement sociaux en périphérie. Délaissées par les pouvoirs publiques et autorités locales, ces grands ensembles ne bénéficient d’aucun entretien et sont progressivement désertées de leurs habitants qui acceptent un logement à la première occasion venue.

Ces tours perçues comme une solution dans les années 1960 sont désormais considérées comme l’incarnation des problèmes sociaux de la ville. Depuis 2006, l’horizon de Glasgow subit une transformation drastique et trente pourcent des tours de grande hauteur on déjà été abattues. Par leur architecture désormais jugées laide et inadaptée, elles sont vouées à disparaître.

C’est leur processus de démolition que le photographe et réalisateur écossais Chris Leslie à choisi de documenter au travers d’une série de courts films photographiques. A mi chemin entre la photographie documentaire et artistique, son travail se focalise sur six grands ensembles de la ville.

Chris Leslie photographie l’extérieur et l’intérieur de ces immeubles abandonnés. Débarrassés de leurs équipements, fenêtres, portes et meubles, ces bâtiments ne sont plus que des coquilles vides de béton attendant leur démolition. Une impression de ville fantôme se dégage des clichés. Les cages d’escaliers, les ascenseurs, les halls d’entrés sont recouverts de gravats et de débris. Les objets éparpillés semblent indiquer que les appartements furent quittés à la hâte. En plus d’essayer de retranscrire l’ambiance des immeubles lors de leur occupation, les photos tentent de capturer les restes des vies passées dans ces immeubles. Des meubles, objets, affiches ou photographies de famille sont laissées par les résidents, et cette collection d’artefacts étonnants plonge le spectateur dans l’intimité des anciens résidents. Le résultat est parfois surprenant, comme cet appartement recouvert du sol au plafond de publicités et d’emballages de produits alimentaires.

Dans ces courts films, le travail photographique est enrichi d’extraits d’entretiens avec les ancien locataires dans lesquels ils racontent quelques anecdotes ou impressions sur leur vie dans ces tours. Ces récits de vie permettent de faire parler les photos en leur donnant une dimension narrative. C’est un véritable travail de mémoire par le souvenir qui est ici présenté. Chris Leslie donne la parole aux résidents et leur permet d’exprimer leurs points de vues souvent très diverses, et parfois divergents. A travers des souvenirs d’enfance, des histoires d’amitiés et de partage surgit le contraste entre les premières années vécues dans la tranquillité, et les dernières années de ces tours transformées en coupe gorge. Certains racontent leur arrivée dans les tours et décrivent leur vie comme très agréable et très communautaire et disent ne pas immédiatement comprendre le tournant que prend la vie de ces tours. D’autres, arrivés plus tard, décrivent un quotidien affecté par la violence causées par l’apparition de dealers d’héroïne qui entraînent une circulation permanente d’individus venant s’approvisionner dans les cages d’escalier. Malgré le manque d’entretien flagrant de ces bâtiments, ce n’est pas l’architecture qui est remis en cause par les anciens locataires qui jugent la vie dans des tours de grande hauteur comme agréable. En effet, dans ces tours, les appartements sont lumineux, bien exposés et offrent à tous les locataires une vue imprenable sur la ville. C’est en période de plein emploi que les bénéfices de ce type d’habitat se révèlent. Avec ces témoignages, on assiste à un habitat qui, progressivement, n’est plus adapté à son contexte social. Plus qu’un avis unique et tranché sur la vie dans ces tours, c’est la multiplicité des points de vues qui est ici mise en avant par le travail d’entretien conduis par le photographe.

L’œuvre de Chris Leslie demeure neutre de tout jugement. Originaire de Glasgow, il n’a jamais vécu dans une tour de grande hauteur. Il ne donne pas son avis, n’étant ni architecte, ni urbaniste, il se met en position d’observateur par son travail photographique. Par des témoignages rare, il transmet la parole de ceux qui y ont vécu, ce qui fait de son travail documentaire un support de réflexion sur la place de ces tours dans une ville soufrant d’un manque d’emplois.

Si son travail reste neutre sur la question de la pertinence de l’architecture, il tente néanmoins de requestionner la politique de table-rase adoptée par la ville depuis début 2006. Ces tours sont présentées comme l’origine des problèmes sociaux par la mairie de Glasgow et sont alors qualifiés de « Sink Estate » (quartiers sensibles). Pour le photographe, il n’y a plus de retour possible. Cette appellation représente une condamnation symbolique de ces tours, les rendant indésirables.Il semblerait que la manière dont la vie dans ces tours à basculé dans la violence ne soit que les symptômes de problèmes plus profonds non résolus, comme le chômage ou les inégalités sociales. La destruction de ces tours, et l’éparpillement de ces communautés n’a évidemment pas amélioré la situation de pauvreté de ces quartiers, et l’on est en droit de se demander les problèmes ne seraient pas seulement déplacés au profit d’une gentrification de la ville.

En effet, la destruction des grands ensembles au profit de maisons individuelles entre en résonance avec la politique d’amélioration de l’image de la ville qui sévit depuis quelques années initiée avec inauguration des Commun Wealth Games en 2014. Parallèlement aux problèmes sociaux encore présents à Glasgow, la ville s’efforce de développer son commerce et tourisme de luxe. Glasgow est la seconde ville la plus peuplée par des millionnaires au Royaume-Uni.

Une fracture sociale importante subsiste à Glasgow, et les inégalités sont encore très présentes. Selon un rapport de L’Organisation Mondiale de la Santé datant de 2008, la population de l’Est de Glasgow en moyenne vit vingt huit ans de moins que celle du centre ville. Est-ce que la destruction des grands ensembles ne serait pas le reflet d’une lutte de classe que l’on tente d’effacer par un travail d’urbanisme? Il n’existe pas de réponse claire à cette question. Le documentaire Glasgow contre Glasgow, réalisé en 2014 par le journaliste et photographe Julien Brygo permet d’en apprendre plus sur la relation ambiguë qu’entretien la municipalité avec les problèmes de pauvreté de sa ville. Par les mêmes procédés d’observation (photographies accompagnées de témoignages audio), ce film documente les inégalités de richesse au sein de la ville. Il entre en résonance avec le travail de Chris Leslie en nous permettant de mieux comprendre les raisons de la transformation de cette ville si complexe.

Webographie

Bibliographie

  • Disappearing Glasgow – Chris Leslie, Johnny Rodgers – 2016

Filmographie

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