La permaculture, une technique agricole appliquée à un mode de vie

Le terme permaculture a vu le jour dans les années 70. Réaction aux problèmes posés par le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources, les dérives du capitalisme et de l’industrie, il va de pair avec un souci d’équité sociale. Ce concept a été imaginé par deux auteurs australiens, Bill Mollison et David Holmgren. Ces auteurs ont réalisé une synthèse de nombreuses pratiques agricoles traditionnelles issues notamment de l’observation des peuples aborigènes australiens. A partir de ce travail, ils ont imaginé le terme « permaculture », littérale­ment en anglais « permanent agriculture » et publient un livre en 1978 sous le nom de « permaculture one ». Il s’agit d’une méthode de conception qui utilise la nature comme modèle pour créer des systèmes efficients. Un modèle de mise en œuvre et en même temps une philosophie. Les principes de la permaculture en font une base pour repenser notre société dans la mesure où elle repose sur une éthique : prendre soin des Hommes, prendre soin de la Terre, partager équitablement les ressources. L’éthique est utilisée comme une sorte de guide. Des principes viennent la structurer pour permettre d’aider lors de la conception et de la mise en place du projet.

1. Observer et interagir

2. Capter et stocker l’énergie

3. Obtenir une production

4. Appliquer l’autorégulation et accepter la rétroaction

5. Utiliser et valoriser les ressources et les services renouvelables

6. Ne produire aucun déchet

7. Penser la conception des grandes structures au détails

8. Intégrer au lieu de séparer

9. Utiliser des solutions lentes et à petite échelle

10. Se servir de la diversité et la valoriser

11. Utiliser les bordures et valoriser la marge

12. Face au changement, être inventif

En France, la Ferme biologique du Bec Hellouin s’inspire de la permaculture. Créée au début des années 2000, elle associe ce mode de production agricole pour créer un agro-écosystème hautement productif, durable et efficient. Mais peut-on envisager la possibilité d’appliquer la permaculture pour repenser la ville et nos modes de vie urbains? La ville peut-elle devenir un écosystème ?

« La Chine ne dispose que de 10% des surfaces cultivables du globe, pour nourrir 20% de la population mondiale. Jusque dans les plus grandes villes de la nouvelle superpuissance, chaque mètre carré cultivable tend à être exploité. » Pour nourrir sa population, la chine se doit de cultiver chaque mètre carré exploitable. On y voit pousser dans les grandes métropoles des tours dédiées au maraîchage, des toits investis pour créer des potagers. L’agriculture urbaine devient un enjeu important de nos jours mais il aussi nécessaire de trouver les échanges entre les deux. Que peut apporter la ville à l’agriculture et vis-versa ?

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Potager sur le toit, Bruxelles, 2018

L’entreprise BIGH (building integreted green house) a été fondée à Bruxelles, par l’architecte Steven Beckers en 2015. La mission de la société est de créer des fermes durables associées à des bâtiments afin d’utiliser leur énergie perdue, leur eau de pluie, leur CO2 et leur potentiel naturel en termes d’espace, d’orientation, de microclimat et d’exposition au soleil. Ces fermes sont des systèmes circulaires conçus pour ne produire aucun déchet et pour fonctionner avec un apport limité en énergie. La toute première serre a été inaugurée en avril 2018 et est considérée comme une ferme pilote. Elle se situe à Bruxelles sur le site des abattoirs au-dessus de Foodmet, un marché couvert. La ferme comprend à la fois une serre de 2 000 m² et un potager extérieur de 2 000 m². Elle fonctionne grâce à un système aquaponique* où les poissons, les fruits, les légumes et les herbes aromatiques grandissent dans un circuit fermé.

* L’aquaponie est un système qui unit la culture de plante et l’élevage de poissons. Dans ce système, les plantes sont cultivées sur un support com­posé de billes d’argile. La culture est irriguée par de l’eau provenant des bassins où sont élevés les poissons et les bassins

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Exploitation piscicole, La ferme des abattoirs, Bigh, Bruxelles

Cette ferme crée son propre écosystème, elle produit ses aliments grâce aux énergies situées dans la ville suivant le modèle de la permaculture.

La permaculture est un procédé écologique de production d’aliment, une méthode agricole mais elle ne se résume pas seulement à cette pratique. C’est aussi à une approche globale des besoins et des ressources. Son champ d’application est large et ses déclinaisons infinies. En effet, il est possible d’appliquer les principes de la permaculture dans le cadre du travail collectif, de l’agriculture, de l’entrepreneuriat, d’activités indus­trielles… L’intelligence collective ou encore l’économie circulaire sont autant de mises en ouvre des principes de la permaculture dans des domaines différents. En architecture, elle permet d’être une ligne directive dans la conception. Les enjeux de l’habitat sont liés à deux notions : le cycle de vie du bâti­ment et l’énergie que celui ci-consomme. En effet, de nos jours, il est im­portant de considérer les problèmes énergétiques auxquels nous sommes confrontés. Le secteur de la construction est actuellement responsable de 23% de la pollution atmosphérique, de 50% du gaspillage climatique, de 40% de la pollution de l’eau potable et de 50% des déchets d’enfouissement.

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Serre de maraîchage, système aquaponique, Bruxelles, 2018

Il s’agit alors d’avoir une vision plus globale de la construction et de s’interroger sur la permaculture comme un mode de vie susceptible d’être adapté la vie urbaine et pensé à la mesure d’un logement. La permaculture tente d’exploiter et de relier des ressources inutilisées. Certains projets d’architecture peuvent fonctionner comme un système permettant de capturer, de stocker et d’utiliser les ressources disponibles telles que le vent, la lumière du soleil et les eaux de pluie, nommée souvent architecture bioclimatique ou passive. Mais l’on ne devrait pas limiter notre vision de l’avenir à ces méthodes mais imaginer un mode de vie régénérateur avec une maison véritablement vivante qui redistribue les ressources suivant le modèle de permaculture.

 

Bibliographie:

Bill Mollison, David Holmgren, Perma culture 1, Une agriculture perenne pour l autosuffisance et les exploitations de toutes tailles , Conde-sur Noireau, 2011

Sous la direction de Augustin Rosenstiehl / SOA, Capital agricole, Chantiers pour une ville cultivee, Editions du Pavillon de l’Arsenal septembre 2018

Site internet:

https://www.fermedubec.com/la-permaculture/

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