Une structure recyclée pour 100 orphelins

Aujourd’hui un milliard de personnes vit dans des conditions d’insécurité et sans environnement stable. Face aux crises humanitaires et aux violations des droits de l’homme, il existe des organismes (TYIN en Norvège, EAHR au Danemark et au Chili ou encore a.gor.a en Thailande) qui tentent de résoudre ces questions à travers l’architecture d’urgence. Celles-ci ont réalisé que la pratique de l’architecture a tendance à laisser de côté les communautés les plus vulnérables pour se tourner davantage vers des milieux aisés. Communément, quand nous parlons d’architecture nous nous référons à une pratique permettant d’améliorer les modes de vie de chacun et rendre leur vie plus agréable à travers une qualité d’espace bien recherchée. L’architecture d’urgence se réfère au construire vite avec peu de moyens, répondant à de réels enjeux humanitaires. Compte tenu des dures réalités, elle se concentre sur les besoins fondamentaux et essentiels du logement, comme la chaleur ou l’accès à une eau salubre. Elle est fondée sur l’idée que chacun doit avoir accès à des bâtiments sains et sécurisant à travers la mise en place des procédés constructifs bien différents d’une architecture plus courante.

Dans le domaine de l’architecture d’urgence, la question du réemploi est essentielle afin de réduire les coûts au maximum. A travers ces procédés, l’architecture d’urgence influence et ré-imagine de nouveaux modes de vie. C’est un défi de taille, notamment avec des ressources limitées. Au-delà d’offrir un toit à des familles entières, l’architecture d’urgence peut parfois révéler une certaine qualité architecturale. Mais cette notion est-elle perçue différemment à partir du moment où elle concerne l’humanitaire ? Construire rapidement avec peu de moyens peut paraitre contraire au bien construire mais néanmoins intégrer une qualité architecturale en utilisant des ressources locales, accessibles, facilement transportables et souvent bien maîtrisées par les populations locales.

A l’inverse, lorsque les architectes apprennent à construire des centres communautaires et des prototypes de logements d’urgence, leurs intentions aboutissent souvent à des projets à budget élevé ayant un faible impact sur les questions humanitaires. C’est en cela que l’architecture d’urgence prend tout son sens et devient à cet instant porteuse de réels changements sociaux, économiques et environnementaux.

Haut : Soe Ker Tie House, Thaïlande, TYIN architects / Logement social, Chili, EAHR

Bas : Orphelinat Mae Sot, Thaïlande a.gor.a architects

Persécutée depuis 1948 par la junte birmane, la minorité karen compte plus de 140.000 réfugiés du côté thaïlandais de la frontière. A quelques kilomètres de celle-ci, sur la commune de Mae Sot plusieurs écoles et orphelinats ont été construits pour accueillir les plus jeunes. Sous tutelle de la Mae Tao Clinic, le Children Development Center y dénombre 800 élèves. Face au manque d’espace, et à la nécessité d’un hébergement immédiat pour les nouveaux étudiants arrivés directement de Birmanie, l’organisme thaïlandais a.gor.a architectes propose un nouveau dispositif de dortoirs à intégrer dans le centre. Avec une capacité de 25 étudiants, les dortoirs répondent aux modes de vie locaux en s’intégrant dans l’environnement dans lequel ils se trouvent. L’aménagement intérieur garantit un espace ouvert et aéré offrant une semi-intimité et un espace de rangement pour chacun.

Financé par l’ambassade du Luxembourg à Bangkok, le premier des 4 dortoirs a été construit en avril 2012 en l’espace de 4 semaines. Chaque dortoir de 72 m² revient à 1700 €, soit 24 €/m². Temporaires et peu coûteux, ces dortoirs sont faciles à assembler et sont construits en utilisant autant de matériaux recyclés que possible. Les matériaux utilisés sont localement disponibles et sont maitrisés par la population locale, ce qui permet un entretien facile à un coût réduit. A la différence des tentes et autres structures assemblées rapidement pour répondre à une crise humanitaire, ces structures sont construites suivant le modèle d’une architecture locale. Elles ont été construites à partir de poutres recyclées, qui représentent 70 % du cout total. Le bois recyclé utilisé pour les pensionnats provient d’anciens bâtiments de la ville soigneusement dépouillés et mis de côté par les démolisseurs. Il est soigneusement poli, décloué et scié à la taille. Les poutres peuvent être démontées facilement et réassemblées dans une autre construction. Le bambou et le chaume sont également utilisés pour les murs, les sols et les toits. Bien que ces matériaux ne soient pas prêts à durer plus de deux ans sans traitement préalable, ils sont facilement disponibles à chaque saison et leur coût est abordable pour la population locale. L’emploi de méthodes de constructions et de matériaux locaux, permet d’intégrer cette architecture dans son environnement en révélant l’essence même de son territoire. L’utilisation du bois comme matériaux principal, permet de conserver les compétences de construction traditionnelles des populations locales qui connaissent bien ce matériau. La qualité du bois disponible, principalement du teck, à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie est réputée être l’une des meilleures au monde. Cependant, le prix du bois a augmenté de plus de 300% au cours des dernières années en raison de la déforestation et du trafic illicite le long de la frontière. Le recyclage du bois est devenu populaire parmi la population locale afin de réduire le coût des nouveaux bâtiments.

Par ailleurs, les dortoirs mettent en avant une écriture architecturale forte. L’utilisation du bambou génère de failles de lumière à l’intérieur, et révèle une certaine légèreté. Une attention est portée aux détails de construction, notamment aux doubles portiques qui s’entrecroisent. L’architecte Olivier Namias affirme que la qualité architecturale d’une construction ne dépend pas seulement de son rapport à l’image mais aussi de son aspect constructif, écologique, social et fonctionnel. Dans cet orphelinat, les dortoirs sont surélevés afin de résister aux inondations, et ont été construits avec une conscience écologique particulière en réemployant des matériaux naturels tout en préservant une ventilation naturelle.

Orphelinat Mae Sot, Thaïlande a.gor.a architects

Au-delà de sa qualité architecturale l’orphelinat permet de renforcer le lien social entre les nouveaux étudiants birmans en favorisant les échanges entre chacun tout en conservant leur intimité. Le peuple Karen venu de Birmanie a participé à la construction des dortoirs. Ce projet a été représenté lors de l’évènement Good design for a bad world qui rassemble une multitude de chercheurs et spécialistes invités à participer à des discussions à propos de sujets critiques actuels. Ces projets ont été choisis pour leur capacité à générer une différence positive dans la vie des réfugiés en incluant un espace de vie conçu de manière à générer une cohésion sociale.

Conception et construction avec les habitants de l’orphelinat Mae Sot

Sources :

Bibliographie :

NAMIAS, Olivier, Une autre Thaïlande, A vivre, Paris janvier/février 2010, n°52, p.116

Webographie :

https://www.agora-architects.com/

http://ea-hr.org/

http://www.unesco.org/new/en/media-services/single-view/news/refugee_children_connected_to_learning_at_heavenly_home/

Vidéographie :

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