Le T-shirt, un nouveau matériau de construction

À l’heure du réchauffement climatique et de la pollution de la planète nous pourrions construire autrement. Principalement en réemployant nos propres déchets de la vie quotidienne, tels que le carton, le plastique et le textile. La production mondiale de déchets dépasse les 4 milliards de tonnes par an. A la fin de l’année 2014, le Pavillon de l’Arsenal présente l’exposition Matière Grise, démontrant le potentiel du réemploi de matériau. L’idée est de consommer plus de matière grise pour moins de matières premières. « Réemployer revient à considérer la matière présente non plus comme un déchet à évacuer le plus loin possible, mais comme un capital à valoriser et à préserver », expliquent Nicolas Delon et Julien Chopin, de l’agence Encore Heureux architectes et commissaires de l’exposition. Lors de l’exposition 75 projets issus du réemploi de matériau sont présentés, et notamment certains issus de réemploi de textile.

Cette exposition a été une référence pour l’étudiante en cinquième année d’architecture Clarisse Merlet, porteuse du projet Fab’brick. C’est l’un des 25 lauréats du programme FAIRE, le premier accélérateur de projets architecturaux et urbains innovants, mis en place par le pavillon de l’Arsenal. Afin de répondre au manque croissant de ressources naturelles pour la construction, Fab’brick suggère de réutiliser nos déchets textiles. Certains ont des propriétés intéressantes pour construire, comme le t-shirt en coton, car ce dernier est un très bon isolant phonique et thermique. En collaboration avec un centre de tri textile, le projet propose de créer des briques à partir de ce matériau. En juillet 2017, Clarisse Merlet lance les expérimentations au Pavillon de l’Arsenal pour transformer ces t-shirt en coton inutilisable en matériau de construction. Lié par une colle écologique et compressé dans un moule réalisé sur mesure, le tissu broyé se transforme en briques de construction. Après avoir cherché différentes colles et différentes manières de réemployer le t-shirt en coton usé, une soixantaine de briques ont été réalisées. Avec celles-ci, deux morceaux de murs ont pu être montés. Ceux-ci sont plus performants acoustiquement et thermiquement qu’une cloison standard en plâtre. Avec 600 kg de vêtements en coton broyés, 1 453 briques en textile de réemploi ont été réalisées de mai à juin 2018 à Paris, dans le cadre de cette recherche. Ces briques sont isolantes, structurelles et autobloquantes.

La modularité de ces éléments permet une infinité de mise en œuvre. Elles peuvent être utilisées pour cloisonner nos maisons, former un séparateur d’espace, une paroi isolante ou encore un mobilier écologique. Au stade de cette recherche, ce matériau ne peut pas être utilisé en tant qu’élément porteur. Le démonstrateur Fab’brick a ainsi pour ambition de révéler le potentiel d’un nouveau matériau de construction pour le second œuvre, grâce au réemploi de nos déchets textiles. Le coton devient alors un matériau innovant et écologique. Cependant, sur le total des textiles mis sur le marché en France chaque année, seulement 32,5% sont récupérés par les organismes de collectes pour être retraités. Alors qu’un français jette en moyenne 12 kg de vêtements par an, seulement 2,5 kg sont recyclés.

En complémentarité avec ce projet, des associations de collectes et de tri de vêtements mettent en place des procédés pour favoriser le recyclage de nos textiles inutilisables. C’est le cas de la société coopérative Le Relais avec son projet Métisse. Elle a mis en place un système de récolte de vêtements non utilisés afin de les transformer en panneaux isolants. Cela permettra de réintroduire dans l’économie les matériaux rejetés, et d’en faire un produit dont l’impact environnemental est inférieur à celui des autres matériaux pour des usages similaires. De cette manière, le projet Métisse permet de donner une nouvelle vie a une partie des 94 000 tonnes de textile non réutilisables que Le Relais récupère chaque année grâce aux conteneurs mis en place pour la récolte sélective. Le tri des textiles se fait selon leur qualité. La partie destinée au recyclage, celle qui sera la matière première pour la fabrication des panneaux, est antérieurement sélectionnée selon sa composition grâce à un spectre d’onde courte car la fibre pour les panneaux doit être composée de 95% de coton. Tous les éléments non fibrés tels que les boutons, fermetures éclair ou encore les flocages sont enlevés à la main afin d’homogénéiser le résidu et augmenter sa qualité. Après avoir trier les vêtements récoltés, ceux-ci sont décomposés et le coton est mélangé avec un liant, du polyester. Le mélange passe ensuite par une machine qui ouvre les fibres et les gonfle d’air afin d’améliorer leurs qualités isolantes. Enfin, l’ensemble est cuit à basse température dans un four afin de faire fondre le polyester et lier les fibres entre elles. On peut alors donner aux panneaux l’épaisseur et la dimension souhaitée. Dans ce procédé, les chutes sont également réutilisées. Ce matériau est totalement éco conçu, tant concernant son mode de conception, car très local, mais également par sa composition car la matière première est une matière recyclée, on utilise donc aucune énergie fossile ni ressource planétaire.

Fibre de coton isolante

Thermiquement, cet isolant est aussi efficace que les autres, cependant il possède d’autre qualités supplémentaires. La vapeur d’eau circule sans problème à l’intérieur, et il a une performance acoustique importante. De l’idée à l’industrialisation du produit, il aura fallu 7 ans à l’entreprise Le Relais pour développer cet isolant. L’objectif était de trouver un débouché durable et pérenne à tous ces vêtements. Ces panneaux sont un réel exemple de réduction de l’impact environnemental que la construction génère.

D’autres études ont été développées sur le recyclage de textile et ont permis également de produire des éléments en faveur de l’esthétisme du logement. Marine Lamour, une jeune diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, a développé un nouveau matériau, le Minérare. Il ressemble à du marbre mais il est en réalité issu de la récupération de textiles. C’est une stratification de textiles résinés. Chaque couche de tissu est enduite de résine polyester ce qui produit une matière stratifiée inédite qui a l’apparence du marbre lorsqu’on la découpe. Ce nouveau matériau se travaille comme du bois et est particulièrement résistant. Il se travaille de différentes manières, en planche, en feuilles, en brique et permet divers usages. Le Minérare peut être utilisé pour un revêtement mural ou de sol, mais aussi en cloison par exemple. Le motif de stratifié est un véritable atout esthétique pour ce matériau qui résiste également à l’eau et aux ultraviolets.

Minerare

À travers ces différentes approches du recyclage de textile, on se rend compte peu à peu du potentiel innovateur que peuvent avoir certains de nos déchets quotidiens.

Sources :

Webographie :

https://www.fab-brick.com/fab-brick

http://www.faireparis.com/en/

https://www.ensad.fr/actualites/marine-lamour-laureate-etoiles-lobserveur-design-2016

Vidéographie :

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