Architecte de campagne

« L’architecture est une expression de la culture. La création architecturale, la qualité des constructions, leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant, le respect des paysages naturels ou urbains ainsi que du patrimoine sont d’intérêt public. Les autorités habilitées à délivrer le permis de construire ainsi que les autorisations de lotir s’assurent, au cours de l’instruction des demandes, du respect de cet intérêt. » (Loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l’architecture). Définir l’architecture comme d’intérêt public n’est pas anodin et la France est l’un des seuls pays au monde qui la considère ainsi. Pourtant en France, on connait une grande disparité de traitements entre les milieux urbains et les milieux ruraux. Cette inégalité de traitement prend tout d’abord forme à travers le type d’architecture qui est promu dans les médias : une architecture grandiloquente dans un milieu urbain. Comme les médecins de campagne qui parcourent de nombreuses communes et qui créent du lien, l’architecte peut jouer ce rôle et assurer la qualité architecture dans la campagne pour servir l’intérêt de tous. Ce travail peut s’illustrer dans deux lieux distincts : les zones agricoles et les centres-bourg. À travers l’exemple de la ferme caprine de Rieulay réalisée par Amélie Fontaine dans la région Nord en 2014, nous verrons tout d’abord  ce que peut apporter l’architecture à l’agriculture. Enfin, nous verrons comment une action minimaliste peut permettre la requalification d’un centre-bourg dans la commune de Chalier avec le travail de l’Atelier de Rouget – Simon Teyssou & associés.

Architecture et agriculture

55 000 Ha de terre agricoles ont été artificialisées en 2017 d’après Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer). Cela correspond à  une hausse de 24 % en un an. Emmanuel Hyest, président de la Safer annonce ainsi en 2017 « Ce n’est pas seulement un enjeu purement agricole. L’artificialisation massive des terres agricoles remet en cause notre autonomie alimentaire et tous les efforts sur les questions environnementales. Je pense notamment à la capacité des sols en général à la rétention d’eau ». L’agriculture doit se remettre en question d’ici les prochaines années. Elle est en effet face à des enjeux comme les questions environnementales (24 % des émissions de gaz à effets de serre), les pénuries de matières premières comme le pétrole ou le phosphore ou encore la transformation d’un système agricole intensif qui produit de moins en moins.

Face à ces défis quel peut être le rôle de l’architecte dans tout cela ? Tout d’abord accompagner les petites communes dans la gestion de leurs terres agricoles et leur conservation notamment à travers le Plan Local d’Urbanisme ou une carte communale. En effet les petites communes n’ont pas nécessairement les compétences pour gérer l’extension de leur ville à long termes. La facilité pourrait les inciter à confier l’allotissement de terres à des promoteurs pour qui le profit reste l’intérêt principal. L’architecte peut jouer un rôle de conseil et de médiation auprès des pouvoirs publics en amont dans l’élaboration des règles d’urbanisation de la ville. Il pourra ainsi donner des conseils quant à la conservation de ces espaces agricoles et comment ceux-ci peuvent mettre en valeur la ville.

L’architecte peut également travailler sur les bâtiments agricoles. Ceux-ci sont en effet vendus en catalogue standardisés avec un ensemble de finitions. Il est néanmoins possible sur cette base de les intégrer bien mieux dans leur environnement. En travaillant avec l’agriculteur sur son bâtiment, l’architecte peut permettre une distinction et une appropriation de leur outil de travail. Ce travail peut aussi concerner la réhabilitation de grands hangars agricoles de 600 m² que des agriculteurs retraités pourraient vouloir transformer. Un bon exemple de bâtiment agricole dessiné par une architecte est celui de la ferme pédagogique de Rieulay dans la région Nord dessiné par Amélie Fontaine.

l_a1490116896sd__copy_-pauline-vachon--vue-depuis-la-zone-de-loisirs-du-terril-des-argales-copy

La ferme pédagogique est construite sur les 140 Ha de l’ancien plus grand terril du bassin minier du Nord–Pas-de-Calais. La nature a conquis avec le temps cette colline artificielle issue des résidus miniers. Le bâtiment accueille plusieurs types d’activités — visites pédagogiques, ventes de lait et de fromage, location d’un espace de réunion —, mais aussi une aire paillée pour les chèvres qui débroussaillent le terrain.

La ferme est située à proximité de la forêt de Moral. Construire en bois ce bâtiment a été une évidence compte tenu des ressources locales disponibles. Le projet est construit en poteaux  poutres de bois avec des panneaux de KLH préfabriqués avec un isolant au centre. Ce choix de matériau constitue  un des points essentiel pour l’architecture en milieu rural. En effet, il existe de nombreuses filières installées dans les alentours et savoir les exploiter et les mettre en valeur permet à la fois de les mettre en avant et de les développer. Le projet est composé d’un unique bâtiment qui contient l’ensemble du programme. Sa toiture sous forme de toit à redans permet d’éclairer et de ventiler le bâtiment naturellement. La partie accueillant l’élevage caprin est construite en poteaux poutres. La seconde partie, avec la salle de réunion, les bureaux et la zone de vente, est construite à l’aide de panneau permettant un cloisonnage.

Ancien ingénieur environnementale et artiste, le couple à l’origine de cette ferme sont de néo-agriculteur fraîchement reconverti après deux années en Haute-Savoie dans un élevage caprin. Ils n’avaient aucune connaissance technique ou juridique en ce qui concerne l’élaboration d’un bâtiment agricole. De plus, la mairie avait des vues sur le terrain afin d’utiliser l’étang artificiel comme parc de loisir. Amélie Fontaine a donc dû être sur tous les fronts pour défendre ce projet auprès des élus et faire de la pédagogie. L’utilisation du bois est le premier argument utilisé, mais c’est aussi l’agriculture durable défendue par les maîtres d’ouvrage qui a fait pencher la balance.

25_arrivee_des_chevres_dans_la_partie_aire_paillee_principale
Chèvres dans la partie aire paillée principale – Pauline Vachon ©

Retravailler le Centre-bourg

Un autre aspect de l’environnement rural : les bourgs. D’après une étude de Vousfinancer-Notaires de France, en acceptant de s’endetter sur 25 ans avec des mensualités correspondantes à 33 % de leurs revenus, une personne payée au SMIC peut s’acheter 10 m² à Paris. En moyenne dans les grandes métropoles, elle pourra ainsi s’offrir 35 m². Face à ce constat, il n’est ainsi pas étonnant de voir fleurir partout en France des ensembles de pavillons qui s’étalent autour de centre-ville. Cet étalement a des conséquences : une artificialisation des sols qui en cas d’inondation empêche de s’infiltrer jusqu’aux nappes phréatiques ou encore une dépendance vis-à-vis de la voiture. Le défi est ainsi de rendre attractif les centres-bourg : de donner envie de le fréquenter et d’y vivre. C’est loin d’être évident, il faut en effet rénover les logements vétustes et leur apporter un plus face à des maisons classiques qui poussent partout et coûte peu chères. Enfin, il faut retrouver un certain nombre de commerces de proximité et d’équipements. La voiture a aussi pris une place assez importante dans la ville alors que la piétonnisation de partie de la ville est un critère de plus en plus attractif. Les transports en commun peuvent aussi être repensés dans ce sens.

L’architecte peut jouer un rôle en intervenant en tant qu’urbaniste afin de conseiller les mairies sur les questions foncières et immobilières et surtout sur la forme urbaine, la qualité paysagère, les entrées des bourgs et la juxtaposition entre tissu ancien et nouveau. Des associations de résidences d’architecture prennent aussi place chaque année en intervenant sur une courte période dans une ville pour impliquer ses habitants et ses acteurs.

chaliers-01
Première placette — Atelier du Rouget – Octobre 2014 — Nicolas Lamouroux ©

L’atelier du Rouget – Simon Teyssou & associé a ainsi travaillé sur Chalier, une commune de moins de 200 habitants dans le Cantal en 2014. Traversé par une route, Chalier possède de nombreuses aménités : un bâti ancien en bon état avec notamment une petite église romane, une vie imprenable sur la vallée de la Truyère affluant du Lot.

À l’origine, la route est constituée « d’une bande roulante en enrobé de teinte gris bleuté réalisé avec des agrégats d’origine volcanique parsemés de reprises » (description faite de la ville par l’architecte), il y a des poches d’herbe de temps à autre qui servent de place de stationnement. La requalification a été effectuée à travers trois placettes et d’une voie. Cette voie a été dessinée pour accueillir les usages des habitants, mais aussi l’accompagnement de l’eau pluviale. Sobre, la requalification a cherché à mettre en valeur les lieux existants dans le village. Par exemple la troisième placette en escalier permet le stationnement de véhicules et suggère d’autres usages grâce à la présence d’un belvédère offrant une vue sur la vallée de la Truyère.

chaliers-08
Troisième placette, vue sur la vallée de la Truyère — Atelier du Rouget — Nicolas Lamouroux ©

Face aux nombreux enjeux des zones rurales, chaque acteur de la société a son rôle à jouer. L’architecte doit prendre en main ces enjeux et servir de médiateur dans la planification à long terme de ces zones , que cela soit aux côtés des agriculteurs pour la projection de bâtiments agricoles ou même la valorisation dans le bâtiment de leur production ou auprès des communes ou des communautés de commune pour l’édition de PLU ou de carte communale. Des architectes comme Amélie Fontaine ou encore Simon Teysson ont pris en main ces enjeux d’avenir.

Bibliographie

  • Livre

 

  • Sites internet

  • Vidéo

2-Biennale de Venise / Pavillon français / Chaliers / Atelier du Rouget – Simon Teyssou et Associés. from Agence Myop on Vimeo.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s