Junya Ishigami, le phénomène japonais

       Impossible d’être passé à-côté de l’exposition sur Freeing Architecture à la Fondation Cartier, du 30 mars au 9 septembre 2018, à Paris. C’est la première fois que la Fondation accueille une exposition consacrée à l’oeuvre d’un seul architecte. Pas moins de 20 projets passés, actuels et futurs de l’architecte Junya Ishigami sont exposés au moyen de maquettes à grande échelle, accompagnés de dessins et de films. Coup d’œil sur le phénomène japonais…

 

        Fraîchement sorti de l’Université des beaux-arts et de musique de Tokyo en 2000, Ishigami travaille quatre ans chez Sanaa, connue pour ses bâtiments sensuels, avant de fonder sa propre agence. Junya.Ishigami + associates, fondée en 2004 à Tokyo, est désormais de renommée mondiale. On trouve ses différents travaux en Europe et en Asie. Il travaille aussi bien l’architecture que le design, l’urbanisme et le paysage en alliant ingénierie et technologie. En 2010, son travail, exposé au pavillon japonais, est récompensé à la Biennale de l’architecture de Venise avec l’obtention du Lion d’Or.

Junya Ishigami fait partie d’une génération d’architectes japonais à la recherche de légèreté spatiale. Parmi eux, Kazuyo Sejima, Ryue Nishizawa, Sou Fujimoto, Akihisa Hirata… Tous ces architectes ont été influencés, de près ou de loin par le travail de Toyo Ito, concepteur de la célèbre Médiathèque de Sendaï. Dans son sillage, les architectes japonais contemporains, comme Ishigami, proposent des espaces ouverts et transparents, minimalistes et accueillants. Ils conçoivent des habitats, des immeubles et des bâtiments légers, où il fait bon vivre en profitant des nouvelles technologies. Leur approche est centrée à la fois autour de la dynamique des villes et de celle du monde organique. Peut-être en réaction à l’hyper-densité et au chaos urbain des villes japonaises…

 

 

 

       On devine, grâce aux nombreuses maquettes exposées à la fondation Cartier, le studio d’Ishigami privilégie le travail en maquette. Ils peuvent en fabriquer des dizaines pour un seul projet. Son atelier regorge de maquettes de différentes tailles, de différente couleurs, de différents matériaux… Un chaos dans lequel, seul l’architecte et ses vingt collaborateurs peuvent s’y retrouver. Cela permet d’entrevoir la faisabilité du projet et de le faire naître.

 

 

 

           Dans plusieurs de ses projets, on retrouve l’esprit libre et enfantin que l’architecte souhaite transmettre. Sans angle-droit, il crée une architecture douce qui se coule dans le paysage et forme des plis, des creux, des grottes, ou des nuages. Car pour Ishigami, l’architecture ne peut plus se contenter de s’adapter à l’homme et à ses usages, mais doit aussi prendre en compte son environnement proche. Il aime faire subtilement disparaître la frontière entre environnement extérieur et espace intérieur. Tout comme quand il déplace une forêt entière au Japon pour la sauver ! Ou quand il creuse sous terre l’extension d’un musée russe pour magnifier ses fondations…

 

 

 

          House&Restaurant, est un projet de 193 m2 réalisé en 2013 pour un Chef cuisinier soucieux d’assembler sa résidence à son lieu de travail. Ishigami va penser à une architecture troglodyte qui évoque le temps qui passe à travers le processus de sédimentation et d’érosion. Elle peut aussi nous faire penser aux galeries labyrinthiques creusées par les vers. La première étape du projet est d’effectuer une étude du terrain situé au sud du Japon, à Yamaguchi. Puis, Ishigami va imaginer un processus simple et ingénieux : creuser plusieurs trous dans le terrain puis y couler une chape de béton. Une fois la chape sèche, la terre qui a servi de moule va être extraite pour laisser place à cette immense sculpture aux reliefs naturels. Au départ, l’architecte et son équipe souhaitaient nettoyer les colonnes de béton coulé, mais après leur mise en place, ils ont été attiré par l’aspect naturel dû à l’adhérence de la terre au béton coulé. « Je pensais que cela ressemblait beaucoup aux murs de terre japonais traditionnels », confie Ishigami. L’architecte aime ces petits accidents du métier… Les stalagmites de béton séparent naturellement les différents espaces. Aucune cloison n’a été prévue pour cette réalisation : seules les parois naturelles et les cours intérieures délimitent les différents espaces. Les deux cours intérieurs permettent un éclairage doux et créent un effet de pénombre voulu par l’architecte. Pour y pénétrer, il faut emprunter un chemin en pente douce dans le jardin.

 

junya_ishigami_yamaguchi_2.jpg

          Le travail de Junya Ishigami questionne et conçoit de nouvelles manières de vivre. Comme on peut le voir dans le projet House&Restaurant, il apporte un nouveau regard sur la division des espaces et le respect des ressources naturelles. La nature reprend alors la place prédominante qu’elle avait d’antan, et est ici revalorisée, à juste titre dans chacun de ses projets. Freeing Architecture, incarne à la perfection le « paradoxe de la culture japonaise moderne, où la nature est culture et où la culture est portée en avant par la nature. »

 

Bibliographie

  • Sites internet
  • Vidéo

 

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