La vie coopérative: l’immeuble Soubeyran à Genève

Au 7 rue Soubeyran, à Genève, s’érige un immeuble pas comme les autres. A l’intérieur fourmille un groupe d’habitants pour qui la notion de cohabitation et de partage est mise au premier plan. L’histoire de cette grande maison commence en 2012, lorsque les coopératives d’habitation genevoises Equilibre et Luciole se sont vues attribué un terrain dans le quartier de la Servette à Genève. Si la dénomination de « coopérative d’habitation » peut nous paraître étrangère en France aujourd’hui, elle représente 20% du parc de logement résidentiel à Zurich, et se développe de plus en plus en Suisse Romande. Faire partie d’une coopérative d’habitant, c’est être à mi-chemin entre le statut de locataire et celui de propriétaire : un habitant n’achète pas son logement mais il en est le copropriétaire par le biais des parts sociales qu’il détient. Il existe de nos jours plusieurs formes de coopératives d’habitation. Toutes reposent sur la même base organisationnelle: l’entraide. 

Le projet d’immeuble de 38 logements nait au fur et à mesure des réunions entre tous les acteurs: de longues heures de discussion seront nécessaires pour discuter des différents éléments telles que l’organisation de la vie entre les habitants ou les techniques de construction entreprises. En février 2015 une demande d’autorisation de construire est envoyée au canton de Genève : quelques mois après, en juin, le chantier débute. Un an plus tard, en 2016, les habitants s’installent dans leur nouveau logement. Comment un projet de logement collectif peut il être coopératif?

Facade nord (entrée de l’immeuble)

D’emblée le projet Soubeyran se veut construit pour répondre à un des normes de faible consommation d’énergie. L’agence d’architecture atba (architecture+énergie, installée dans l’immeuble depuis l’emménagement) est choisie pour son expérience dans ce domaine. La structure choisie par les coopérateurs à l’issu des réunions est en béton armé, complétée par une isolation totale en caissons préfabriqués remplis de paille enduits par la suite d’un mélange terreux. Ce procédé permet aux habitants d’entreprendre eux-mêmes la construction de leurs murs en utilisant un matériau cultivé dans leur région. En plus d’une isolation peu coûteuse et efficace, le bâtiment comporte des panneaux photovoltaïques à consommation directe et présente un système de gestion des eaux usées ingénieux (système qui aboutit à consommation d’eau pour les WC nettement plus basse que la moyenne: environ 4L pour une chasse d’eau complète et 300mL pour une demie chasse d’eau). Ces prouesses techniques en terme de durabilité de la construction permettent au projet d’obtenir la certification Très Haute Performance Energétique (THPE). 

De plus, il faut s’imaginer que cette grande maison n’est pas livrée de toute pièce à ses habitants : elle est conçue pour eux et surtout par eux. C’est à travers cet aspect que se distingue cette offre sur le marché immobilier, et cette différence a son importance si on écoute les habitants parler de leur lieu de vie (cf. vidéo : « L’immeuble c’est chez moi, parce que on a tellement travaillé pour que cela existe (…) c’est chez moi, chez nous. » Julie, habitante de l’immeuble). La notion de respect, qu’il soit par rapport au lieu de vie ou à son voisin atteint une toute autre dimension grâce à la règle première : le partage, qui va de pair avec une responsabilisation des habitants face à leur habitat. Ces liens tissés entre les habitants et avec leur espace de vie offrent un souffle nouveau à la question de l’habitat collectif.

Cuisine commune

Outre l’aspect technique en terme d’écologie du bâtiment, la particularité de cet immeuble réside dans la vie collective qu’il accueille. Ce dernier est en effet dessiné de manière à favoriser les liens entre les différents foyers, phénomène allant à l’encontre de ce dont on a l’habitude aujourd’hui. Quand avez-vous croisé votre voisin de palier dernièrement ? Quand avez-vous discuté avec celui qui habite en face de chez vous? Ces échanges sociaux sont bien souvent de plus en plus rares dans notre société virtualisée, la tendance aujourd’hui n’étant plus à la rencontre humaine spontanée mais en réseau et via un écran d’ordinateur ou de téléphone. 

Au 7 rue Soubeyran, on peut profiter de cuisines et salons communs, d’une grande buanderie commune et même de chambres d’amis que chacun peut réserver pour les venues de son entourage. Pour rendre l’immeuble chaleureux le parquet est privilégié dans l’intégralité des espaces. Des repas communs pour les enfants sont organisés chaque semaine par les parents, tout comme les réunions d’habitants (au cours desquelles les habitants parlent du fonctionnement de la vie de l’immeuble, des problèmes et des projets futurs).

Facade sud: un lieu de détente partagé

La composition de la façade sud est un autre élément important dans la vie de l’immeuble : un crénelage de balcons larges et connectés entre eux à chaque étage permet à chacun d’avoir le même accès à la lumière. C’est un endroit où l’on croise son voisin qui arrose ses plantes, où les enfants jouent entre eux, où on peut lire son livre au soleil sur sa chaise longue le dimanche après-midi. Grâce à un crénelage en profondeur des terrasses de balcons, de généreuses doubles-hauteurs s’offrent au soleil. Afin d’avoir une protection solaire, des grands stores colorés ornent la façade. Dans une coopérative d’habitants telle que celle qui existe au 7 rue Soubeyran à Genève, être chez soi ce n’est pas franchir le pas de son appartement mais franchir la porte de l’immeuble. Ce bâtiment de 38 appartements ne contient pas 38 foyers mais un seul grand foyer inter-générationnel. 

L’intérêt des coopératives d’habitation est aussi de proposer des loyers convenables, voire moins chers et donc accessibles à tous et ce, notamment à Genève et Zurich, où le marché immobilier est désastreux. Dans ces grandes villes, l’offre est très faible par rapport à la demande, les prix exorbitants pour peu de surface (ne cherchons pas à opposer de tels marchés immobiliers à ceux que l’on connaît en France, car il existe trop de différences entre nos deux systèmes étatiques pour tenter de comparer clairement le prix de la vie de manière générale). 

Séjour d’un appartement

L’idée d’un retour à des échanges réels et quotidiens avec ses voisins a déjà séduit plus d’un pays, en Suisse tout d’abord, mais aussi chez d’autres pays voisins tels que l’Allemagne ou bien l’Autriche. Peu à peu, le concept de coopérative d’habitation commence à s’exporter en France, par le biais de conférences notamment (organisées au Centre culturel suisse ou à l’école d’architecture de Belleville). Néanmoins, alors que nos voisins ont déjà adopté une telle dénomination, on parle encore « d’expérimentations potentielles ». L’exportation de ce modèle en France nécessiterait un fort développement de la culture de la coopérative / du partage dans les esprits, afin d’assimiler mieux la question du savoir vivre ensemble et de l’organisation en commun et en toute égalité. 

SOURCES

http://www.fonder-construire-habiter.ch/cest-quoi-une-cooperative-dhabitation/

https://www.cooperative-equilibre.ch/projets/soubeyran/

http://shop.design-museum.de/en/Publications/Together-The-New-Architecture-of-the-Collective.html

Reportage RTS sur les coopératives d’habitations (0-10 minutes: Soubeyran)
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